C'est le printemps des naissances pour les faons et celui de tous les dangers, pourquoi ne faut-il pas les toucher si vous en trouvez un ?

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Comme chaque année à l'arrivée des beaux jours, des promeneurs tombent sur des faons isolés et couchés dans les herbes. Beaucoup pensent à tort qu'ils sont abandonnés alors que leur mère est simplement cachée à côté. C'est aussi la période de fauche dans les prairies. Et ils sont nombreux à périr au passage des tracteurs. Pour aider les agriculteurs, des pilotes de drone ont crée l'association "Sauvons les faons" afin de sauver ces animaux.

On a tous le souvenir de Bambi

Olivier Trible, photographe naturaliste en Franche-Comté, aime sillonner la nature le matin au lever du soleil.  Avec l'arrivée des beaux jours en mai, il sait qu'il peut tomber à tout moment sur un faon caché dans les herbes hautes, un petit faon né dans la nuit.  "Pour moi, c'est toujours un instant magique, car il est rare de côtoyer de si près le début de la vie dans la nature, c'est une image que j'aime saisir pour immortaliser ce beau moment de rencontre avec un petit Bambi" explique le photographe.


Durant la période des naissances, les chevrettes et les biches ont pour habitude de laisser leur faon seul. Cela ne signifie pas qu'il est abandonné car la mère n'est jamais très loin. Cela permet à celle-ci de se nourrir, et surtout de ne pas attirer les prédateurs vers les petits faons sans défense. En effet, le faon nouveau-né ne possède pas d'odeur contrairement à un adulte, et son pelage le dissimule parfaitement dans la végétation.

Toucher un faon va le condamner

Par réflexe, un faon qui se sent menacé va se cacher dans les hautes herbes pour passer totalement inaperçu. Il ne connait pas la fuite et le réflexe de beaucoup de promeneurs est alors de le caresser ou pire de l'emmener pour tenter de le sauver. Cette attitude signe son arrêt de mort alors que le petit animal est en pleine forme, car sa mère va l'abandonner à cause de l'odeur qui sera laissée sur lui. Chaque année, les centres de sauvegarde de la fauve sauvage ou les vétérinaires voient arriver des petits faons qui n'étaient nullement en danger. 

Si vous tombez sur un jeune, ne cherchez pas à vous en approcher et faites demi-tour rapidement.  C'est le mieux que vous puissiez faire pour lui, sauf bien sûr s'il est blessé.

Une population de faons décimée lors du fauchage des champs 

Aucun chiffre précis n'est connu quant au nombre de faons tués par les faucheuses chaque année, mais on estime à plusieurs milliers le nombre total des pertes.  En effet, les chevrettes apprécient les terrains dégagés, elles cachent souvent leurs petits dans les herbes hautes. Ils sont alors totalement invisibles pour les agriculteurs lors de la fauche.

Lors d'un affût  photographique en bordure de prairie, le photographe Olivier Trible a été témoin d'une scène très difficile. "Juste après le fauchage d'une parcelle, une chevrette est revenue à l'endroit où était son petit. Il avait disparu dans les lames de la machine. Durant quatre jours, l'animal est revenu au même endroit, pourchassant les corvidés attirés par ce qu'il restait du faon".

Les drones de l'association "Sauvons les faons" pour aider les agriculteurs

La mort d'un faon lors de la fauche est toujours un moment triste pour un agriculteur. Il connait les chevreuils qui sont sur ses champs, il les voit très régulièrement et s'habitue à eux. De plus c'est un manque à gagner car les bottes sont détruites pour ne pas rendre malade le bétail. Pour venir en aide gratuitement aux agriculteurs, Philippe Lesage et Alexandre Landry, pilotes de drones, ont crée l'association sauvonslesfaons.org.

Leurs interventions doivent se faire à l'aube afin que la chaleur corporelle du faon apparaisse clairement sur la caméra thermique. Après 7h30, il devient plus difficile d'intervenir et de détecter les petits. Le pilote va survoler une zone entre 30 et 60 hectares. A chaque animal découvert, une équipe de volontaires part sur place pour sécuriser la zone. 

Arrivée sur place grâce aux informations données par le pilote qui les guide, l'équipe de sauveteurs à le choix entre deux options. "Si  le jeune est né dans la nuit, ils placent une caisse au-dessus du faon et le signalent par un drapeau.  L'agriculteur peut faire son foin en évitant l'obstacle et libérer le faon ensuite. S'il est plus âgé, ils vont pousser le jeune à partir vers une zone sécurisée" nous explique Alexandre Landry, pilote à Pontarlier dans le Doubs.   

Cependant, il ne faut pas croire qu'en achetant un drone grand public vous pourrez sauvez des faons. Pour Philippe Lesage le pilotage de drone tels que ceux qu'il utilise n'est pas un loisir. "Voir un faon avec un drone qui n'a pas de caméra thermique est impossible. L'animal est trop bien caché. C'est du matériel très onéreux. Mon drone coute 12 000 euros, et c'est pareil pour la caméra. Aujourd'hui les premiers prix tournent autour de 7 000 euros pour un drone efficace. Et puis, il y a surtout la législation. Il faut posséder obligatoirement un brevet de télépilote professionnel et être déclaré en préfecture. Il est interdit de décoller avant 5 heures du matin. Toute infraction peut être sévèrement condamnée" précise le pilote. 

Lors de la création de l'association Sauvons les faons, Philippe et Alexandre ont tenu absolument que l'intervention soit gratuite pour les agriculteurs. Du coup, ils sont financés par les fédérations de chasse ou par des amoureux de la nature qui veulent participer à cette très belle initiative. Vous pouvez les aider à sauver chaque année plus de faons au travers d'un financement participatif. Il permettra aux 14 pilotes de pouvoir intervenir dans toute la France. 

Une vingtaine de missions sont déjà prévues en 2022 dont sept dans le département du Doubs. Grace à ces interventions de télépilote de drone, Philippe Lesage restera pour ses filles le héros qui sauve Bambi à chaque printemps.