Littoral - Le magazine des gens de mer

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19 juin 1964, Tabarly entre dans la légende

En remportant la Transat Anglaise en 1964 devant un Anglais, Eric Tabarly entre dans la légende. Parti de Plymouth le 23 mai, le Breton d'adoption revient en héros national. Et le vainqueur de Newport avec son emblématique Pen Duick II contribuera grandement à donner le goût de la mer aux Français.

Par Sophie Bourhis

" You are the first ! "Ce seront les premiers mots qu’entendra Eric Tabarly  le 19 juin 1964. Il vient de remporter  la deuxième édition de la Transat Anglaise, course en solitaire entre Plymouth et Newport en seulement 27 jours, 1 heure et 56 minutes. Tous les  journalistes présents sur place se poseront alors la même question : " Qui est-ce ? "

Un marin, nommé Eric Tabarly

Né en 1931 à Nantes, il commence sa carrière  comme officier marinier pilote de l'aéronautique navale, puis  il intègre l’Ecole Navale mais sa  vraie passion reste la course au large. En poste à Cherbourg, il est l’heureux propriétaire du magnifique Pen Duick, un plan Five hérité de son père, qu’il inscrit à de nombreuses courses françaises et britanniques. A cette époque, les Anglais règnent en maîtres sur la mer, très peu de Français  s’intéressent à la Transat anglaise mais déjà, au milieu de l’année 1962, Eric décide d’y participer et de construire un voilier  pour remporter la victoire.

Une obsession, la performance

Tabarly  a une vision très novatrice de la voile. Son obsession sera  la performance,  celle du bateau mais également  celle du marin. C’est avec sa grande connaissance de l’histoire et de l’architecture de la plaisance et beaucoup d’ idées en tête  qu’il se rapprochera  tout naturellement de Gilles et Marc Costantini, des architectes précurseurs de voiliers de compétition. Ce que souhaite Tabarly c’est un bateau léger qui n’aura pas besoin de grandes voiles et facile à manoeuvrer. Le chantier emploie essentiellement du contre plaqué marine pour la construction de ses voiliers.
De cette collaboration naîtra Margilic V, un Tarann, version sport  qui va permettre à Eric de s’entraîner au printemps 1963. Très vite, Tabarly va se rendre compte qu’il peut envisager un voilier plus grand.

Un bateau, Pen Duick II

La construction de Pen Duick II est alors lancée fin décembre 1963. Ce sera un ketch de 13,63 m de long, en contre plaqué  à la coque noire. Pen Duick II sera inscrit au dernier moment à la Transat Anglaise et portera le numéro 14 sur 15 inscrits.
Le 23 mai 1963, Eric Tabarly, alors marin inconnu,  prendra le départ de la Transat à Plymouth et moins de 28 jours plus tard, il arrivera en vainqueur à Newport puis recevra la Légion d’honneur de la part du Général de Gaulle. La suite, ce sera une vie motivée essentiellement par une grande soif de performance avec toujours ce  côté visionnaire qui le caractérisera tout au long de sa vie.

Une lignée, les six Pen Duick

Les 6 Pen Duick parviendront tous à la célébrité, et ils accompagneront toute la vie d'Eric Tabarly.  Voir La saga des Pen Duick. Réalisation Aline Mortamet. Montage Nolwen Jacob. Archives INA Atlantique
La saga des Pen Duick

Mort en mer, en juin 1998

Dans la nuit du 12 au 13 juin 1998, un peu avant minuit, au large des Pays de Galles alors qu’il convoie son Pen Duick, pour un rassemblement de voiliers en Écosse, Eric Tabarly tombe à l’eau et se noie laissant derrière lui, Jacqueline sa femme et Marie sa fille. Un dernier hommage solennel et national lui sera rendu à l’Ecole Navale de Brest. 
hommage cérémonie disparition d'Eric Tabarly

Une commémoration

50 ans plus tard, le 18 mai 2014, la Cité de la voile Eric Tabarly et l’Association Eric Tabarly ont rendu hommage à cette victoire,  à ce marin discret,  élu plus grand marin du XXème siècle et à ce bateau. Tout l’été se tiendra une exposition à la Cité de la voile afin de revivre cette épopée.
Aujourd'hui, Pen Duick II, le célèbre ketch, après de nombreuses transformations a retrouvé sa forme initiale, il appartient à  l’Ecole Nationale de Voile de Quiberon et continue de former des équipiers. Son skipper, David Alexandre veille sur lui comme à la prunelle de ses yeux. Notre équipe de tournage Littoral a eu la  chance de monter à bord et de naviguer dans la rade de Lorient, ce fut un moment très émouvant.

Loïck Peyron, triple vainqueur de l’épreuve en solitaire, a rendu un bel hommage à cette victoire en prenant la barre de Pen Duick II. Il confiera plus tard au mensuel Bateaux : " C’est une sacrée émotion. C’est un patrimoine national que ce bateau là ".

Pour en savoir plus

un magnifique dossier dans Yachting Classique écrit par François Le Brun, François Chevalier (Plans) et Jacques Taglang que nous avions eu la chance de rencontrer. Pour revoir cette émission, cliquer ici

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