Les voitures du futur menacent un oiseau rare

Par Emmanuel Thiéry

Le tarier des prés est une espèce d'oiseau protégée, qui a établit sa résidence d'été dans la région, sur le site l'ancien aérodrome militaire de Lure-Malbouhans (70). Le projet d'aménagement d'un pôle d'innovation "véhicules du futur" sur cette friche doit donc composer avec l'habitat de ce passereau en voie de disparition. 

Une vaste friche de 240 hectares laissée à l'abandon. Un espace naturel qui n'a jamais été exposé aux pesticides ou aux fertilisants, tout proche de la RN 19 et des sites de production automobile de Sochaux. C'est là, sur l'ancien aérodrome militaire de Malbouhans qu'une dizaine de couples de tariers des prés (Saxicola rubetra) a établi son domicile. Ce passereau migrateur de la famille des rouge-gorge passe l'hiver en Afrique et revient chaque année, au mois d'avril, nicher et se reproduire dans les hautes herbes. Mais dès l'année prochaine, ce petit oiseau pourrait voir son lieu de villégiature estivale un peu transformé. Car, c'est au même endroit que devrait être installé en 2012, un nouveau parc industriel, avec notamment une plateforme d'innovation "véhicules du futur".  

Le Conseil général de la Haute Saône a en effet racheté les lieux en 2008 et copilote avec la Communauté de commune du pays de Lure et la Chambre de commerce et d'industrie du département, un projet baptisé Aremis-Lure plateforme ITS (Intelligent transport system). L'idée c'est de bâtir un technopôle avec d’une part, l’aménagement de l’ancien aérodrome de Lure-Malbouhans en un circuit urbain et périurbain, et d'autre part une zone imitant un quartier de ville pour tester les voitures de demain.

Tout cela risque évidemment d'empiéter sur l'habitat des tariers des prés qui sont inscrits sur la liste rouges des espèces protégées (catégorie vulnérable). 80 % de la population de cet oiseau a disparu en 20 ans et la Haute-Saône reste l'une des régions qui abrite encore de nombreux spécimens. La Ligue de protection des oiseaux (LPO) a donc fait part de son inquiétude et affirme "ne pas être contre le projet, mais considère que le site d'implantation retenu n'est pas compatible avec la préservation des enjeux écologiques existants". De son côté le Syndicat mixte pour l'aménagement d'Aremis-Lure (SYMA) revendique une démarche environnementale et assure que "sur les 236 hectares du site (dont 45 hectares de pistes) la plus grande partie de la zone où le tarier des prés est observé sera préservée."  L'enjeu du projet sera donc de faire cohabiter harmonieusement les engins futuristes et les gazouillis des petits oiseaux. 

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