TÉMOIGNAGE. "Il est 22h34, les pompiers ne viendront pas !"

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C'est un témoignage édifiant sur les services d'urgences dans l'Yonne que nous avons reçu. Un agriculteur de Puisaye-Forterre, victime d'un blocage de dos extrêmement douloureux, n'a été pris en charge que par une ambulance privée, arrivée tardivement. La question du Centre 15 et Centre 18 reste sensible dans le département.

C'est l'épouse d'un agriculteur qui nous a contactés. Un témoignage envoyé en pleine nuit depuis les urgences de l'hôpital d'Auxerre, sous le coup de l'incompréhension et de la colère.

"Appel au '18' à 22h34, mais les pompiers ne viendront pas !"

Cécile (*), qui habite près d'Etais-la-Sauvin en Puisaye-Forterre, nous raconte sa soirée du dimanche 19 juin : "mon mari se bloque le dos, il vient juste de finir son travail, il est agriculteur et fauche sans relâche depuis 3 jours. Les moissons en ce moment, il faut faire vite, avec les orages ! Il n'arrête pas ! Cet accident est arrivé vers 22h30, il avait terminé sa journée de travail. Il s'est assis et s'est bloqué le dos avec une violente douleur. Il a tenté de se remettre debout , mais il ne pouvait plus marcher ! On a appelé le "18" à 22h34, en signalant qu'il est bloqué et ne peut plus bouger, mais il est conscient. Les pompiers n'interviendront pas, parce qu'en Puisaye, il n'y a plus de service d'urgence à partir de 22 heures."

Cécile apprend alors qu'une ambulance privée viendra chercher son mari. "Une ambulance qui vient d'Auxerre. 1 heure d'attente, alors que Clamecy c'est juste à côté, à 20 minutes !"

Un transfert en ambulance sans coquille, sans maintien

Car depuis le 1er janvier 2022, ce sont des ambulances privées qui interviennent, mais plus les pompiers à partir de 22 heures. "En gros, après 22 heures, les pompiers n'interviennent que s'il y a accident sur la voie publique, ou un incendie".

"L'ambulance est arrivée d'Auxerre, ils ont eu du mal à trouver l'endroit, c'était compliqué. Ils sont arrivés à deux. Il était aux alentours de minuit. La première chose qu'ils demandent, c'est la carte vitale pour faire les papiers de prise en charge, alors que mon mari hurle de douleur et ne peut plus bouger. Les deux ambulanciers répondent qu'ils ne peuvent rien donner, ils sont là juste pour faire le transfert de patient. Ils sont deux pour transporter un monsieur qui fait presque deux mètres et 120 kilos, les pompiers eux, sont toujours trois. Surtout, mon mari est juste parti sur un brancard, sans coquille, sans maintien pendant tout le trajet !"

Passage aux urgences d'Auxerre

Le mari de Cécile est emmené, assis sur le brancard, vers les urgences du Centre Hospitalier d'Auxerre. Il y arrive peu avant une heure du matin et y reste deux heures. Il sera finalement arrêté une semaine, le lendemain, par son médecin traitant.

"On n'est que des pions !"

Cécile, sur la prise en charge par les urgences

Cécile nous apprend que son mari a été pendant 10 ans pompier volontaire : "autrement dit, le secours aux personnes, il connaît !". L'Icaunaise reste ulcérée par la prise en charge qui s'est effectuée : "les ambulanciers n'étaient pas formés ! Heureusement que nos amis présents ce soir-là étaient pompiers volontaires, sinon ils n'auraient jamais pu le monter dans l'ambulance."

(*) prénom d'emprunt

Cécile ne décolère pas. Elle pointe du doigt la faiblesse de la couverture par les services de secours dans les campagnes : "On n'est que des pions ! Ce ne sont que des problèmes de coûts, et la santé des gens en souffre. C'est calculé par des gens qui ne connaissent pas les problématiques. Quand on regarde une carte et qu'on est le cul derrière un bureau, on n'est pas sur le terrain, on ne sait pas comment ça se passe ! Dans nos campagnes on à l'impression qu'on peut crever, c'est rageant !"

Une plateforme commune aux SDIS et SAMU départementaux, la solution ?

Christophe Bonnefond est vice-président au Conseil départemental de l'Yonne, et président du conseil d'administration du SDIS 89 (Service Départemental D'incendie et de Secours). Il milite depuis plusieurs années pour réintégrer les plateformes d'appel "Centre 15" et "Centre 18"  sur un même plateau au niveau du département. "ce genre d'incident, c'est exactement ça que je veux éviter ! Il y a eu un problème d'appréciation de l'urgence, dans l'exemple évoqué par votre téléspectatrice."

L'élu départemental ne souhaite pas que les appels d'urgences soient centralisés par le Samu au niveau régional, comme c'est déjà le cas dans la Nièvre ou en Franche-Comté. Il souhaite que chaque département puisse gérer ses ressources en moyens de secours : "On est dans le secours, c'est pas des boulons, c'est pas programmé, c'est des urgences ! Il y a une grosse part laissée à l'appréciation, et pour nous, cette appréciation est plus simple si tout le monde est sur le même plateau plutôt que se transférer l'appel."

Christophe Bonnefond admet que par le passé, "les pompiers accomplissaient peut-être trop de transports sanitaires mobilisant des hommes et des moyens, alors que cela doit revenir aux ambulanciers." L'élu confirme que "ce qui relève du transport sanitaire" doit "retourner aux ambulanciers privés". Et par rapport à l'incident de Cécile et de son mari, il commente : "vous avez des aberrations comme celle-ci, qui ne relèvent pas d'un transport, mais bien d'un secours !"

Pour les interventions d'urgence, Christophe Bonnefond estime "qu'il n'y a pas de problème de disponibilité de pompiers, le soir, il y a des pompiers volontaires mobilisables !" Le seul problème, d'après lui, est lié à la prise de décision : le centre 15 dans l'Yonne est à l'hôpital d'Auxerre, le centre 18 chez les pompiers, les ambulanciers privés au nord d'Auxerre. "Nous, on veut un plateau commun par département, comme à Bourg-en-Bresse, dans l'Ain. Il y aurait une possibilité d'en installer un, à proximité de la piste d'hélicoptère du Samu. Par contre, on attend toujours le feu vert de l'ARS !"

(*) prénom d'emprunt