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Peut-on encore apporter ses champignons chez le pharmacien ?

panier à champignon
panier à champignon

Trois personnes sont encore dans un état grave au CHU de Rennes pour avoir consommé des amanites phalloïdes. S’il ne faut jamais manger un champignon sans l’avoir identifié, les pharmaciens sont-ils toujours à même de renseigner les cueilleurs néophytes ?

Par Elisabeth Denys

« Il faut être indulgent avec les pharmaciens. Il y a 35 000 sortes de champignons en France. Personne ne les connaît tous, même les experts », tient à souligner Pascal Hériveau, Président de l’Association mycologique et botanique de Plœmeur-Morbihan (56), « ce que l’on demande aux pharmaciens, c’est de connaître les champignons dangereux et mortels de leur région ». Des informations basiques que la plupart des pharmaciens sont en mesure de fournir. Certains n'ont cependant pas reçu la formation ou ne montrent aucun intérêt pour le sujet. Il faut donc bien choisir son interlocuteur

Une formation insuffisante

Si tous les pharmaciens reçoivent une formation à la mycologie durant leurs études, la place attribuée à son enseignement tend à diminuer. Joël Boustie, professeur en mycologie à Rennes 1, note que le nombre d'heures dispensées aux étudiants a diminué de 20 à 30 % ces dernières années. Son enseignement a même disparu de la première année commune de médecine. En cause, la préférence pour les sciences modernes plutôt que pour la botanique, où l'on considère que la somme d'informations à retenir est trop importante, dans un cursus déjà dense.« Je sais que certains enseignants sont inquiets car certaines facultés n’ont plus de cours de mycologie. Cela posera un problème de santé publique si les pharmaciens ne sont plus formés du tout », s'inquiète également Pascal Hériveau.

Un secret : s'y intéresser et pratiquer

Alors pour combler les lacunes ou simplement pour mettre à jour les connaissances des praticiens, des rencontres sont régulièrement organisées. L'association morbihannaise de mycologie organise ainsi une conférence, à Vannes, en octobre, sur la reconnaissance des champignons. De même, à Rennes, la société mycologique et la faculté des sciences pharmaceutiques organisent une conférence à l'Ecomusée, le 25 septembre, sur les intoxications liées à leur consommation.

« C'est un peu comme le secourisme, explique Joël Boustie, il faut entretenir les connaissances par la pratique. » Un constat qui s'applique aussi à l'enseignement en faculté : « On peut l'enseigner à partir de diapositives, mais rien ne remplace la reconnaissance sur le terrain, comme on le fait à Rennes » estime le professeur Joël Boustie. « On essaye de donner la meilleure formation possible, tout en insufflant la motivation, l'envie de s'y intéresser.» 

Les cueilleurs doivent donc être vigilants et trouver le bon spécialiste - pharmacien mycologue ou membre d'une association - qui puisse les renseigner. Il faudra en outre faire particulièrement attention cette année. Les fortes pluies de cet été ont favorisé la pousse de champignons, comestibles comme toxiques, entraînant une hausse des cas d'intoxication alimentaire :

Intoxications liées à la consommation de champignons

Dernièrement, le nombre d'intoxications alimentaires dues aux champignons a considérablement augmenté. Avec le temps sec de ces derniers jours, les champignons les plus consommés - cèpes et bolets - se font plus rare. Les cueilleurs prennent donc ce qu'ils trouvent. A leurs risques et périls s'ils ne consultent pas un spécialiste passionné. 

Le conseil de l’expert :

« Les champignons doivent être en bon état et entiers pour permettre l’identification. Dans le cas de ce week-end, l’amanite phalloïde a une volve en forme de sac à la place du pied. Si le champignon est coupé, que la volve n’y figure plus, il manque un critère important pour l’identification de la dangerosité. » Pascal Hériveau 

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