Dissoudre les groupuscules d'extrême droite : est-ce bien efficace ?

En réaction à l'agression violente qu'a subit, mercredi soir, Clément Méric, actuellement en état de "mort cérébrale", un certain nombre de politiques et de citoyens ont appelé le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, à dissoudre les groupuscules d'extrême-droite. Décryptage.

Salut Nazi-Anonyme
Salut Nazi-Anonyme © ©Laurent Hamels/AltoPress/Maxppp
Alors que le premier ministre Jean-Marc Ayrault promet, lors de la séance des questions au gouvernement du Sénat ce jeudi après-midi, de "tailler en pièces, de façon démocratique" les mouvements néo-nazis, il est utile de s'interroger sur ces "dissolutions". De plus en plus rares, elles sonnent soudain comme la réponse immédiate du gouvernement à l'altercation violente qui a causé la "mort cérébrale" du militant d'extrême gauche, Clément Méric.


Qu'est-ce que la dissolution d'un groupuscule ?

Dans ce cas précis, l’enquête doit montrer s'il s'agit bien d'une organisation d'extrême droite qui est concernée. Si trois membres du groupuscule agissent de leur propre initiative, la dissolution peut s'avérer plus compliquée. En juin 1973, le groupuscule d'extrême droite "Ordre nouveau", principale composante du Front national à sa création, a été dissout suite à des violences. Il avait été prouvé que toute l'organisation était impliquée.

La justice s'appuie sur la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées qui établit sept critères justifiant la dissolution des groupuscules violents.

Lorsqu'un groupuscule, quel qu'il soit, est dissout, cela lui interdit de garder son site Internet, d’user de son nom, de présenter des candidats aux élections sous cette étiquette.


Est-ce réellement efficace ?

"Symboliquement, la République doit rappeler quelle a le pouvoir de dissoudre un mouvement et qu'un groupuscule, quel qu'il soit, ne peut porter atteinte à l'intégrité de l'Etat impunément", considère Jean-Luc Richard, politologue, joint par téléphone. Mais l'efficacité d'une telle mesure reste très relative : "Généralement, quelques mois après une dissolution, on voit renaître un groupuscule avec un intitulé similaire au précédent, et composé des mêmes membres", souligne le politologue rennais. 

Les effets positifs de ces dissolutions, de plus en plus rares par ailleurs, sont discutables. Si ces membres néo-nazis sont organisés, il est aussi plus facile pour les instances juridiques et policières de les surveiller


Y-a-t-il un précédent en Bretagne ?

En 1988, à Brest, une altercation violente, impliquant l'association "Rebelles européens", qui avait pour but de produire et diffuser des groupes de musique néo-nazie, fait quatre blessés. A l'époque, plusieurs associations syndicales et anti-racistes demandent expressément la dissolution de l'association. La dizaine de skinheads impliqués ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de 1 à 6 mois, mais "Rebelles européens" n'a pas été dissout.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
politique
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter