Spectacle vivant : le bénévolat au coeur du débat

Le bagad de Kemper
Le bagad de Kemper

Un avant-projet de loi sera déposé sur la table du Conseil des Ministres dans les prochaines semaines. Ce dernier remet en cause le statut du bénévolat, dans le cadre des spectacles vivants. Plusieurs acteurs d'associations culturelles bretonnes ont réagi entre inquiétude et optimisme.

Par Emilie Colin

Un avant projet de loi secoue les associations culturelles bretonnes notamment celles dédiées au spectacle vivant. Le Ministère de la Culture et le Ministère du Travail veulent en effet, interdire le bénévolat à travers « les groupements d’amateurs de spectacles vivants en fonction de leur fréquence et de leur importance » (par référence à l’article L.8221-4 du Code du Travail). 

Bob Haslé, président des bagadoù d'Ille-et-Vilaine, ancien président de BAS (Bodadeg Ar Sonerien, assemblée des sonneurs) ne mâche pas ses mots et confie son inquiétude. 

"C'est notre mort à tous"

Dans tous les cercles et festivals qui existent partout dans la région, il y a des amateurs. Les associations en Bretagne ont appris en juin dernier, que se tramait un projet de loi sur les pratiques artistiques. Sur le statut des amateurs, le texte était exactement le même (mots pour mots) que celui présenté en 2006, sous l'ère de Christine Albanel. A l'époque, il avait provoqué une levée de boucliers et des manifestations importantes (15 000 personnes à Nantes). En 2008, sous la pression, il a été retiré et voilà que 5 ans après on nous re-pond le même truc !

Nous avons réagi immédiatement auprès de la DRAC (direction régionale des affaires culturelles) qui nous a entendu. Elle a communiqué avec le ministère de la Culture et plusieurs rencontres ont eu lieu entre nos associations et Michel Orier, le directeur de la création artistique en France. 

Bob Haslé estime que cette volonté de professionnaliser les amateurs n'est pas réaliste : "Cela veut dire qu'il faudra verser un salaire à tous, c'est impossible car nos associations n'en ont pas les moyens". Être amateur c'est aussi le reflet d'une envie "J'ai déjà un travail, si je fais ça, c'est pour mon plaisir, je ne le fais pas pour gagner de l'argent." "On devient professionnel plus tard, en ayant été amateur, si on est doué, si cela marche."

Il pointe aussi du doigt certaines contraintes présentes dans le texte : "mettre sur les affiches la mention spectacle produit pas des amateurs, nous limiter en termes de fréquence et de territoire."

Pour l'instant, il croit au dialogue avec le Ministère de la Culture. Mais si jamais le texte passait, Bob Haslé se dit prêt à redescendre dans la rue. 

En octobre dernier, André Queffelec, président de Bodadeg ar Sonerien / Assemblée des sonneurs de Bretagne et Jean-Michel Le Viol, président du Festival de Cornouaille s'exprimaient eux aussi sur cette question. 

Statut des artistes amateurs
Un reportage de M. Le Morvan, M. Guilcher, C. Molina, R. Gurgand


Le Ministère de la Culture réagit

En réaction à ces inquiétudes, le Ministère de la Culture a tenu à apporter des précisions, dans un communiqué de presse publié le 6 février et consultable en ligne. Cette  réponse précise que : "la culture ne doit pas faire l'objet de manipulations politiques et d'informations mensongères." tout en soulignant une volonté de trouver "un juste équilibre entre pratique professionnelle, qui doit être défendue, et pratique bénévole, qui doit être protégée de l’insécurité que fait peser sur elle le droit actuel."

L'assemblée des sonneurs (Bodadeg Ar Sonerion) : "ce texte ne vise pas à interdire la pratique amateur mais cherche, au contraire, à lui donner un cadre légal d'expression."

Suite à cette article, l'assemblée des sonneurs a tenu à exprimer un autre point de vue, au nom d'autres associations culturelles (Warl'leur, Kendalc'h, Goueliou Breizh, Bretagne Culture Diversité, Dastum). Leur texte est consultable ci-dessous.


Pour aller plus loin, la thèse de Dana Hilliot "Professionnels versus amateurs"



Que dit le texte ? (texte à disposition en entier dans l'article ci-dessus)

Ce projet de relatif à la pratique amateur dans le spectacle vivant indique :

  • le spectacle organisé dans un cadre lucratif : le principe est que les amateurs sont soumis au droit du travail et à ce titre doivent être rémunérés dans le respect des salaires minima conventionnels
  • le projet de prévoit une zone d'exception à ce principe : un spectacle pourra être présenté dans un cadre lucratif avec la participation d'amateurs sans que leur prestation soit soumise au code du travail dans des conditions définies en fonction du spectacle et précisées par décret.

A lire aussi

Sur le même sujet

Trans Musicales 2017 : la programmation expliquée par Jean-Louis Brossard en septembre dernier

Près de chez vous

Les + Lus