Elections régionales en Bretagne : pourquoi une liste anti-islamophobie ?

C'est la première fois que l'Union des Démocrates Musulmans Français présente une liste en Bretagne. "Tous unis contre l’islamophobie" se veut citoyenne, laïque et respectueuse des principes de la République. Mais son arrivée bouscule le paysage politique breton. 

Kamel Elahiar, candidat breton Union des Démocrates Musulmans de France
Kamel Elahiar, candidat breton Union des Démocrates Musulmans de France © DR

Kamel Elahiar a adhéré à l'Union des Démocrates Musulmans Français il y a cinq ans. Conducteur routier de 50 ans, vivant dans un petit village près de Rennes, il a décidé de s'engager un jour parce qu'il en avait "marre des partis qui ont fait de l’islamophobie leur fonds de commerce afin de séduire les électeurs. C’est le concours de celui qui tape le plus fort sur la tête des musulmans pour gagner des voix." 

Le mouvement politique a été créé à Nanterre en 2012 par Nagib Azergui pour dénoncer une montée de l'islamophobie. En 2014, pour ses premières élections, il remporte un siège de conseiller municipal à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Le parti se lance alors, sans succès, dans la course pour les élections départementales et régionales de 2015 autour de Paris. En 2017, pour les Européennes, la liste "Une Europe au service des peuples" ne rassemble que 0,13% des suffrages. Mais à Garges-lès-Gonesse, Mantes-la-Jolie ou Vaulx-en-Velin, la liste frôle et même dépasse les 5%.

Kamel Elahiar explique facilement cette rapide percée. Les partis politiques font de "l'islamodiversion" dit il, "au lieu d'évoquer les vrais problèmes, la crise économique, l'explosion du chômage et des inégalités, la précarité, les délocalisations, nos dirigeants ne parlent que d'islam !"
 

Tract Union des Démocrates Musulmans Français
Tract Union des Démocrates Musulmans Français

L'Union des Démocrates Musulmans Français se revendique de gauche. "Nous voulons protéger les plus fragiles, lutter contre le rejet, combattre l'injustice, préserver notre écosystème, préparer l'avenir de nos enfants et sauvegarder le rôle central de la famille."

Sur sa liste, Kamel Elahiar a rassemblé des commerçants, des chefs d’entreprises, des enseignants, des ouvriers. "Tous ne sont pas musulmans, certains sont catholiques, d’autres athées" explique Khalid Bajjouj, coordinateur UDMF Bretagne." Notre liste ce n’est pas l’affaire que d’une partie de la population, c’est celle de tous les citoyens."


Procès en communautarisme ? 

Mais si l'UDFM s'affirme laïc respectueux des principes de la République, son apparition dans le paysage politique pose question. 

Lors des élections municipales de 2020, les préfectures où le parti avait déposé des listes les avaient qualifiées de "communautaires".

Thomas Frinault, maître de conférences en Science politique, évoque une transformation dans notre façon de concevoir la politique. "Auparavant, analyse t'il, nous avions une démocratie de mandat où l'on ne se posait pas de questions sur les particularités. Aujourd'hui, nous allons vers une démocratie miroir, dans le sens où elle doit refléter la société telle qu'elle est."

Il explique que le changement a commencé dans les années 2000, et particulièrement lors des élections régionales de 2010. "Les listes ont affiché leur volonté de représenter toutes les diversités du corps électoral, un peu à la manière anglo saxonne. Il y a d'abord eu plus de femmes, la loi sur la parité, et cela continue maintenant avec les autres formes de diversités." 

"L'apparition de ce type de listes, note le politologue, bouscule la tradition républicaine française aveugle aux questions d'origine et de confession. Jusqu'ici, quand des élus incarnaient certaines diversités, ils n'en n'étaient ni les représentants, ni les défenseurs, ils étaient des élus de la République. Aujourd'hui, les candidats de l'UDM F veulent représenter et défendre une population."

Et il s'interroge : "Peut on, à la fois, se prétendre laïc et demander l'autorisation du port du voile à l'école ? Mais surtout, que vient faire la question de l'islamophobie dans des élections régionales et cantonales ? Cela n'entre aucunement dans les compétences de ces institutions territoriales !"

"Tous les partis politiques entretiennent la confusion, tempère Thomas Frinault, les candidats parlent à longueur de journée de sécurité alors que cela n'est pas de la responsabilité des régions. "

La campagne permettra peut être au jeune parti de clarifier ses positions. 

"Dans le passé, les Bretons ont parfois été stigmatisés, montrés du doigt, considérés comme des non français. C'est ce qui nous arrive aujourd'hui " termine Khalid Bajjouj. "On veut parler des problèmes réels de la société, si l’abstention est aussi élevée, c’est que les gens ne se retrouvent pas dans les partis politiques traditionnels. On veut leur proposer un autre choix. Agir pour ne pas subir." 

Les électeurs trancheront les 20 et 27 juin prochains. 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
politique élections régionales 2021 élections