Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le vendredi à 8 h 10
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Revue Ar Men - Janvier - Février 2015

Une île en plein vent et plein tourment d'hiver / © Revue Ar Men - Photographe Claire Lebertre
Une île en plein vent et plein tourment d'hiver / © Revue Ar Men - Photographe Claire Lebertre

Un portrait de Yann Cariou, commandant de la belle Hermione qui s'en ira bientôt vers l'Amérique. Un reportage photo sur l'île de Sein en plein hiver, battue par les vents et les vagues. Et une analyse critique, par Jean Ollivro, de la Bretagne qui oublie trop la mer. Une chronique d'Aline Mortamet

Par Aline Mortamet

Au printemps 2015, la réplique de l’Hermione, repartira vers Amérique, sur les traces de son modèle, cette fameuse frégate du XVIIIème siècle, qui fut menée par Lafayette pour participer à l’émancipation des Etats-Unis d’Amérique. Ar Men a notamment rencontré son commandant, avant d'aller prendre les vents de Sein, puis les analyses critiques du géographe Jean Ollivro...

Une rencontre avec Yann Cariou, commandant de L'Hermione

Son arrière grand-père était maçon sur le chantier infernal du phare d’Ar Men, au large de l’île de Sein. Lui, dès l’âge de 14 ans, a commencé à débarquer les thons sur la cale d’Audierne.
Plus tard, il sera second sur le Mutin de la Marine nationale, chef de quart puis commandant sur l’Etoile. Une bonne école apparemment qui lui a enseigné quelques leçons dont il se souvient encore : « Quand vous êtes dominés par les éléments, votre vie tient au bateau et à la mer. Et cela rend humble et prudent. »
En 2008, à l’occasion des fêtes maritimes de Brest, l’idée lui vient de postuler pour le Belem. Et puis, deux ans plus tard, c’est la rencontre avec l’Hermione. Façon Marc Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Yann Cariou, raconte, à propos de l’Hermione : « Je savais que c’était l’Everest en matière de navigation. Ils étaient deux cents à bord. Cent vingt marins chevronnés à la manœuvre. Et ce n’était pas simple pour eux ». Mais il se décide.
 / © Revue Ar Men - Photographe Franck Betermin
/ © Revue Ar Men - Photographe Franck Betermin
Quand il arrive à Rochefort sur le chantier, on le surnommait l’étranger. Parce que Breton, parce que capiste, du cap Sizun. Aujourd’hui, il n’en est plus rien. Pendant les 17 ans de travaux,  il a tout suivi, et rien raté… Les 400 000 pièces de bois et de métal assemblées pendant la construction du bateau, aucune ne lui est étrangère.
Aujourd’hui, la belle Hermione vogue. Nos collègues de France 3 La Rochelle suivent très régulièrement ses aventures. De l’avis du commandant, la frégate est même d’une « extraordinaire vélocité », deux fois plus rapide que le Belem par exemple. Ce bateau « l’époustoufle », avec son sillage lisse, et sans vague d’étrave. « Un outil technologique avancé aux performances incroyables ». Le commandant est perplexe et heureux. Les deux à la fois. Et prêt pour l’Amérique…
Littoral vous proposera une émission spéciale à son bord le samedi 11 avril 2015. Et toujours sur France 3, le samedi 18 avril 2015, les antennes atlantiques de France 3 suivront en direct son départ pour la grande traversée... vers les Etats-Unis.

Un reportage photo en plein l’hiver sur l’île de Sein
Un récit photo signé Louis Brigand

Des quais vides, des volets clos
Mais dehors, la houle est forte. Les vagues se brisent. Les gerbes sont grandioses et éphémères.
C’est un jour où le bateau ne passera pas.
Un jour où la mer déborde. Où certaines lames dépassent les toits des maisonnées.

Mais ici, malgré les peurs qu’elle génère, la mer reste une alliée.
Elle est nourricière. Alors, on continue à la chevaucher pour aller traquer le poisson qui n’est pas loin. Et le soir, Yann, 15 ans, cogne aux carreaux, à la nuit tombante, pour offrir un bar ou un lieu.
 / © Revue Ar Men - Photographe Claire Lebertre
/ © Revue Ar Men - Photographe Claire Lebertre
Un autre soir, c’est Mich qui donne une partie de sa pêche chez Paul et Florence. Il donne, il ne vend, c’est une pratique courante. Sur l’île de Sein, entraide et solidarité ne sont pas des vains mots.

Cri d’alerte pour l’Armor breton

Amer constat que nous dresse le géographe Jean Ollivro, qui considère aujourd’hui que la Bretagne est devenue terrienne. La Manche représente 20 % du trafic mondial, et pourtant la Bretagne reste un quai naturel contourné ! Les ports comme Brest et Lorient ne sont pas suffisamment développés. Paradoxal, et même dommage.

La Bretagne est un lieu où l’on trouve des chercheurs du maritime (plus d’un sur deux), des énergies marines renouvelables, de l’or bleu, des huîtres, des poissons, etc. Mais les Bretons restent les bras ballants, dénonce Jean Ollivro. Ici, la mer est trop perçue soit comme ludique (le rêve de la vue sur mer), soit comme patrimoniale (les parcs marins et les réserves naturelles).
 / © Revue Ar Men
/ © Revue Ar Men
En conclusion, Jean Ollivro insiste : « La Bretagne n’est pas un bout de terre, mais un début de mer. (…) Le Finistère a oublié qu’il était aussi une proue océane ». En France, d’après le géographe, seule la Bretagne pourrait être un laboratoire à ciel ouvert, à mer ouverte même 2700 kilomètres de côtes, un potentiel énergétique hors norme, le plus grand champ d’algues européen, des filières maritimes hautement valorisées. Qu’attendons-nous, alors ?