Revue du web : Signature à l'Elysée de l'entrée de Dongfeng et de l'Etat français dans le capital de PSA

© Max PPP/Simon Daval
© Max PPP/Simon Daval

Aujourd'hui, à l'Élysée, les présidents François Hollande et Xi Jinping signeront avec PSA Peugeot Citroën un partenariat stratégique validant l'entrée de la société chinoise Dongfeng et de l'État français au capital du constructeur automobile. Voici les réactions de la presse : 

Par Isabelle Brunnarius

Cet accord va permettre une augmentation de capital de trois milliards d'euros nécessaire au redressement de la situation financière du groupe automobile.

Un moment d'histoire

Bien informé, le Figaro précise qu'une première signature de cette "négociation hors normes" a eu lieu hier. Cette cérémonie privée entre PSA Peugeot Citroëen et Dong Feng est un "moment d'histoire" : 

"Pour trouver les moyens de survivre, PSA doit en passer par une double rupture. La première, c'est d'accepter l'entrée de l'État dans son capital, pour faire contrepoids à l'arrivée du chinois Dongfeng. «On a été élevé dans l'idée que l'État, c'était ceux d'en face, ceux de la Régie», commente un brin nostalgique un proche du groupe, en allusion à Renault. Seule consolation: l'État détiendra 14% de PSA, contre 15% de son concurrent français. Deuxième rupture: c'est pour PSA la fin du contrôle exercé par la famille Peugeot, aux commandes du constructeur depuis deux siècles, et que l'opération va mettre sur un pied d'égalité avec l'État et Dongfeng."





 

Quid de la propriété intellectuelle ?


C'est bien "un nouveau chapitre de l'histoire de PSA Peugeot Citroën et Dongfeng" qui s'écrit selon l'Usine Nouvelle via l'agence Reuters : 

"Il est trop tôt pour prédire ce qui ressortira de tout cela", dit Kristina Church, analyste du secteur chez Barclays Capital. "Nous espérons pour PSA qu'il ne va pas brader en Chine la partie la plus précieuse de son activité, c'est-à-dire la propriété intellectuelle sur ses technologies. Il reste aussi à démontrer que le cash qu'il recevra en retour suffira à financer son développement futur, en matière de produits et de technologies, comme de présence à l'international."

 

Limiter l'influence chinoise...


Effectivement beaucoup d'interrogations demeurent. Comment PSA et Dongfeng sont passés du flirt au mariage ? Le quotidien 20 minutes s'est posé les bonnes questions : 

"Comment la France compte limiter l’influence de son partenaire chinois?
Le contrat de mariage prévoit une clause pour que PSA, l’Etat français et Dongfeng ne puissent pas augmenter leur niveau de participation pendant les dix prochaines années. Le but principal est de limiter l’influence du constructeur chinois au sein du premier constructeur français qui emploie, aujourd’hui, près de 90.000 salariés dans l’Hexagone."


Limiter l'influence chinoise... La partie n'est pas gagné d'avance. La lecture d'un article du blog du Monde Diplo Planete Asie est assez éclairante. Martine Bulard raconte sa rencontre début mars avec Zhu Fushou le numero 2 de Dongfeng à Wuhan :

Pour M. Zhu, « Peugeot est une entreprise régionale dans une économie mondialisée » et cela ne semble pas vraiment un compliment dans sa bouche : « 62 % de ses ventes se font en Europe et comme l’Europe connaît la crise, il se retrouve en peine. » Donc, et c’est la deuxième directive donnée par le numéro deux de Dongfeng, « Peugeot doit revoir son positionnement sur le marché afin que la part européenne passe en dessous de la barre des 50 %. Et l’objectif est de conquérir des places en Asie et dans les autres pays émergents » (...) Pour M. Zhu, le troisième axe concerne « les restructurations indispensables afin de réduire les coûts et faire jouer les synergies ». On croirait le représentant local du Mouvement des entreprises de France (Medef). C’est pourtant un membre du Parti communiste chinois(...) M. Zhu l’a gentiment mais fermement rappelé : Dongfeng ne sera pas un partenaire dormant (sleeping partner) : « Nous sommes présents au conseil de surveillance au même titre que les deux autres partenaires », avec le même poids décisionnel. Fini le temps où les Chinois apportaient les capitaux et se mettaient en retrait de peur d’effrayer.



Réponse à toutes ces interrogations ce matin sur Europe 1 avec Robert Peugeot, membre du conseil de surveillance de PSA. Avec une des questions de notre confrère : 
 

Peugeot sera-t-elle un jour une marque chinoise ? 


Des propos qui ne rassurent pas forcément. BFM TV conclut son article sur les inquiétudes suscitées par cet accord : 

"Pour d'autres c'est une partie du savoir-faire du groupe Peugeot qui va progressivement quitter la France. Ils mettent en avant la mise au point de la technologie hybrid air. Ce nouveau moteur ultra-économe conçu par les ingénieurs de PSA en France devrait être industrialisé à l'étranger.
Autre inquiétude: l'accord concerne surtout le renforcement de PSA sur le marché asiatique et chinois en particulier. Les nouveaux partenaires songent à y développer un véhicule à bas coûts, modèle qui devrait être développé dans un centre de R&D qui sera installé en Chine. Du coup, pour ces partenaires sociaux, l'accord ne résout pas la problématique des surcapacités de PSA en Europe. Pire, il les aggrave."


L'avenir de PSA Peugeot Citroën va bientôt reposer sur un nouveau tandem : Louis Gallois prendra la présidence non exécutive fin avril et Carlos Tavares succèdera à Philippe Varin à la présidence du directoire de PSA Peugeot Citroën dès la semaine prochaine. A eux de savoir composer, négocier et travailler avec Dongfeng.
 

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