Vesoul : pas de place dans un foyer logement pour une religieuse catholique en raison de son voile

© AltoPress / Maxppp
© AltoPress / Maxppp

Le foyer logement Le Sabot de Vesoul a conditionné l'attribution d'un logement à une religieuse catholique à l'absence de "tout signe ostentatoire d'appartenance à une communauté religieuse". La soeur clarisse a préféré garder son habit et a trouvé à se loger dans un appartement de Vesoul. 

Par Isabelle Brunnarius

La religieuse porte un voile noir et une robe beige claire. Cette tenue est l'une des plus fréquentes chez les clarisses, un ordre contemplatif implanté dans le monde entier. Cette soeur a vécu au monastère de Crest dans la Drôme. Pour des "raisons de santé et personnelles", la soeur, âgée d'environ 75 ans, a souhaité quitter le monastère et revenir vivre en Haute-Saône, sa région natale. C'était il y a environ un an. 

Une admission sous condition

C'est une possibilité qui est offerte aux soeurs clarisses. Lorsqu'elles sont âgées, elles peuvent partir de leur monastère pour aller en maison de retraite ou en foyer logement. Dans ce cas, elles peuvent quitter leur habit religieux. Mais cette religieuse ne souhaite pas se "départir de son identité".
En attente d'une place au foyer logement Le Sabot à Vesoul, la soeur est hébergée au presbytère de la paroisse du père Florent Belin. Une solution transitoire en attendant que des prêtres viennent y vivre.

La religieuse ayant déménagé "quatre fois en six mois", selon le père Florent Belin, certains paroissiens se sont inquiétés de cette situation instable auprès du curé de Notre Dame de la Motte de Vesoul. La réponse est publiée dans le bulletin paroissial du mois de novembre. Dans son éditorial intitulé "Qui sommes-nous ?", le père Florent Belin écrit

"Qu’est-ce que la laïcité ? C’est donner la possibilité à chacun de pouvoir vivre sa Foi sans que cela nuise à quiconque. Je ne pense pas que le voile d’une religieuse puisse nuire, car il n’est pas le signe d’une soumission mais d’une consécration". 

Paroles contre paroles

Au départ, selon le père Florent Belin, tous les espoirs étaient permis pour que la femme ait une place dans ce foyer logement mais au fil des mois, cette possibilité semblait s'éloigner. Le CCAS ( centre communal d'action sociale) de Vesoul, responsable de ce foyer logement municipal, livre, lui, une autre interprétation des faits.

"Dès le départ, il a été précisé à cette religieuse qu'il y avait cette condition à son admission". Dans le courrier reçu par la religieuse en juillet dernier, il est expliqué qu'au sein de ses structures, les "résidents peuvent avoir des préférences et convictions et celles-ci doivent être respectées. (...) La religion est une affaire privée qui doit le rester".

Le CCAS précise que le foyer logement Le Sabot a déjà accueilli un pasteur protestant sans problème. Le port d'un signe religieux discret est autorisé.

Aujourd'hui, la religieuse vit dans un petit appartement en continuant de pratiquer ses prières quotidiennes et d'aller à la messe chaque jour. Conformément au droit canon, l'abbesse de son ancien monastère de la Drôme lui avait donné son accord pour que sa tenue soit plus "laïcisée" mais la clarisse n'a pas voulu changer de tenue. 

Généralement, les soeurs qui quittent leur monastère pour des raisons de santé ont perdu leur autonomie. Elles ne peuvent que rester dans leur lit de maison de retraite et la question de la tenue religieuse n'en est plus une. Celles qui sont autonomes résident dans des maisons fondées par des religieuses. A Vesoul, il n'y a pas d'établissement de ce type. Le cas de cette soeur clarisse reste assez exceptionnel.

Une situation qui même si elle est exceptionnelle fait réagir. Ce mardi, le maire de Vesoul, Alain Chrétien, (Agir la Droite Constructive) a publié un communiqué de presse indiquant

"que ni le règlement intérieur des résidences, ni les principes de laïcité auxquels nous sommes tous attachés, n’empêchent cette Soeur d’accéder à un logement. L’obligation de neutralité s’applique aux agents du service public et pas aux résidents qui doivent pouvoir jouir de leur liberté de conscience.(..) Cette erreur d’appréciation est très regrettable et je m’engage personnellement à lui trouver une place aux Résidences Autonomies si elle souhaite les intégrer". 


Contactée, la directrice du CCASS, reconnaît désormais"un erreur d'appréciation" de son service et rappelle que la soeur a toujours été acceptée au foyer logement. Il s'agissait de faire "un effort" dans sa tenue vestimentaire pour ne pas "gêner les autres résidents". 

Deux poids, deux mesures ?

A quatre mois des élections municipales, cette autre affaire de voile après celle du Conseil  régional de Bourgogne Franche-Comté, déclenche une cascade de réactions sur twitter et facebook.
 


Deux poids, deux mesures ? C'est ce que l'opposante LR aux élections municipales face à Alain Chrétien, Marie-Dominique Aubry a déclaré dans un communiqué : 

"La laïcité en France ne peut pas être à géométrie variable. Elle ne peut pas être ouverte lorsqu’il s’agit de femmes qui portent le voile islamique durant les voyages ou les sorties scolaires avec des mineurs, et être implacable lorsqu’il s’agit de religieuses en retraite qui portent l’habit de soeur." 

La réaction du maire de Vesoul indique qu'il n'y a plus "deux poids, deux mesures" et ne souhaite pas accabler les services du CCASS et du foyer logement, des structures qui dépendent de la municipalité. "C'est compliqué en ce moment les questions de laïcité" reconnaît l'élu. La loi est là pour rappeler comment la République française conçoit la laïcité. Une affaire qui pourrait servir de référence. Si demain, une femme voilée de confession musulmane demande une place en foyer logement, elle saura qu'elle y a toute sa place tout comme une religieuse catholique. 


 

Sur le même sujet

Les + Lus