Surcharge de travail, révisions ou apprentissage ? L'école à la maison, une pédagogie en question

Depuis le 16 mars, les élèves doivent suivre l'école à la maison. / © Image par Tomasz Mikołajczyk de Pixabay
Depuis le 16 mars, les élèves doivent suivre l'école à la maison. / © Image par Tomasz Mikołajczyk de Pixabay

Depuis que le confinement lié au Covid-19 est mis en place, l'école se fait à la maison pour tous élèves de la maternelle au lycée. Après des premières semaines contrastées, les profs et les parents d'élèves montent au créneau pour dénoncer méthodes de travail et continuité pédagogique.

Par Léo-Pol Platet

Ils sautent en l’air, se prennent dans les bras, sourient à s'en décoller les zygomatiques… Le soir du 12 mars 2020, au moment où Emmanuel Macron annonce la fermeture des écoles à cause de la propagation du coronavirus, partout en France des élèves s’en réjouissent. Après trois semaines d’école à la maison, le bilan est nuancé et l’euphorie des premiers jours a vite laissé place chez certains à l'inquiètude ou à la résignation.

Face à cette situation inédite, l'une des priorités affichées par l'Education nationale était d’assurer un lien constant entre les élèves et l’école. De la classe virtuelle en visioconférence aux cours envoyés par mail, tous les moyens sont mis en œuvre pour que l’école puisse s’installer dans les foyers.


Trop de travail


Mais dès la première semaine, les élèves, par la voix de leurs parents, se plaignent du trop-plein de travail demandé.
" Il y a eu une volonté de montrer que ça n’était pas les vacances dès le départ. Au bout de la première semaine, le ressenti dominant de toutes les remontées de parents était la charge de travail qui était jugée beaucoup trop importante" explique un délégué de la fédération de parents d'élèves FCPE 21. Des refléxions entendues et qui seraient remontées jusque dans le bureau de la rectrice d'académie. Des dispositions ont été prises, poursuit-il. "Un courrier a été envoyé par la rectrice à tous les chefs d’établissement pour demander que les enseignants allègent la charge de travail. Et un effort a été fait de la part des enseignants ". 

Des propos confirmés par Nathalie Albert-Moretti, rectrice de l'académie de Dijon. "On a de suite pris acte de cette situation dont tout le monde souffrait. Les élèves avaient trop de travail et les enseignants étaient saturés par le temps de préparation." Dans ce sens, le rectorat oeuvre à une meilleure repartition du travail demandé par semaine. Des inspecteurs affectés par établissement, sont en contact hebdomadaire avec les chefs d'établissement pour recenser les difficultés rencontrées et assurer un lien.
 

Il y a eu une volonté de montrer que ça n’était pas les vacances dès le départ.



Du côté des enseignants, certains sont plus nuancés. Instituteur en cours élémentaire, Paul (le nom a été modifié) reconnait que certains de ses collègues ont peut-être vu un peu gros, mais par crainte des reproches.

"Certains enseignants ont peur qu'on juge qu'ils n'ont pas assez travaillé, qu’ils n’ont pas assez envoyé de boulot aux élèves. Cela tient à l'absurde infantilisation des rapports hiérarchiques dans l’éducation nationale. Les consignes d’en haut sont bien sûr « tout le monde au boulot au maximum » ".


Tout le monde au boulot 


Selon cette enseignant, la situation est tout de même différente entre le primaire et le secondaire. " Pour l’instant dans le primaire on n’a pas vraiment de comptes à rendre. C’est dans le secondaire par contre que c’est hyper fliqué. "

Selon lui, les élèves en primaire seraient donc épargnés d’une charge de travail trop importante, quand les collègiens ou les lycéen crouleraient sous le travail. Un sentiment en partie confirmé par la FCPE 21. " La coordination entre les enseignants est très difficile pour le secondaire. Et le volume de travail demandé est similaire voire supérieure à la charge de travail habituelle dans le secondaire. "

Mais souvent, le contenu de l'enseignement dépend aussi du point de vue de l'enseignant. Pour certains, la continuité pédagogique promise aux élèves ne peut pas exister en période de confinement. Ils refusent donc d'enseigner de nouvelles notions pour ne pas défavoriser certains élèves. C'est le cas de Fabien, professeur de français en collège. "Apprendre une nouvelle notion c’est déjà complexe en classe, mais en étant chez soi c’est très difficile". Pour lui, l'apprentissage d'une notion ne peut être dissocié des techniques d'apprentissage collectif en classe. 


Révision des acquis ou nouveaux apprentissages ? 


Alors nombre de professeurs privilégient le fait de maintenir des connaissances plutôt que d'explorer de nouvelles leçons. C'est notamment le choix qu'a fait Paul en cherchant à occuper ses élèves avec des notions déjà étudiées : " Perso, dans les familles qui joueront le jeu, je considère que ma mission est d'envoyer assez d'activités pour maintenir les acquis. Aucun nouvel apprentissage n'est envisagé. ". 

Révision des acquis ou nouvel apprentissage ? La question se pose y compris au rectorat qui préfère laisser les professeurs trancher au cas par cas. "Les enseignants s’adaptent à chaque classe mais la majeure partie travaille surtout à consolider les acquis, reconnait la rectrice. Il faut à la fois conforter les acquis de l'année et aller plus loin sans oublier le risque d'inégalités entre elèves qui pourrait être creusé". 

Car c'est bien ce dernier point qui inquiète tous les acteurs de l'éducation avec un constat partagé. Tous les élèves ne bénéficient pas des mêmes conditions de travail qu’elles soient techniques (ordinateur, imprimante) ou intellectuelles (aide et disponibilités de parents ou autre). L'école à la maison pourrait donc apporter son lot d'inégalités. Paul explique : "Des gamins qui, jusque là, n'avaient que l'école pour progresser, à cause d'un environnement familial pauvre (culturellement, socialement, financièrement ) sont complètement délaissés. Le confinement agit comme un accélérateur d'inégalités".

Il faut à la fois conforter les acquis de l'année et aller plus loin sans oublier le risque d'inégalités entre elèves qui pourrait être creusé".
 


Une pré-rentrée progressive et par niveaux ? 


Alors du côté du rectorat, on réfléchit d'ores et déjà à quoi pourrait ressembler la reprise des cours après le confinement. Pour l'heure, c'est une sorte de pré-rentrée progressive qui est à l'étude, nous explique la rectrice. " Pourquoi ne pas faire des groupes de niveau pour être plus attentifs aux élèves qui étaient en difficulté durant le confinement ? Le but est d'accompagner au mieux la reprise des élèves, et s’il le faut de manière différenciée" .

A ce jour, aucune date de rentrée n'a été officiellement communiquée. Et si le sentiment de joie avait accompagné l'annonce de la fermeture des écoles, il accompagnera peut-être aussi le retour en classe des élèves.

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