Personnes droguées au GHB / GBL à Besançon : les gérants de bars et organisateurs de soirées appellent à la vigilance

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sarah Rebouh
Image d'illustration. Du GHB est versé dans le verre d'une femme dans un bar.
Image d'illustration. Du GHB est versé dans le verre d'une femme dans un bar. © VALLAURI NICOLAS / MAXPPP

La “drogue du violeur” fait de nouveau parler d’elle à Besançon, après plusieurs dénonciations de personnes droguées à leur insu en soirée. Les acteurs de la nuit dénoncent ces agissements et appellent à une grande vigilance. Détails.

Un message de prévention à l’intention des amoureux de la vie nocturne a fleuri sur les réseaux sociaux bisontins ces derniers jours et notamment sur les pages Facebook de différents bars et cafés concerts. “Une amie nous a alertés après une soirée Halloween. Elle s’est retrouvée à l’hôpital complètement inconsciente” nous confirme Corentin, président du Cercle, une association organisatrice de soirées festives dans la capitale comtoise. Selon lui, le phénomène du GHB ou "drogue du violeur" n’est pas nouveau et est réapparu depuis la rentrée et la réouverture des lieux de nuit.

“Nous en tant qu’organisateurs on le prend en compte évidemment. On met de plus en plus de bénévoles en surveillance. Mais ça se fait de manière furtive, c’est très compliqué et c’est extrêmement frustrant. Pour le moment sur nos événements il ne s’est rien passé, mais on sait qu’il y a eu des cas ailleurs” développe-t-il. Plusieurs témoignages ont été rapportés ces dernières semaines à Besançon.

“Ce n’est plus possible”

Les organisateurs de soirées espèrent tous prendre le ou les individus auteurs de ces faits en flagrant délit afin que ces pratiques cessent. Pour rappel, le fait d'administrer ou de tenter d'administrer à son insu à une personne une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes afin de commettre à son égard un viol ou une agression sexuelle est puni de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

“Ces personnes sont abonnées à nos réseaux sociaux. Ils viennent dans nos établissements et à nos soirées… Ils agissent incognito. Ce n’est plus possible, ça ne peut plus durer” s’indigne Corentin.

Antonin Borie, gérant de l’Antonnoir, bar de nuit et café concert situé rue de Dole à Besançon, est bien conscient de ce problème même s'il n'a pu récolter aucune preuve. Il multiplie néanmoins les messages de prévention. Il a d’ailleurs pris le micro récemment lors d’une soirée dans son établissement pour alerter ses clients après qu'une jeune femme a été transportée à l'hôpital dans un état second. 

“[On en profite pour vous rappeler] d'être prudentes et prudents (chez nous comme ailleurs) car ni nous, ni aucun établissement, ne pouvons, ni fouiller intégralement celles et ceux qui passent nos portes, ni mettre un agent de sécurité derrière chaque client, et encore moins derrière chaque verre” écrit-il sur la page de son établissement ce mardi 2 novembre.

“Il se trouve que OUI, il y a encore (et visiblement de plus en plus) de fils de rien du tout qui "s'amusent" à faire ce genre de saloperies, et que OUI on se fera un plaisir de transmettre les infos (qu'on pourra prouver) à qui de droit. Et on se joindra bien évidemment à celles et ceux qui porteront plainte si les faits sont avérés” ajoute-t-il, tout en invitant les noctambules à être vigilants. “Ne cautionnez surtout pas ce genre de comportements autour de vous” conclut-il.

De son côté, La Rodia, salle de musiques actuelles à Besançon réagit également : “N’hésitez pas à signaler auprès de nos équipes tout comportement qui vous semblerait étrange. Nos salles, bars et boîtes de nuit doivent rester des lieux de fête. Pas de place pour ce genre de comportement répugnant.”

Une substance difficile à détecter

En janvier 2019, plusieurs victimes dénonçaient déjà l'utilisation de la “drogue du violeur” dans des bars de Besançon, notamment dans des publications sur les réseaux sociaux. À l’époque, aucune plainte n’avait été déposée au commissariat de police mais un DJ avait raconté publiquement avoir été drogué, alors qu’il n’avait pas consommé d’alcool ce soir-là.

