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L'époxiconazole, un fongicide dangereux pour l'homme, retiré du marché : réaction dans la plaine de Gray

Plaine de Gray
Plaine de Gray

L'agence sanitaire Anses a ordonné mardi le retrait du marché de tous les produits à base d'époxiconazole, fongicide largement utilisé dans l'agriculture qui présente un "danger préoccupant" pour l'homme en raison de son "caractère perturbateur endocrinien".

Par Isabelle Brunnarius avec AFP

L'époxiconazole, qui sert à prévenir et traiter les parties aériennes des végétaux contre les champignons, est utilisé en France sur environ 50% des surfaces céréalières (blé, orge, seigle, avoine), et 70% des surfaces de betteraves, selon l'agence Anses. D'après la chambre d'agriculture de Haute-Saône, c'était "la première molécule fongicide utilisée au niveau national". 
    
La substance est déjà considérée comme un "cancérogène suspecté" et est "présumée toxique" pour la reproduction humaine. Mais après l'adoption fin 2017 d'une nouvelle règlementation européenne sur les perturbateurs endocriniens, l'Anses s'est "autosaisie sans délai" pour l'évaluer
sur cet aspect.
    
Sur la base d'un guide européen publié en juin 2018 établissant les critères scientifiques pour définir si une substance est un perturbateur endocrinien, "on peut établir et confirmer" que l'époxiconazole en est un, a expliqué à l'AFP Caroline Semaille, directrice générale déléguée de l'Anses.
    
La substance active, dont environ 200 tonnes sont commercialisées chaque année en France selon l'Anses, présente "un danger préoccupant pour l'Homme et l'environnement", a insisté l'agence dans un communiqué.
   
Les perturbateurs endocriniens, composés chimiques présents dans de nombreux produits de consommation courante (jouets, plastiques, produits phytosanitaires) sont encore mal connus. Mais la liste des maux qui leur sont attribués est longue (problèmes de fertilité, croissance, comportement, origine possible de certains cancers...), alimentant l'inquiétude de la population et des ONG.
    
La règlementation européenne adoptée difficilement en 2017, et qui ne satisfait pas les ONG, ne concerne que les produits sanitaires et biocides.
    
"Tous les produits passeront à travers les fourches caudines" du nouveau guide, a assuré Mme Semaille, précisant que l'Anses avait choisi de se pencher en premier sur l'époxiconazole en raison notamment de son usage important et des suspicions pesant sur la substance.
    
L'ONG Générations Futures,
en se félicitant de la décision, a appelé l'Anses à retirer rapidement du marché "d'autres pesticides très dangereux".


Quelles "alternatives" ? 

L'Anses va notifier sa décision aux autorités européennes, qui sont en cours de réévaluation de cette substance, pour laquelle l'autorisation ou non de renouvellement doit être prise d'ici avril 2020.
    
Ces retraits d'autorisations sur le marché français concernent 76 produits commercialisés sous divers noms principalement par le géant allemand de la chimie BASF.
    
Les produits devront avoir disparu du marché d'ici 12 mois, a précisé Mme Semaille, assurant qu'il existait des alternatives, notamment de la même famille, les triazoles".
 
"Les agriculteurs ont déjà probablement un peu anticipé parce que les ventes ont un peu diminué ces dernières années", a-t-elle noté.

C'est ce qu'ont constaté nos confrères sur le terrain. Ils sont allés dans la plaine de Gray, secteur céréalier de la région, pour rencontrer Emmanuel Brussey, agriculteur à Francourt. Dans le cadre des mesures agro-environnementales climatiques (MAEC), il a pu être aidé pour s'engager à baisser de 25% en 5 ans l'usage des phytosanitaires. Mais il ne sait pas encore comment il va s'adapter à cette interdiction de l'epoxiconazole. 

De son côté, la chambre d'agriculture de Haute-Saône précise que 

La recherche des firmes phytosanitaires permet de sortir des molécules plus performantes et moins toxiques. Une triazole, sans classement toxicologique, sera homologuée pour 2020 et tout le monde oubliera l’époxiconazole tellement elle révolutionnera à nouveau le marché des fongicides.

 
Plaine de Gray : réaction à l'interdiction de l'epoxiconazole
L'agence nationale de sécurité sanitaire a décidé d'interdire un des fongicides les plus utilisés sur les cultures céréalières...considéré comme dangereux pour l'homme et la faune. Un coup dur de plus disent les agriculteurs concernés. Explications dans les champs avec Emmanuel Brussey Agriculteur céréalier de Haute-Saône. reportage C.Schulbaum, JS Maurice et E.Dubuis
   

BASF a d'ailleurs contesté les données de l'Anses, assurant que le chiffre de 200 tonnes datait de 2015. "Entre 2015 et 2019, les usages ont diminué de 80% en France", a indiqué à l'AFP Jean-Marc Petat, directeur agriculture durable pour BASF France division agro, indiquant avoir déjà annoncé un arrêt des ventes en 2019. 
  
 "Le produit ne pose aucun problème de santé pour les agriculteurs et absolument aucun risque pour les consommateurs et les riverains", a-t-il ajouté, dénonçant la nouvelle méthode d'évaluation qui n'est pas liée à des problèmes constatés sur la santé humaine.
    
L'objectif du gouvernement de sortir d'ici 2021 du glyphosate, ou au moins de la majorité des usages de l'herbicide controversé le plus utilisé au monde, a focalisé le débat autour des produits phytosanitaires ces dernières années.
    
Un débat très sensible autour d'une équation complexe : comment réduire le volume de produits chimiques dangereux pour la santé et l'environnement sans pénaliser l'agriculture ?
    
Le gouvernement s'est fixé un objectif plus vaste avec le plan écophyto. il s'agit de réduire l'utilisation des produits phytopharmaceutiques de 25% d'ici 2020 et 50% d'ici 2025. Mais, comme le rappelle le site Actu environnement, les résultats de ce plan sont décevants. Lancé en 2008, il devait initialement permettre de "réduire de 50% l'utilisation des pesticides d'ici 2018".

"Dix ans après, précise le site de Actu environnement,  on en est au même point. Voire pire. Entre 2009 et 2017, le nombre de doses unités (Nodu), nom de l'indicateur qui sert à évaluer l'utilisation des pesticides, a augmenté de 12,4% selon les chiffres présentés lors du comité de suivi" en juillet 2018.

    
 

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