Réseau routier : faut-il avoir peur de passer sur les ponts ?

© Pixabay
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Il y aurait en France entre 200 000 et 250 000 ponts routiers. Soit un pont tous les 5 kilomètres. C'est une estimation. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’est pas possible aujourd’hui de connaître leur nombre exact. Et l'état des lieux n'est pas reluisant.

Par CJ

Ce constat, on peut le lire dans les toutes premières lignes du rapport d'information sur la sécurité des ponts, présenté au Sénat en juin 2019 :

"Fait surprenant et révélateur des lacunes de la politique de surveillance et d’entretien des ponts, le nombre exact de ponts routiers en France n’est pas connu, en l’absence d’un recensement exhaustif des ponts gérés par les collectivités territoriales".

Ce rapport de 148 pages, fait au nom de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable suite à l'effondrement du pont Morandi de Gênes le 14 août 2018, détaille une situation relativement inquiétante et préconise la mise en oeuvre d'un "plan Marsall " pour les ponts.

380 000 kilomètres de voirie en France

Le réseau routier géré par l'Etat totalise plus de 12 000 kilomètres, soit 2% du linéaire total. 
Conséquence des politiques de décentralisation, les collectivités territoriales gèrent 98% du réseau routier français.
Ce réseau concentre les deux-tiers du trafic routier. Le pourcentage se répartit comme suit : 
Départements : 35% 
Communes et intercommunalités : 63%
 

Qui gère les ponts?

L’État gère directement 12 000 ponts, les concessionnaires 15 000, les départements 100 000 et les communes 80 000.
La valeur de ce patrimoine d’ouvrages d’art est estimé à 200 milliards d'euros.



Tout cela englobe différents types de ponts, différents aussi par les matériaux utilisés et leur date de construction. Un quart des ponts gérés par l’État ont été construits entre 1950 et 1975 et arrivent ou arriveront prochainement en « fin de vie », soit 2 800 ponts.

A noter le cas particulier des ponts dits « orphelins » dont la propriété n’est pas établie ou est contestée, et qui ne sont par conséquent pas entretenus.
 

Les ponts gérés par l'Etat

En dix ans (de 2007 à 2017) le pourcentage des ponts gérés par l’État, nécessitant un entretien sous peine de dégradation ou présentant des défauts, est passé de 65 % à 79 %.
720 ponts environ sont actuellement en mauvais état et nécessitent des travaux de réparation.


Les ponts départementaux 

 Les données sont celles de l'Observatoire National de la Route (ONR)
64% sont en bon état
27,5 % nécessitent des travaux d'entretien spécialisés
6,5% nécessitent des travaux de réparation
2% sont gravement altérés
© NZ / France 3 Bourgogne
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Si l'on considère les pont nécessitant des travaux de réparation et ceux gravement altérés, au total 8,5% des ponts départementaux sont en mauvais état structurel, soit environ 8 500 ponts

Il faut tenir compte aussi du résultat d'une enquête menée dans les départements par l'Assemblée des Départements de France (ADF) :
♦ 0,48% des ponts gérés par les départements devront être reconstruits dans les 5 ans à venir, soit une moyenne de 5 ponts par départements.
♦ 50 % des départements indiquent effectuer une visite par an au minimum sur les ouvrages en mauvais état.
♦ 50 % visitent les ponts tous les deux à neuf ans ( les visites se rapprochant en fonction de l’état du bâti et des caractéristiques techniques) .

 

Les ponts des petites communes et des intercommunalités

Les dernières données disponibles datent de 2008. Elles ont été collectées dans le cadre de l’assistance que l’État apportait aux petites collectivités pour des raisons de solidarité et d’aménagement du territoire (ATESAT) qui a été supprimée en 2014.
Les dernières données fiables datent de 2008 et portent sur 17 600 ponts recensés.
64% sont en bon état
20% nécessitent des travaux de réparation
16 % sont en mauvais état

© NZ / France 3 Bourgogne
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On peut aisément penser que depuis 2008 l'état des ponts communaux s'est dégradé. La suppression de l’assistance de l’État, l’absence de politique généralisée de surveillance et d’entretien des ponts, la dégradation de la situation financière des collectivités territoriales et les réorganisations territoriales successives ont certainement pesé sur l’entretien des ponts.

D'après les experts, 18% à 20% des ponts des petites communes présenteraient aujourd'hui une structure altérée ou gravement altérée (soit plus de 16 000 ponts). 


Un plan Marshall pour les ponts

La mission appelle à la mise en œuvre d’un « plan Marshall » pour les ponts, consistant à :

1. ♦ Porter le montant des moyens affectés à l’entretien des ouvrages d’art de l’État à 120 millions d’euros par an dès 2020 

2. ♦ Créer un fonds d’aide aux collectivités territoriales doté de 130 millions d’euros par an pendant dix ans (soit 1,3 milliard d’euros au total) en utilisant l’enveloppe dédiée à la mise en sécurité des tunnels qui prendra fin en 2021
       Ceci pour:  
         ⇒ réaliser un diagnostic de l’ensemble des ponts des communes et des intercommunalités d’ici cinq ans
         ⇒remettre en état les ponts des collectivités territoriales en mauvais état d’ici dix ans.

 


Quid des ponts en Bourgogne ?

Nous avons tenté d'avoir des réponses auprès des services concernés. Voici les éléments qui nous ont été communiqués. 

En  Côte d'Or : 1560 pont sont gérés par le département.
• 50% sont en maçonnerie
• 31% en béton armé
• 7% en béton précontraint
• 9% sont des ouvrages métalliques
• 3% divers.

A noter qu'il n'existe qu'un seul pont haubané en Côte-d'Or (comme le pont sur lequel est survenu un accident dans le Tarn).
 
Ces pont sont inspectés tous les ans pour les "grands" ponts et tous les trois ans pour les ponts les "plus petits". Les dégradations constatées dans la structure ou les équipements, sont réparées. 
Les services départementaux assurent l'entretien courant. L'entretien plus poussé est confié à des entreprises spécialisées.
 
Le budget annuel consacré par le Département de la Côte-d'Or à l'entretien des ponts est de 2 millions d'euros.


Dans la Nièvre : 885 ponts sont gérés par le département
Ces ponts sont inspectés régulèrement, au moins une fois par an, et sont entrenus de facon préventive. 

Chaque année:
• 5 à 10 ouvrages font l'objet de réparations lourdes (enveloppe annuelle de réparation en investissement de 600 000 euros)
• 3 ou 4 ouvrages font l'objet de réparations importantes (enveloppe annuelle de réparation en fonctionnement de 200 000 euros)

Le pont de Fourchambault sera inauguré vendredi novembre après 3 ans de travaux (étanchéité, maçonnerie, peinture des structures métalliques).
Le pont suspendu de Cosne (seul ouvrage de ce type dans le département comme celui de Mirepoix-sur-Tarn ) fait l'objet d'études pour des travaux programmés en 2020-2021.
Le pont de Décize fait également l'objet d'études pour des travaux programmés en 2021-2022


Tous les 6 ans, les ouvrages les plus grands et les ouvrages techniques de "construction particulière" font l’objet d’inspections détaillées périodiques et ou de visites subaquatiques réalisées par des bureaux d’études spécialisés.

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