Malheureusement, il est très difficile de détecter la présence de GHB (ou GBL) dans le corps. Il faut se rendre dans un laboratoire spécialisé pour y effectuer des analyses. De plus, cette substance est présente pendant 12 heures dans les urines, 6 heures dans le sang et plusieurs jours dans les cheveux. C’est d’ailleurs l’une des raisons, en plus d’un sentiment de honte et d’incompréhension, qui pousse les victimes à ne pas déposer plainte la plupart du temps.

Les cas dénoncés sur Besançon sont loin d’être isolés. En effet, depuis plusieurs semaines, de nombreuses voix dénoncent ces agissements dans plusieurs villes de France. “Reims, Grenoble, Montpellier, La Rochelle… Depuis plusieurs semaines, les témoignages d’étudiantes qui pensent avoir été droguées à leur insu au GHB affluent” écrit le site d’informations Marianne.net. À Grenoble, une étudiante a été testée positive à la substance, qu'elle a ingérée à son insu, a confirmé à nos confrères le procureur de la République Eric Vaillant.

Plonger les victimes dans un état passif

Le GHB, aussi appelé "drogue du violeur" est une drogue de synthèse aux propriétés sédatives et amnésiantes. En France, il est utilisé en médecine pour le traitement de la narcolepsie (trouble du sommeil chronique) et comme anesthésiant préopératoire ; il connaît depuis une vingtaine d’années une utilisation détournée à des fins non-médicales par certaines personnes mal intentionnées, parfois pour "dépouiller" ou "violer" des victimes. Les agresseurs qui en font usage cherchent à plonger leurs victimes dans un état passif, de façon à ce qu’ils puissent abuser d’elles sans avoir recours à la force.

"Le GHB se présente sous forme de poudre blanche soluble ou de liquide incolore et inodore, il est alors conditionné dans de petites fioles en verre ou en plastique" selon droguesinfoservice.fr. Depuis quelques années, le GBL, en vente libre, est également utilisé. Il s'agit d'un solvant industriel qui une fois dans l'organisme se transforme en GHB.

Garder son verre à la main et ne pas rester isolée en soirée

Les femmes sont évidemment principalement touchées par ces agressions, mais les hommes le sont également. Des dispositifs existent pour protéger son verre en soirée comme le capuchon anti drogue pour verre. Évidemment, ces dispositifs ont un coût important (environ 10 euros les 3 capuchons) et ne sont proposés à la vente que rarement lors des soirées. Le Privé, discothèque LGBTQI+ à Besançon, a testé cette solution lors d'une soirée début octobre.

"On ne peut pas gérer ce dispositif nous-même, ça nécessiterait une personne en plus pour gérer les capuchons lors des soirées. Il faudrait que ce soit les clients qui s'en procurent en amont ou alors que tous les établissements en proposent à la vente pour que ce soit un mouvement global" nous indique l'un des responsables de l'établissement situé non loin de la boucle. L’idéal reste pour l'instant de ne jamais poser son verre et d'en changer à chaque boisson consommée. Il est important de ne pas rester isolés en soirée et d’être attentifs aux sensations ressenties, notamment lorsqu'on se sent particulièrement fatigué.

En attendant que les auteurs de ces agressions soient identifiés et placés hors d'état de nuire, les acteurs de la vie nocturne, qui ont grandement souffert des multiples fermetures liées à l’épidémie de Covid-19, gardent l’oeil ouvert, sans pour autant tomber dans la psychose. “Dans tous les cas on les aura d’une manière ou d’une autre, car on est tous solidaires sur ces questions-là” conclut Corentin, président de l'association Le Cercle.

"Rien ne permet de corroborer objectivement la rumeur"

Contactée par nos soins, la police de Besançon précise avoir reçu une plainte début octobre, après qu'une jeune femme s'est faite dérober des affaires personnelles lors d'une soirée. Yves Cellier, directeur départemental de la Sécurité publique détaille : "Rien ne permet de corroborer objectivement la rumeur qui se répand actuellement sur Besançon, sur les réseaux sociaux". Et d'ajouter : "On a enregistré ce préjudice mais on ne peut pas confirmer que ce soit sous l'emprise de GHB".

Ce dernier en appelle à la vigilance et à la responsabilité des fêtards. Il rappelle que l'excès d'alcool est dangereux pour la santé et que la consommation de drogue est interdite en France. 

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