Pierre Rolinet, un des derniers survivants du camp du Struthof et résistant est mort à 99 ans

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Écrit par Isabelle Brunnarius avec AFP

Pierre Rolinet est décédé le 24 avril 2022 à l'âge de 99 ans. Originaire du Pays de Montbéliard (Doubs), le résistant est l'un des rescapés du camp du Struthof en Alsace où il avait été déporté. Pierre Rolinet était le président d'honneur de l'association des amis du musée de la Résistance et de la déportation de la citadelle de Besançon.

"C'était notre grand bonhomme". L'ancienne conservatrice du musée de la Résistance et de la déportation de la citadelle de Besançon éprouve une "grande tristesse de voir partir celui qui inspirait au quotidien l'équipe du musée".

Pierre Rolinet s'était donné comme mission de témoigner sans relâche de ce qu'il avait vécu pendant la seconde guerre mondiale. En tant que grand témoin, il faisait partie du conseil scientifique en charge du futur musée de la Résistance et de la déportation de Besançon. 

"Il a mis un point d'honneur à participer aux réunions du conseil scientifique, se souvient Marie-Claire Ruet. A chaque fois, il prenait la parole pour livrer son témoignage."

Déporté "Nacht und Nebel", matricule 11902

Né le 4 juin 1922 à Allenjoie dans le Pays de Montbéliard, il a vécu ensuite non loin de là, à Brognard. Le Franc-comtois a passé toute sa vie professionnelle chez Peugeot comme dessinateur industriel jusqu'en 1977, année de son départ en retraite. 

A 21 ans, le jeune franc-comtois refuse de partir en Allemagne dans le cadre du service du travail obligatoire (STO). Pierre Rolinet entre alors dans la Résistance sous le nom de Pierre Georges. 

Arrêté en possession d'armes par les Allemands en 1943, il est emprisonné puis condamné à mort, une peine commuée en déportation NN (Nacht und Nebel, nuit et brouillard), qualificatif du IIIe Reich pour les résistants déportés "condamnés à disparaître sans laisser de trace". Il arrive en avril 1944, sous le matricule 11.902, au camp de Natzweiler-Struthof, où il reste plusieurs mois.

Evacué vers Dachau sous le matricule 101.460 en septembre 1944, à la fermeture du Struthof, il est ensuite transféré vers le camp d'Allach, près de Munich, qui sera libéré par l'armée américaine en avril 1945.            

Difficile de résumer en quelques lignes, une vie marquée par la déportation et le combat contre les Nazis. Pierre Rolinet a choisi d'entretenir la mémoire du site du Struthof, dans le Bas-Rhin. Ce camp de concentration, appelé aussi KL Natzweiler, a été le seul jamais implanté en France. A l'époque, l'Alsace était annexée par l'Allemagne nazie. 

Soucieux de préserver la mémoire, Pierre Rolinet, commandeur de la Légion d'honneur, a témoigné jusqu'à la fin de sa vie de son expérience, dans des écoles ou lors de visites au Struthof. Président de l'Amicale nationale des déportés de Natzweiler-Struthof de 2007 à 2017, il en était resté le président d'honneur.

Pierre Rolinet est retourné plusieurs fois dans ce camp du Struthof

Chaque fois que je passe la porte, j’ai quand même une émotion. On n’est pas la même d’un côté ou l’autre de la porte, il n’y a rien à faire.

Pierre Rolinet évoque le Strutof en 2019 lors d'une interview à France 3

 

L’homme n’a rien oublié des conditions de détention au Struthof.

J’ai perdu 25 kilos les huit premières semaines, j’ai eu la diphtérie, la dysenterie. J’étais persuadé à cette époque-là que je ne m’en sortirai pas.

Pierre Rolinet, déporté au Struthof

“Au Struthof, il y a une évasion qui a réussi. Mais quelqu’un qui cherchait à s’évader et était repris, c’était la pendaison et tout le camp défilant en le regardant” se souvenait-il parfaitement.

Ces dernières années, Pierre Rolinet avait deux objectifs : atteindre ses 100 ans et surtout être présent à l'inauguration du nouveau musée de la Résistance à Besançon en 2023. 

Pierre Rolinet n'aura pas réalisé cette dernière ambition mais il a réussi sa mission mémorielle. "Pierre Rolinet fait partie de ces personnes qui ont une humanité et une droiture exceptionnelle. Il faut que l'on soit à la hauteur de ces personnes là " assure Marie-Claire Ruet, l'ancienne conservatrice du musée de la Résistance et de la déportation de Besançon.