"Une épidémie ne doit pas cacher l'autre" : les associations alertent sur l'invisibilisation du VIH en temps de Covid

Un sondage Ifop publié le 22 mars soulève un inquiétant recul des connaissances sur le virus du sida chez les moins de 25 ans. Selon Sidaction et Aides, cela serait en partie dû à la crise du Covid-19. 

Une personne tenant deux bougies en hommage aux victimes du sida.
Une personne tenant deux bougies en hommage aux victimes du sida. © PRAKASH MATHEMA / AFP

Les jeunes de 15 à 25 ans ne se sentent plus assez concernés par le VIH, s'alarme l'association Sidaction, après la publication d'un sondage Ifop lundi 22 mars. En 2021, 33 % s'estiment mal informés sur le sujet ; un pourcentage en hausse depuis trois ans. "L’érosion déjà constatée l’an passé se poursuit, nous atteignons le score le plus bas depuis notre premier sondage en 2009", explique Florence Thune, directrice générale de Sidaction, dans un communiqué

"Je ne sais pas si on peut tant parler d'une mauvaise information, mais plutôt d'une absence d'information, note Emmanuel Bodoignet. Peu de médias jouent le jeu de la sensibilisation". Pour le président de la branche Bourgogne-Franche-Comté de l'association Aides, le fait que les personnes sont moins informées d'année en année est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. "Cela veut dire qu'on ne meurt plus du sida, qu'on est globalement mieux soigné. La maladie apparaît donc comme moins grave et on n'en parle plus". Pourtant, le sida reste toujours une maladie grave si elle n'est pas pris en charge rapidement. 

Emmanuel Bodoignet évoque les rares mobilisations et pointe la responsabilité des pouvoirs publics, "qui eux aussi ont oublié de parler du VIH". Résulte alors une augmentation considérable des idées reçues et les fausses informations sur le virus : "24% des 15-24 ans pensent que le VIH peut se transmettre en embrassant une personne séropositive" contre 15 % en 2020, ou encore "23 % d’entre eux estiment que le VIH se transmet en s’asseyant sur un siège de toilettes publiques", indique le sondage Ifop. 

Ainsi, à quelques jours de l'édition 2021 du Sidaction, du vendredi 26 au dimanche 28 mars, l'association appelle à intensifier la sensibilisation sur le VIH et le sida à l'heure où le Covid-19 occupe tout l'espace médiatique. 

Le VIH éclipsé par la crise sanitaire

"Il faut dire que la crise du Covid-19 ne nous a pas facilité le travail", concède Emmanuel Bodoignet. "Peu de sujets émergent et sont traités en dehors du Covid-19, qui impose sa cadence et prend toute la place médiatique. La question du VIH/sida, déjà peu visible avant la crise sanitaire, est encore plus absente des radars médiatiques", explique dans le communiqué de Sidaction Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.

Alors que 75 % des 15-24 ans disaient avoir peur du VIH en 2020, ils ne sont plus que 63 % un an plus tard. "Evidemment qu'il faut parler du Covid, mais il faut faire attention : une épidémie ne doit pas en cacher une autre", insiste Emmanuel Bodoignet. 

Car le Covid n'a pas eu un impact seulement sur la médiatisation du VIH. Centre de dépistages fermés, infectiologues pris par la pandémie... L'année 2020 a vu chuter de près de 60% l’activité de dépistage pour le VIH, selon le ministère de la Santé. Il est donc impossible d'interpréter les chiffres des nouvelles contamination pour cette période, et les retards de diagnostic se font craindre. Pour rappel, 173 000 personnes vivent avec le VIH en France, dont 24 000 sans le savoir, d'après les estimations de Sidaction. En Bourgogne-Franche-Comté, près de 2 000 personnes atteintes du VIH sont traitées, selon les derniers chiffres disponibles publiés par Santé publique France en 2019.

Emmanuel Bodoignet rit jaune. "Nous répétons les mêmes erreurs avec la crise du Covid-19 que pour le VIH depuis 40 ans. On dit qu'il faut se faire dépister le plus vite possible, qu'il faut se protéger, faire attention, on culpabilise les jeunes qui transmettent la maladie... et pourtant, il y a toujours des contaminations. En 40 ans, on a rien appris".  

Le président de Aides Bourgogne-Franche-Comté appelle aux dons pour cette nouvelle campagne de Sidaction, qui a "deux objectifs : favoriser la recherche mais aussi aider les petites associations qui luttent contre le VIH, notamment auprès de personnes migrantes, travailleurs du sexe ou encore consommateurs de substances psychoactives. Sans dons, elles ne pourront plus exister". Les dons peuvent se faire par téléphone (appel gratuit au 110), par SMS au 92 110 (don de 5 €) ou sur sidaction.org

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