Vesoul, Longevelle-sur-Doubs : leur chasse aux mégots de cigarettes bientôt financée par l'Etat

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Écrit par France 3 BFC

Il ne fait que 2 grammes mais pèse lourd dans la pollution des eaux. C’est un fléau pour l’environnement. Certaines communes se sont lancées dans la chasse aux mégots, l’Etat vient d’annoncer 80 millions d’euros pour les aider dans cette lutte. Ce n’est pas de refus car ça coûte cher !

Les mégots de cigarettes polluent les mers davantage que les plastiques. Un seul mégot peut polluer 500 litres d’eau et s’il est jeté dans la nature, il met 12 ans avant d’être dégradé complètement. Conscients de ces chiffres, certaines communes, pionnières en la matière et aidées par des associations, ont commencé à agir.

Vesoul et Longevelle-sur-Doubs à la chasse aux mégots

Direction Vesoul, qui a instauré un "mois de la propreté" chaque année, en mai. Information, éducation de la population, participation des habitants, une opération menée tous azimuts. Dans cette ville de 15 000 habitants, plus d’un million de mégots sont ramassés par an par le service propreté !

Depuis 2 ans, sus aux mégots ! Des ramassages collectifs de déchets sont organisés, et "le plus gros butin, c’est les mégots" ! De plus, des cendriers de poche sont distribués et des affiches sont placardisées. Le slogan : "Ne rien jeter, la mer commence ici !" A Vesoul, la mer peut paraître loin mais le message passe !

Ne rien jeter, la mer commence ici !

Sandrine Abrant-Grandgirard est adjointe à l’écologie et se réjouit du succès de l’opération : "On a ramassé 117 kg de déchets dont 9500 mégots. Sur le seul endroit où nous sommes passés deux fois, à quelques mois d’intervalle, sur la coulée verte, il y avait beaucoup moins de mégots. Je crois que les campagnes de sensibilisation ont un impact !"

Même sentiment à Longevelle-sur-Doubs, près de L'Isle-sur-le-Doubs : l’éducation des fumeurs porte ses fruits ! Cette commune de 700 habitants a été l’une des premières de la région à déclarer la chasse aux mégots. Didier Gueutal, adjoint à l’environnement, explique : "On a installé des cendriers aux sites stratégiques, devant la boulangerie, le bar, l’école et les parkings. Et on fait des campagnes de promotion avec affiches dans le village, info dans le bulletin municipal et aussi sur l’application de la commune… Et ça marche !".

Didier Gueutal trie les mégots, (qui sentent vraiment mauvais, dit-il, on le croit !) et les pèse : "Tous les 6 mois, j’en ai environ 10 kg. 10 kg, c’est 21 000 m3 d’eau non polluée !" Et, fait encourageant, il constate : "J’en vois moins par terre, beaucoup moins. On est encore respectueux des choses dans les petits villages. Et quand c’est propre, les gens respectent le lieu, ne salissent pas…"

Et si Didier Gueutal pèse ses mégots, ce n’est pas pour tenir ses statistiques, mais parce qu’il envoie ses mégots au recyclage, à l’autre bout de la France, en Bretagne…

La deuxième vie des mégots

Oui, au lieu d’incinérer les mégots, on peut les transformer. La commune de Longevelle-sur-Doubs envoie 10 kg tous les 6 mois à Me-go près de Brest. Cette entreprise en fait du mobilier urbain, comme le raconte ce reportage de France 3 Bretagne.

Cette mobilisation "anti-mégots" coûte cher.

L’adjoint de Longevelle a fait ses comptes : "La campagne d’information, avec affiches et cendriers de poche, coûte presque 3000 euros, vous ajoutez un kit pour Me-go de 220 euros tous les 6 mois, ça va vite…"

Faire propre, ça se paie !

 Didier Gueutal, adjoint à l'environnement de Longevelle-sur-Doubs

 

Il s’était renseigné au lancement de l’opération pour avoir des subventions. Chou blanc. Ni PMA Pays de Montbéliard agglomération, ni le département, ni la région ne participaient financièrement.

Changement mi-août 2021 : l’Etat annonce une enveloppe de 80 millions pour aider financièrement les collectivités qui luttent contre les mégots. Le ministère de l’environnement a compté : 23 milliards de mégots sont jetés par terre chaque année. Selon le principe pollueur-payeur, les entreprises du secteur du tabac financeront ces 80 millions. L’objectif est de réduire de 40 % en 6 ans la pollution par les mégots.

Sandrine Abrant-Petitgirard applaudit à cette annonce et envisage le recyclage des mégots collectés à Vesoul, ce qui n’est pas encore fait dans sa ville. Cette subvention pourrait justement servir à aller plus loin : "Il existe 3 entreprises sur ce créneau en France. Je surveille les sites sur internet, les innovations. Sur l’Est de la France, rien n’existe… Pour le moment, on en est aux balbutiements du recyclage et tout reste encore à faire."

Didier Gueutal se félicite, lui aussi, de cette aide financière, compte tenu du coût élevé pour sa petite commune de l’opération "anti-mégots". Il ajoute : "Et si, en plus, ce sont les fabricants de cigarettes qui paient, et pas l’Etat donc pas les contribuables, c’est encore mieux !".