Doubs : au tennis-club de Saône, un cours pour les enfants aveugles

En Franche-Comté, un club de tennis propose pour la première fois un cours pour les personnes aveugles, à Saône près de Besançon. Ilyiès, 9 ans, apprend depuis la rentrée à jouer au tennis.

« C’est qui le boss ?! ». Sur le cours de tennis, Laure Joineau ne ménage pas ses encouragements. C’est la troisième fois qu’elle entraine Ilyiès. Du haut de ses 9 ans, le jeune garçon fait preuve d’une détermination impressionnante. « C’est moi !! » répond-t-il. Après quelques heures de travail seulement, le petit Comtois est capable de frapper la balle jaune que son entraineuse fait tomber devant lui. Pourtant, il doit le faire sans les voir. Ilyiès vit avec les séquelles d’une tumeur au cerveau, qui lui a ôté la vue. Il joue uniquement grâce à son ouïe.

Parfois appelé « blind tennis », ou « céci-tennis », cette pratique du tennis repose sur une balle adaptée, en mousse avec une coque plus dure « et un grelot dedans », explique Laure Joineau. Elle émet ainsi des petits tintements, qu’Ilyiès utilise pour la repérer.

Un rêve de petit garçon

« Mon papa et mes deux frères faisaient du tennis, raconte Ilyiès, et moi j’étais un peu triste de ne pas en faire ». « Il voyait ses frère qui partaient faire les cours de tennis, il les accompagnait régulièrement sur le cours, et il demandait ‘pourquoi moi je ne peux pas en jouer ?’, relate Jennifer Boffy, sa maman. La maman explique à son fils qu’il faudrait pour qu’il puisse entendre la balle, pour espérer la renvoyer. « J’ai fait des recherches sur internet, et il n’y avait rien du tout ici, c’était principalement au Canada, à Montréal ».

Jusqu’au mois de juillet dernier, où après avoir suivi une formation de « tennis santé », qui permet aux entraineurs de tennis d’encadrer des cours destinées à des personnes atteintes de pathologies, Laure Joineau lui parle de sa volonté d’ouvrir le tennis à tous. « Je lui ai répondu ‘j’ai quelque chose qui me trotte dans la tête’ » se souvient Jennifer Boffy. Peut-être serait-il possible d’accueillir Ilyiès ? « Ils m’ont demandé si j’étais partante pour me lancer dans ce projet-là, et ça a été tout de suite oui, c’est le cœur qui a parlé » se rappelle Laure Joineau.

A la découverte du Tennis Sonore à Saône, avec Liyès, 9 ans

Reportage : GANTNER Jean-Luc / MAURICE Jean-Stéphane et CHAMUSSY Pierre.

Durant tout l’été, l’entraineuse s’est renseignée sur le blind tennis, et son enseignement. « Il n’y a pas ça dans les livres, ça n’existe pas les livres de pédagogie de tennis sonore » explique-t-elle. Alors, l’entraineuse imagine des exercices sur mesure pour Iliès. Des bandes en relief à poser sur le sol pour qu’il puisse se repérer, des échauffements où elle court à ses côtés. « Je suis professeure, mais j’apprends autant que lui ».

Depuis la rentrée, Iliès suit donc deux cours par semaine, et Laure Joineau espère que d’autres enfants, mal-voyants ou non-voyants, le rejoindront. Le club a déposé plusieurs demandes de subventions, pour aider à développer cette pratique, dont le matériel coûte cher, « il faut commander les balles au Portugal » raconte l’entraineuse. En attendant, Ilyiès s’entraine avec le sourire, et sous le regard de ses parents. « Je suis trop fière de lui, confie sa maman, il se bat déjà contre une grave maladie, avec des traitements très lourds, et là il arrive à se concentrer et à faire le sport qu’il a choisi ».

 

 

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