Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le vendredi à 8 h 10
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Conseil de lecture: Plus rien que les vagues et le vent

Un livre de Christine Montalbetti / © Editions P.O.L.
Un livre de Christine Montalbetti / © Editions P.O.L.

C'est un roman signé Christine Montalbetti. Un rendez-vous américain au comptoir du bar Le retour d'Ulysse. Des rencontres avec des hommes aux vies brisées, toutes les femmes sont parties avec enfants et bagages. Et l'océan qui revient toujours en toile de fond. Une chronique d'Aline Mortamet 

Par Aline Mortamet

Quand vous entrerez dans le bain de Plus rien que les vagues et le vent, prévoyez de vous installer tranquillement au comptoir du bar, Le retour d’Ulysse… et laissez-vous porter par les récits de ce que les voisins racontent. Vous entendrez toutes sortes d’anecdotes qui se croisent et des morceaux de vie qui parfois s’entrechoquent. Un univers à part entière, dont vous ne sortirez pas indifférent.

Dans Plus rien que les vagues et le vent, préparez vous surtout à rencontrer des drôles de personnages. Un gars employé chez un fermier du coin, et qui cache son ennui en ressassant toujours la même histoire. Une ancienne infirmière – la seule femme encore présente - qui tente d’oublier ses amours ratées en servant la communauté. Un type installé au dessus de la mer, qui a vaguement l’air d’un parrain de mafia qui se tient à l’ombre, et qui observe de loin tout ce qui se passe dans le bistrot.
Toujours, des destins d’hommes aux vies brisées. Les femmes sont parties, avec bagages et enfants. Ils se retrouvent entre eux, un peu assommés par l’alcool et les coups du sort

« Le destin, on aurait dit qu’il n’en avait jamais fini avec eux. Il avait toujours un nouveau tour dans son sac pour les humilier. Dans l’ensemble, les gars, à force, ils avaient pris l’habitude de regarder leur vie comme une vie discount. Au tirage au sort, c’était sûr qu’ils n’avaient pas gagné le gros lot. Mais cette existence-là, il fallait faire avec, puisque c’était celle qui leur revenait. Alors, ils s’en débrouillaient, le soir ils noyaient les heures inutiles dans les pintes, en se disant que demain, le soleil se lèverait. (…) Les femmes, une fois devenues mères, avaient oublié qu’elles étaient des épouses aussi, l’argent avait manqué, tout à vau-l’eau, et l’amour, qui était parti avec, à qui la faute, et le peu qu’on avait eu, on avait tout perdu. »

En toile de fond, il y a le volcan qui s’est réveillé un jour alors que plus personne ne s’attendant à le voir entrer en éruption. Et puis, le souvenir d’une expédition de ces pionniers américains qui traversaient les Etats Unis d’est en ouest. Et toujours l’océan, dont on voit les goélands et les crêtes des vagues. Et dont on entend le ressac, en musique entêtante qui ne vous quitte jamais.
« Ce spectacle de l’océan, son corps infatigable qui se convulsionne derrière la baie vitrée, sa masse agitée, instable, comme si aucune position jamais ne lui convenait. Toujours à lutter contre cette sensation d’inconfort, essayant, ratant encore, vieille bête nerveuse et qui ne se décourage pas. Genre de vieux chien tournant sur lui-même dans son panier dont il déborde de partout. (…)
Je commence à bien le connaître : son tempérament, sa psychologie, ses élans. A force de plonger dans la masse lourde de son corps toujours en mouvement, ce considérer ce qu’il roule de pensées sombres, ce qu’il brasse d’amertume et de rancœurs, sa hargne, son animosité, ne me sont pas étrangères. Je crois comprendre la colère que c’est, la colère qu’il faut pour mouvoir une telle masse d’eau, pour la projeter vers les terres, et puis, tout baveux encore, accepter son échec et déserter le rivage pour mieux y revenir…
»

Des digressions, comme les soliloques d’une ivresse qui ne dégrise pas, ou pas souvent. C’est un roman envoûtant, parfois inquiétant, toujours présent.

Editions POL
16,90 euros