Belfort : des parents manifestent pour défendre l'instruction en famille et refuser la scolarité obligatoire

Dans plusieurs villes de France, des parents manifestent ce samedi 21 novembre pour le maintien de l’instruction en famille. Ils refusent la scolarité obligatoire dès l’âge de 3 ans, comme annoncée par le président de la République. Rencontre avec une famille de Belfort.
A Belfort, Hélène et Sébastien Fremiot ont fait le choix de l'instruction en famille. Leurs 4 enfant ne vont pas à l'école.
A Belfort, Hélène et Sébastien Fremiot ont fait le choix de l'instruction en famille. Leurs 4 enfant ne vont pas à l'école. © H. Fremiot
Chez les Fremiot, à Belfort, les 4 enfants sont très occupés. L’aînée, 12 ans, lit énormément de livres. Au moins 4 heures par jour. Le garçon de 10 ans fait de l’animation en volume : des montages vidéos à partir de photos faites de ses constructions en briques de Lego. La fille de 7 ans, passionnée par la nature, est plongée dans les revues et les observations de la faune et de la flore. Enfin, la petite dernière, 3 ans, découvre le coloriage et le découpage.


Aucun de ces enfants n’a jamais mis les pieds à l’école. Leurs parents, Hélène et Sébastien, ont fait le choix de l’instruction en famille. Presque par hasard :

 

Ma fille aînée, quand elle avait 3 ans, n’était pas prête à aller vers un groupe, mon petit garçon dormait le jour et pas la nuit, mon mari était en déplacement professionnel une semaine sur deux !

explique Hélène Fremiot.

"Avec ce rythme familial, je me suis dit que ce serait compliqué de la scolariser. Et puis, on est partis en voyage pendant plusieurs mois, on s’est dit que ce serait plus cohérent pour tout le monde que notre fille n’aille pas à l’école"


Le voyage. Et en vélo. Un peu partout en Europe. C’est ça aussi le rythme de vie bien particulier de la famille Fremiot. Loin des clichés, selon lesquels les enfants instruits en famille seraient isolés et soumis à des dérives sectaires ou à la radicalisation religieuse.

"Nous sommes en contact permanent avec l’extérieur. Les enfants ont appris l’italien en voyageant, sans prendre aucune leçon, au contact des enfants rencontrés sur les aires de jeu, en nous entendant baragouiner puis parler couramment l'italien", précise Hélène Fremiot.


Une minorité d'enfants en France


En France, seuls quelques milliers d'enfants sont concernés par l'instruction en famille, sur les 8 millions soumis à l'obligation d'instruction. Car c'est bien l'instruction qui est obligatoire, pas la scolarisation.
Le projet de rendre l'école obligatoire dès l'âge de 3 ans, comme évoqué par le président de la République, remettrait donc en cause un principe fixé par la loi Ferry en 1882.

Ce principe est rappelé sur le site Service-public.fr en ces termes :
 

L'instruction est obligatoire pour tous les enfants, français et étrangers, à partir de 3 ans et jusqu'à l’âge de 16 ans révolus. Les parents peuvent choisir de scolariser leur enfant dans un établissement scolaire (public ou privé) ou bien d'assurer eux-mêmes cette instruction.


Mais que deviendront les enfants instruits en famille, une fois devenus adultes ?  Les rares études menées sur cette question sont plutôt rassurantes. Les enfants qui ont bénéficié de l'instruction en famille seraient plus nombreux que les autres à suivre des études supérieures.  Ils ne connaîtraient pas plus de difficultés à trouver du travail.


Instruction en famille sous étroit contrôle


En France, l'instruction en famille est très contrôlée. Il faut une déclaration des parents en mairie, en vue d'une enquête sociale. Régulièrement, un entretien est organisé avec un conseiller pédagogique et un inspecteur d'académie de l'Education Nationale. Les enfants sont soumis à des exercices oraux et écrits.

La rencontre est parfois compliquée, selon Hélène Fremiot :

"l'Education Nationale considérait que mon fils de 10 ans ne maîtrisait pas assez bien le français et les maths. Il a été évalué uniquement sur ça, sans tenir compte de l'ensemble de ses compétences en culture générale, instruction civique, histoire géographie et sciences, où son niveau était bon !"


Un accident de la vie ou un cheminement


L’instruction en famille est souvent liée à la souffrance d’un enfant. Les parents décident de l’extraire d’un milieu où il ne se sent mal. Rien de semblable  dans la famille Fremiot. C'est, selon Hélène, un cheminement, pas un accident de la vie :
 

Quand les enfants s'intéressent à quelque chose, c'est à nous de nourrir cet intérêt. Ma fille s’est passionnée pour l’Egypte ancienne, on est allé à la bibliothèque, on a regardé des documentaires. On a appris avec elle et on lui a enseigné comment trouver elle-même les informations.

Hélène Fremiot, mère de 4 enfants.






 
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