Un siècle après être tombé à Verdun, un poilu identifié et sa famille retrouvée

La reconstitution du visage du sergent Claude Fournier par l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie effectué à partir d'ossements et de prélèvements ADN. / © France 3 Bourgogne
La reconstitution du visage du sergent Claude Fournier par l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie effectué à partir d'ossements et de prélèvements ADN. / © France 3 Bourgogne

Porté disparu dans les tranchées de Verdun, le corps du sergent Claude Fournier n'avait jamais été retrouvé. Jusqu'en 2015, où une enquête a pu commencer pour rendre son identité à ce soldat de Saône-et-Loire.

Par France 3 Bourgogne / ML

C'est un long voyage qui a finalement rendu le sergent Claude Fournier à sa famille : un siècle, et 900 kilomètres entre Verdun, la Saône-et-Loire et Cannes. Tombé au champ d'honneur sans nom et sans visage, ce soldat pris dans la guerre de 14-18 faisait partie des nombreux poilus dont le corps n'avait jamais été retrouvé. Jusqu'à ce qu'un coup de pelleteuse permette de raviver son souvenir.

Tout commence le 6 mai 2015, au sein de la "zone rouge" de Verdun (Meuse). Le mémorial de la Grande Guerre est en rénovation. Au coeur du chantier, les ouvriers trouvent trois corps, non identifiés. Ils sont pris en charge par celui que l'on surnomme "le médecin légiste des poilus", passionné d'histoire, Bruno Frémont

Un plaque militaire, et l'enquête démarre


Parmi ces trois anonymes, le docteur reconnaît un homme âgé de 30 à 40 ans, mesurant "entre 1m65 et 1m67". Mais impossible de l'identifier formellement à partir de la dépouille. Heureusement, à proximité des corps, ont été retrouvés des fragments de baillonnettes, d'uniformes, et surtout, une plaque millitaire sur laquelle on peut déchiffrer "Fournier Claude 1900". Un élément essentiel. "Tout est suspendu à cette plaque, rappelle Bruno Frémont. Sans plaque militaire, rien ne nous permet de rattacher un individu à une identité."


Reportage de Marianne Buisson, Alex Gohari, Pauline Juvigny et Victor Huon
Un siècle après être tombé à Verdun, un poilu identifié et rendu à sa famille

Intervenants : Docteur Bruno Frémont, médecin légiste
Jean-Paul Malatier, maire de Colombier-en-Brionnais
Robert Allard, petit-fils de Claude Fournier
Adjudant Franck Nolot, IRGCN


L'histoire aurait dû en rester là. C'était sans compter le sens de l'observation de Jean-Paul Malatier, maire de Colombier-en-Brionnais, une petite commune de Saône-et-Loire située à 400km de Verdun. Il se souvient qu'un nom figure parmi d'autres sur le monument aux morts de sa commune : Claude Fournier. Le maire plonge alors dans les archives de la municipalité et y retrouve la trace du sergent, "un héros", décoré de la croix d'honneur pour ses faits d'armes. 

Retrouvailles


Cette trace mène jusqu'à Cannes, où vit le petit-fils du sergent Fournier. C'est là, grâce à une analyse ADN, que le soldat retrouve formellement son identité, un siècle après son décès. "Le grand désespoir de ma mère, c'est de ne pas se souvenir de son père et qu'on n'ait jamais retrouvé son corps, expose, ému, Robert Allard, son petit-fils. Là, le retrouver, c'est... Je ne sais pas là-haut ce qu'elle en pense mais ça doit être énorme."

Après son identité, c'est finalement son visage qui va être rendu au soldat et surtout sa famille. Les photos de lui avaient été perdues dans une inondation. L'institut de recherche criminelle de la gendarmerie, à Pontoise, entreprend alors d'établir son portrait robot à partir de ses ossements et de l'ADN disponible, une technique habituellement consacrée aux enquêtes criminelles. Un siècle après sa mort, le poilu pourra donc être inhumé le 21 février prochain, sa dignité retrouvée. 


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