Jura : 201 anciens salariés de la fonderie MBF lancent une procédure aux prud’hommes contre leur ancien employeur

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Écrit par Sophie Courageot avec Laurent Ducrozet

Les anciens salariés de la fonderie de Saint-Claude n’ont jamais cessé leur combat. Près d'un an après la liquidation de leur usine qui travaillait pour les constructeurs automobiles Renault et Stellantis, le combat se poursuit désormais devant la justice prud'homale.

Ce vendredi 27 mai, ils sont quelques-uns à avoir fait le déplacement à Lons-le-Saunier. Parmi eux cette salariée de l'ancienne fonderie industrielle du Haut-Jura. “Tout ce qu’on espère, c’est avoir gain de cause. On n’accepte pas tout ce qui nous arrive. Ils nous ont tous lâchés, les constructeurs, l’état, notre ancien patron….”. Elle n’a pas retrouvé de travail comme près de 70% des anciens salariés de MBF, de source syndicale.

L’ancien actionnaire italien de MBF visé par cette procédure

L’entreprise a été liquidée le 22 juin 2021 après des mois de lutte et d’occupation du site. C’est l’Italien Gianpiero Colla qui en était l’actionnaire au moment de la fermeture. Le carnet de commandes a petit à petit chuté.

Avec cette procédure d’envergure aux prudhommes “on demande surtout que le préjudice subi soit reconnu par la justice, car il n’y avait pas lieu de liquider une entreprise qui employait plus de 250 personnes dans un bassin d’emploi sinistré” explique Nail Yalcin, ancien délégué CGT. Pour les anciens salariés, l’actionnaire a sa part de responsabilité dans la liquidation du site. Les 280 salariés ont durant des mois multiplié les actions pour se faire entendre allant jusqu'à entamer une grève de la faim devant Bercy. La fonderie du Haut-Jura produisait des carters de moteurs et des pièces de boîtes de vitesse. Selon l'intersyndicale, les deux clients quasi-exclusifs de MBF, Renault et PSA-Stellantis, n'honoraient pas leurs commandes à hauteur des engagements prévus. La situation s'est dégradée au fil des mois, mettant en péril l'entreprise. 

La procédure aux prud'hommes s’annonce longue, une enquête de la justice ouverte en parallèle pour abus de bien sociaux

La procédure aux prudhommes sera certainement très longue a prévenu l’avocat des ex-MBF. D’autant plus que la justice a ouvert une enquête préliminaire sur de “possibles mouvements de fonds suspects de la société MBF vers d'autres entités économiques ainsi que de rémunérations non proportionnées aux résultats de l'entreprise et bénéficiant au dirigeant ou à ses proches", selon les termes du procureur de la République du Jura.

En avril 2021, le Progrès avait révélé que 8 millions d'euros de MBF étaient partis vers une holding britannique appartenant à l'actionnaire italien Gianpiero Colla. Ces transferts d'argent étaient-ils justifiés ? L'enquête est en cours.

Les MBF ont eux perdu leur emploi. “La solution pour certains va être l’exode de Saint-Claude pour retrouver un travail” rappelle Nail Yalcin par ailleurs candidat suppléant aux législatives dans cette circonscription du Jura.