Touche pas à la fleur de CBD : dans le Jura, les boutiques dépitées face à l’interdiction de vente de leur produit phare

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Écrit par Sophie Courageot avec Quentin Carudel et AFP
Un arrêté du gouvernement français interdit la vente de fleurs de CBD.
Un arrêté du gouvernement français interdit la vente de fleurs de CBD. © Hugues Perret - France Télévisions

Un arrêté publié le 30 décembre interdit en France la vente des fleurs et des feuilles brutes de chanvre contenant du CBD, la molécule non-psychotrope du cannabis. Dans le Jura, ces magasins sont dégoûtés et inquiets.

“La fleur de chanvre, c’est 70 à 80% de mon chiffre d’affaires. Si demain on ne peut plus en vendre et qu’on doit se contenter des dérivés, huiles, pommades, bonbons.. On n’aura pas de quoi payer les nos charges fixes, salaires et loyers” s’inquiète Pierre Maillard, vendeur à Lons-le-Saunier.

Le gouvernement a pris cet arrêté entre Noël et Nouvel An. Il serre ainsi la vis sur l'utilisation industrielle et commerciale du CBD. Cette molécule non-psychotrope du cannabis, à laquelle sont attribuées des vertus relaxantes, est actuellement en plein essor. Mais l'arrêté publié au Journal officiel, vendredi 31 décembre, interdit désormais la vente aux consommateurs de fleurs ou de feuilles brutes à fumer ou en tisane. "La vente aux consommateurs de fleurs ou de feuilles brutes sous toutes leurs formes, seules ou en mélange avec d'autres ingrédients, leur détention par les consommateurs et leur consommation" est prohibée, détaille ainsi le texte.

La France comptait quelque 400 boutiques de CBD (ou cannabidiol) début 2021, il en existe désormais quasiment quatre fois plus. Le chiffre d'affaires du secteur est estimé par les syndicats à un milliard d'euros, les deux-tiers tirés de la commercialisation des fleurs et feuilles brutes.

Fleur de CBD, toujours en vente !

Dans cette boutique du Jura, la fleur de CBD est toujours en vente. “J’ai fait le choix de continuer à en vendre, car on est protégé par les lois de l’Europe sur la liberté de circulation des marchandises. On a déposé également un référé devant le Conseil d’Etat qui statuera prochainement” explique Vincent Chicanne, vendeur et membre de l’union des professionnels du CBD.

"Très clairement, il y a un esprit de résistance, notamment car il y a la certitude absolue de l'illégalité de cet arrêté au regard notamment du droit communautaire" explique Charles Morel, président de l'Union des professionnels du CBD. L'UPCBD dénonce un passage en force du gouvernement face à un produit non-stupéfiant et non psychotrope. “Cette interdiction n’est pas seulement aberrante du point de vue sanitaire, sécuritaire, écologique, économique et social, elle est aussi gravement contraire à l’état de droit” estime le syndicat qui attend le résultat du référé. Le Conseil constitutionnel a validé ce 7 janvier l'interdiction de la vente de fleur et feuilles de chanvre.

La France dit non, l'Europe dit oui

En novembre 2020, la Cour de justice de l'Union européenne avait jugé illégale l'interdiction en France du CBD (autorisé dans plusieurs autres pays européens), au nom du principe de libre circulation des marchandises.

La justice européenne a estimé qu'il n'avait "aucun effet nocif sur la santé" et ne pouvait être considéré comme un stupéfiant, à la différence de son jumeau fortement dosé en THC, la molécule psychotrope du cannabis.

La Cour de cassation - plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français - lui a emboîté le pas en juin, jugeant que tout CBD légalement produit dans l'Union Européenne pouvait être vendu en France.

Une pétition a été lancée pour demander l’annulation de l’arrêt du 30 décembre

"Stigmatiser la fleur de CBD, c’est dommage, car les agriculteurs français, aujourd’hui, on ne peut pas leur acheter cette fleur. On est obligés de l’acheter ailleurs en Europe” déplore Vincent Chicanne.

Pour ce client, l’interdiction a du mal à passer. “En tant qu’ancien consommateur de THC, ça m’a fait du bien. Je ne fume plus de résine de cannabis, je tourne au CBD et je suis plus clair dans ma tête. Cette interdiction, il n’y a aucune raison… Le CBD n’a aucune incidence néfaste sur la santé” argumente-t-il.

La pétition lancée sur internet pointe aussi le risque d’une telle interdiction : “la plupart consomment cette fleur suite à diverses pathologies et une grosse majorité l'utilise pour le sevrage du THC, ce ne sont pas les témoignages qui manquent, bien au contraire. Le mode de consommation de cette fleur, n'est pas uniquement sur de la combustion, mais aussi sur de la vaporisation. Avec cette interdiction, beaucoup vont retourner dans des points de deal, et se rabattre sur une substance non contrôlée avec un fort taux de THC” écrivent les pétitionnaires.

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