"Girouette", "trahison" ou "audace" : chez LR, Guillaume Larrivé et sa prise de position pro-Macron font débat

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Écrit par Lisa Guyenne .

Le président des LR de l'Yonne appelle à construire une nouvelle majorité avec la République en Marche si Valérie Pécresse ne passe pas le premier tour de la présidentielle. Une position qui divise Les Républicains : certains critiquent son manque de loyauté, d'autres estiment que c'est une conséquence normale de "dizaines d'années d'immobilisme" à droite.

"Moi, je montre un chemin. J'ai une vision. Qui m'aime me suive", lance Guillaume Larrivé. Contacté par France 3 Bourgogne, au lendemain de ses déclarations au journal Le Point, le député LR et président de la fédération LR de L'Yonne estime nécessaire d'"ouvrir un débat" au sein des LR : "c'est ma responsabilité", plaide-t-il. Pour le débat, c'est réussi. 

"Il y a des girouettes aussi chez LR"

Guillaume Larrivé le dit clairement : si Valérie Pécresse ne passe pas le premier tour, il votera pour Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle, et appellera à "construire une nouvelle majorité" avec LREM à l'Assemblée nationale. Une anticipation que se refusent à faire les cadres du parti : pas question de faire de la "politique-fiction", juge le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand sur franceinfo. "Je continue à me battre pour que ce soit Pécresse au second tour."

Réaction plus violente, ce matin, signée Aurélien Pradié, le secrétaire général des Républicains, invité de France Bleu Gironde"Ce monsieur [Guillaume Larrivé] dit ce qu'il veut, il y a des girouettes aussi chez LR ! En l'occurrence, il y en a qui ont une colonne vertébrale et d'autres qui n'en ont pas. Moi, je crois en mes idées, je ne suis pas là pour obtenir un poste au gré du vent."

"Ce monsieur a une attitude qui, je pense, n'est pas très respectable. S'il a besoin d'une place, il faut qu'il fasse autre chose que de la politique."

Aurélien Pradié

secrétaire général de LR

Dans l'Yonne aussi, la prise de position de Guillaume Larrivé a aussi du mal à passer chez certains. Jusqu'à provoquer un premier départ : celui de Charles d'Astorg, qui reste chez LR mais démissionne de la fédération icaunaise. "J'ai pris la décision en conscience de quitter mon poste de secrétaire départemental adjoint de la Fédération LR de l'Yonne", a-t-il envoyé dans un communiqué, hier. "Je ne peux pas cautionner cette ligne. Je reste fidèle à mes valeurs et à ma famille politique."

Guillaume Larrivé accusé "d'anticiper l'échec" de Valérie Pécresse

Guillaume Larrivé doit-il alors quitter les Républicains ? "Oui, je pense que oui", lâche Clarisse Quentin, adjointe à la maire de Sens et soutien de la première heure de Valérie Pécresse, porte-parole de son mouvement Libres!. "Je suis navrée. Guillaume Larrivé est très haut dans l'organigramme de la présidentielle. Pour moi, c'est tout sauf le moment de penser à sa carrière à lui", déplore-t-elle.

"Guillaume joue perso. Il a trahi notre candidate. C'est extrêmement égoïste de sa part."

Clarisse Quentin

soutien de Valérie Pécresse

"On se bat tous les jours pour arriver au second tour. On doit, jusqu'au soir du 10 avril, se battre pour cette seule cause. On n'est pas là pour anticiper l'échec", poursuit-elle, déplorant aussi un "non-respect du militant LR". "À force, les gens se rendent compte que l'intérêt personnel passe avant l'intérêt du parti. Après, il ne faut pas s'étonner que les gens se désintéressent de la politique et du scrutin."

La pilule a d'autant plus de mal à passer que Guillaume Larrivé n'en est pas à sa première main tendue au parti présidentiel : en 2020, il fut le seul député LR à voter la confiance au gouvernement de Jean Castex. En réponse, cinq élus LR de l'Yonne, dont Clarisse Quentin, avaient réclamé sa démission "immédiate" de la présidence départementale du parti.

"Le parti est moribond"

En 2017 pourtant, Guillaume Larrivé avait refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, préférant glisser un bulletin blanc dans l'urne au second tour. Mais le député de l'Yonne n'est pas le seul à avoir changé d'avis en quelques années. Également signataire du communiqué réclamant sa démission en 2020, Paul-Antoine de Carville, premier adjoint à la maire de Sens, se montre aujourd'hui bien moins hostile.

"Je pense que Guillaume a pris une position audacieuse, intéressante. Il ouvre le sujet. En tout cas, je ne condamne pas ce qu'il a dit. C'est un chemin original, mais vu les sondages, beaucoup de LR sont dans l'observation et se projettent dans l'après."

Paul-Antoine de Carville

premier adjoint à la maire de Sens (LR)

La démission de Guillaume Larrivé, qu'il avait réclamée en 2020 ? Les circonstances ont changé, estime Paul-Antoine de Carville. "À l'époque, Guillaume était parti en solo, et le moment était différent. Macron était très positionné centre gauche, on voit que ça a changé aujourd'hui. Et en deux ans, LR ne s'est illustré ni sur le plan des idées, ni sur les victoires."

Après 12 ans de militantisme à droite, d'abord à l'UMP puis chez Les Républicains, Paul-Antoine de Carville constate : "Aujourd'hui, le parti est moribond. Est-ce que LR est encore sauvable aujourd'hui ? On fait moins dans les sondages que la France Insoumise. C'est le résultat de dizaines d'années d'immobilisme et de conservatisme, pas sur le plan des idées mais sur la façon de gérer. Il faut se poser des questions. Moi, je suis dubitatif et pragmatique."

En périphérie de LR, la manœuvre convainc avec plus ou moins d'enthousiasme. La sénatrice UDI Dominique Vérien juge que "Guillaume Larrivé est revenu dans le droit chemin en disant qu'il allait voter Macron au second tour." Elle s'estime en revanche "plus défaitiste" sur l'idée de "grande coalition" voulue par le député LR de l'Yonne. 

"Tout dépendra du résultat des législatives. Si, comme la dernière fois, Macron réussit le grand chelem, il n'aura besoin de personne."

Dominique Vérien

sénatrice UDI de l'Yonne

En 2017, la République en Marche avait décroché 308 sièges, soit plus du double des Républicains (112 sièges). Au-delà des chiffres, Dominique Vérien juge que Guillaume Larrivé a pris position "un peu tôt". "Quand on est en campagne, on va jusqu'au bout. Il reste trois semaines. On ne sait jamais ce qui peut se passer." 

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