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Benoit Guillot, géographe: “On a perdu la culture du risque”

Benoit Guillot se passionne depuis ses plus jeunes années pour la protection du littoral, et notamment contre les risques d'érosion.
Benoit Guillot se passionne depuis ses plus jeunes années pour la protection du littoral, et notamment contre les risques d'érosion.

L'Ile Tudy dans le sud Finistère accueillera le week-end du 7 - 9 juin un festival consacré au risque de submersions marines, Si la mer monte... Benoit Guillot, jeune étudiant en master de science de l'environnement a déjà passé plusieurs de ses jeunes années à scruter l'évolution du cordon dunaire.

Par Aline Mortamet

Une équipe de Littoral, encadrée par le réalisateur Mathurin Peschet, avait rencontré le jeune géographe Benoit Guillot lors du tournage d'un film sur les risques d'érosion côtière, intitulé Benoit et la dune. Le tournage avait eu lieu avant les gros coups tabac de l'hiver, et pourtant, il était déjà très largement question des menaces pesant sur le littoral. Depuis les grosses tempêtes de janvier-février 2014, la population a pris conscience que l'on n'était pas passé loin d'inondations catastrophiques. Le festival Si la mer monte de l'Ile Tudy (Finistère) évoquera le week-end du 7 - 9 juin toutes ces questions. Mais les décisions politiques tardent à venir. Entretien inédit avec Benoit Guillot, géographe étudiant en Master science de l'environnement.

Quoi de neuf depuis le tournage ?

Depuis le tournage (automne 2013), on a eu une série de tempêtes qui nous est passée dessus. La dune a énormément reculé par rapport aux années précédentes : par endroit, plus de huit mètres! C’est énorme quand on sait que les années précédentes, c’était en moyenne de 40 centimètres par an.
Et il y a 20 000 mètres cubes de sédiments sur 2,5 kilomètres de trait de côte qui sont partis durant tout l’hiver, avec pour la première fois, un arrêté d’évacuation qui a été pris sur la commune de Combrit pendant l’hiver. Et sur l’Ile Tudy, les conseillers municipaux ont fait la tournée des foyers pour leur conseiller de partir. Ça a vraiment bien bougé cet hiver. Les gens ont pris conscience que ça n’arrivait pas qu’aux autres, et on a eu beaucoup de chance.

Dans le film, il était question d’un projet pour renforcer la dune, en créant une ligne de défense arrière. Qu’en est-il ?

Dans l’esprit des gens, ça y est, il y a un besoin urgent de se protéger. Et donc, il y a une volonté d’accélération d’engager les travaux de ce plan d’action. Mais, ce qui est venu interférer dans le processus, c’est le changement d’équipe municipale sur les deux communes de Combrit et l’Ile Tudy. Tout le monde n’est pas forcément d’accord par rapport à ce plan d’action.
C’est un projet qui coûte très cher, il manque des études qui vont coûter encore très cher. Et les services de l’état émettent de gros doutes quant à la pérennité de l’ouvrage qui va être réalisé.

L'Ile Tudy dans la tempête de sable


A quel terme faut-il agir ? Est-ce qu’il faudrait se fixer une échéance ?

Ce n’est pas urgent, c’est très urgent ! Là, la question de savoir si ça va casser n’est plus d’actualité. La question, c’est quand. Hier, on est passé à une demi-heure près de graves inondations. Si le vent n’avait pas tourné, c’aurait été catastrophique. L’eau passait largement par-dessus le cordon dunaire. C’était vraiment très chaud, il y a vraiment urgence dans la prise de décision.
On a déjà eu un avertissement en 2008, on en a eu un en 2009, on en a eu un cette année. Il va falloir qu’on se mette à les entendre. Le problème, c’est que la génération de mes parents et la mienne, on a perdu la culture du risque. Ça fait 70 ans qu’on n’a pas eu de vraie grosse tempête sur le secteur (cet hiver, c’était l’enchaînement qui était exceptionnel, mais la tempête n’était pas si grosse), et du coup, dans l’esprit des gens, ça n’existe plus, parce qu’ils ne l’ont pas vu de leur vivant. Pourtant, c’est bien arrivé en Vendée en 2010.
Ici, les gens en ont conscience. Toutes nos maisons sont surélevées, comme des tours de contrôle. Les tractopelles viennent tous les hivers. Après, est-ce que nous, scientifiques, on va être entendus ? On ne sait pas encore, ce qui manque, c’est le dialogue avec les politiques.

Allez-vous continuer à travailler sur cette question ?

Je soutiens mon mémoire sur le thème Quels sont les impacts et les conclusions des événements climatiques d’octobre 2013 à mai 2014 sur la dune de Combrit ? Ça sera le 11 juin, à l’université de La Rochelle.
Après mon master de science de l’environnement, j’aimerais continuer à travailler dans le même secteur. Je suis en train de développer des applications avec des drones, pour faire de la 3D. Et je voudrais poursuivre en doctorat, pour trois ans, avec l’université de La Rochelle, sur l’évolution du trait de côte. A long terme, j’aimerais développer un pôle sur l’érosion du littoral ici, car toutes les communes ont le même problème.

Lire ici le mémoire de Benoit Guillot.

Le festival Si la mer monte se tient à l'Ile Tudy car c’est l’un des endroits du littoral où les risques de submersion marine sont les plus élevés. Le cordon dunaire de cette station balnéaire du Finistère sud est menacé, il s’érode un peu plus à chaque coup de tabac. Or, depuis la tempête Xinthia de 2010, ces questions sont devenues un enjeu majeur des politiques publiques sur le littoral. En savoir plus sur le festival Si la mer monte
5000 festivaliers sont attendus, pour ce rendez-vous qui vise à sensibiliser sur les risques côtiers liés au dérèglement climatique. Parmi les invités de marque,  citons Paul Tréguer, océanographe et fondateur de l’UIEM, qui viendra parler samedi 7 juin du dernier rapport du GIEC, et des travaux des océanologues de Brest et Roscoff. Un autre temps fort est prévu le lundi 9 juin, avec un débat organisé sur le thème des enjeux économiques et des enjeux des submersions marines. Le film de Mathurin Peschet, Benoit et la dune, sera projeté dimanche 8 juin à 15 heures.