General Electric Belfort : qui est Philippe Petitcolin, syndicaliste hors cadre ?

Philippe Petitcolin, syndicaliste de General Electric / © Alexandre MARCHI - maxPPP
Philippe Petitcolin, syndicaliste de General Electric / © Alexandre MARCHI - maxPPP

Il bouscule les codes et prône un "syndicalisme responsable" : à Belfort, Philippe Petitcolin, 37 ans, incarne la lutte des salariés de General Electric (GE) contre le vaste plan social annoncé par le groupe américain en mai.

Par AFP

Leader syndical de la CFE-CGC sur le site de fabrication des turbines à gaz, le plus durement touchée par ce plan qui doit supprimer plusieurs centaines d'emplois, Philippe Petitcolin est un extra-terrestre dans le monde syndical. Il fait ses premières armes en 2013, quand cette entité est bousculée par un premier plan social. "Je ne connaissais rien aux syndicats", se souvient-il.

Rien ne le prédestinait à cet engagement au service de "l'intérêt commun". Son père est chef d'entreprise. Et les syndicats, Philippe Petitcolin en avait plutôt "une image négative". "Ils ne savent que gueuler", pensait-il. Son engagement naît d'une frustration. "Quand t'es un employé moyen, tu n'as pas accès aux informations", relève cet ingénieur en conception mécanique qui voulait se mêler de stratégie industrielle. Le syndicalisme en sera l'occasion. "Il est arrivé comme un ovni" avec "la fougue de la jeunesse", se souvient l'expérimenté Francis Fontana, de Sud Industrie. Six ans plus tard, Philippe Petitcolin est secrétaire du comité social et économique (CSE) et membre du bureau du comité groupe France de GE.

En 2013, la section de la CFE-CGC, syndicat catégoriel de cadres et de techniciens, ne comptait qu'une poignée d'adhérents. Aujourd'hui, ses drapeaux sont nettement plus nombreux dans les cortèges. Très vite, Philippe Petitcolin comprend que le syndicalisme ne se résume pas aux piquets de grève. Sous sa houlette, l'intersyndicale de GE Belfort multiplie les contacts : journalistes, élus, acteurs économiques, citoyens...

A Bercy, elle vend chèrement la peau des salariés de GE, démonte méthodiquement les arguments avancés par la direction pour justifier le plan social, conteste le recul du marché des turbines à gaz. "On connaît le marché, on connaît les concurrents, on connaît le dossier", souligne Philippe Petitcolin, dont le message se résume ainsi : "les experts, c'est nous".


"Faire la guerre" 


Les syndicalistes brandissent l'accord conclu en 2014 entre l'Etat et GE après le rachat de la branche énergie d'Alstom, quand le groupe américain promettait de créer 1.000 emplois qui ne verront jamais le jour. Ils mettent la pression sur le gouvernement et menacent de poursuivre l'Etat devant les tribunaux.

Mais après avoir construit un rapport de force, encore faut-il proposer des alternatives industrielles. L'objectif ? Créer du "business", comme il le dit lui-même. L'intersyndicale prône une diversification dans l'aéronautique qui prend corps depuis quelques semaines.
Certains le trouvent dirigiste. Mais Philippe Petitcolin aime coordonner. "C'est le genre de mec avec qui tu peux partir faire la guerre", confie un collègue qui apprécie ses capacités d'"écoute".

Pourtant, ces dernières semaines, des huées ont résonné lorsqu'il approchait des piquets de grève ou des ateliers. La méthode ne passe pas avec tout le monde, notamment la CGT. Certains lui reprochent son goût de la négociation, d'autres, sa jeunesse. Chez les politiques, on voudrait bien capitaliser sur cette figure, à la manière d'un Edouard Martin, parti des haut-fourneaux de Florange pour rejoindre le Parlement européen. A quelques mois des élections municipales, Philippe Petitcolin a reçu plusieurs propositions... qu'il a gentiment repoussées.

Le Belfortain entend garder la tête froide. "Le syndicalisme, c'est très dur. Cela demande beaucoup de compétences et nous avons peu de formation. Nous négocions dans l'urgence des choses préparées pendant des mois. C'est très usant", souffle celui qui fume un paquet par jour depuis l'annonce du plan social.

 "Je ne comprends pas, car on fait des millions de bénéfices et on licencie", s'agace-t-il, barbe de trois jours, cernes prononcées et crâne déjà dégarni.  A Belfort, le combat continue. Le nombre de suppressions d'emplois prévues par le plan à Belfort et dans la région a été ramené de 792 à 485. S'ouvrent à présent d'âpres négociations pour accompagner au mieux ceux qui partiront et préserver l'avenir des 1.275 qui resteront.

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