“L’Europe, n’existe pas pour les petites communes ?”, les maires ruraux en colère après l’obligation du drapeau européen pour les communes de plus de 1500 habitants

Les députés ont voté à l'Assemblée Nationale dans la nuit mercredi à jeudi 11 mai 2023, un texte visant à rendre obligatoire les drapeaux français et européen au fronton des mairies de plus de 1.500 habitants. Une mesure qui crispe Jean-Paul Carteret, président des maires ruraux de Haute-Saône, mais aussi son homologue Charles Piquard dans le Doubs.

À Lavoncourt, 322 habitants, le drapeau européen flotte depuis bien longtemps au fronton de la mairie à côté du drapeau tricolore. La petite commune vient même de renouveler ses drapeaux, en achetant également un drapeau de l’Ukraine.

Voir les députés voter une obligation en la matière, a du mal à passer chez l’édile de la commune, maire depuis 1995. “Déjà, je ne comprends pas que ce soit rendu obligatoire, cela devrait être naturel. On reçoit des fonds européens comme les autres. J’aimerais qu’on m’explique la raison de ce seuil de 1.500 habitants” confie Jean-Paul Carteret.

70% des communes de France n’auront pas l’obligation du drapeau européen

Au terme d'un examen tendu, la proposition de loi de rendre obligatoire la présence du drapeau bleu européen a été soutenue par 130 voix contre 109 en première lecture. Elle doit désormais être examinée par le Sénat.

Des amendements ont assoupli le texte initial, en permettant que les drapeaux puissent être hissés à proximité des mairies ou sur leurs toits. Ils exemptent les communes de moins de 1.500 habitants de l'obligation de pavoisement du drapeau, pour des raisons financières. Le budget ne semble pourtant pas bien énorme. En ligne, sur le site de cet équipementier pour collectivités, le prix d’un drapeau est d’une quinzaine d’euros.

"L'exemption concerne 70% des communes de France", a dénoncé le député LR Philippe Gosselin, "ça n'a pas de sens" dans une "République une et indivisible"."Soit (le drapeau européen) c'est important, c'est un symbole et on l'affiche partout" soit non, a critiqué l'écologiste Jérémie Iordanoff.

Pas d’obligation pour des raisons financières, “ce n’est pas la raison !”

À Osse dans le Doubs, Charles Piquard est maire depuis 40 ans ! Il a découvert ce matin le vote des députés sur le pavoisement du drapeau européen. L’agacement est présent. La raison financière, il n’y croit pas. “Une fois de plus, on nous met de côté. Ce n’est pas normal qu’on considère les petites communes autrement que les autres. Ici dans le village, le drapeau européen, ça fait longtemps qu’on l'a mis” précise l’élu au nom de ses 300 administrés.

Pourquoi perdre du temps à l’Assemblée Nationale à voter ça, il y a tellement de choses à faire pour les territoires ruraux !

Jean-Paul Carteret, président des maires ruraux de Haute-Saône et maire de Lavoncourt en Haute-Saône.

Pour l’élu de Haute-Saône, l’obligation du drapeau européen, et l’obligation d’avoir la photo officielle du président de la République dans les mairies est une perte de temps. “La plupart des mairies ont le portrait ! Il nous est fourni par l’Elysée. On a juste à acheter le cadre. Chez nous, c’est le même cadre depuis les années 80 et l’élection de François Mitterrand. Quand on reçoit la photo du nouveau président, si elle est trop grande, on recoupe !” nous explique-t-il.

Charles Piquard reconnaît que certaines mairies n’avaient pas encore le portrait du président dans leurs locaux, mais ce n’était pas une obligation.

Du 12 au 14 mai, l'association des maires ruraux tiendra son assemblée générale à Lyon. L’élu du Doubs espère que le sujet du drapeau européen fera partie de l’ordre du jour. “On respecte la République en tant qu’élus du territoire” dit-il. La ruralité se sent oubliée au lendemain du vote à l'Assemblée nationale.

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