bretagne
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Un livre de Piero Macola

Par Emilie Colin

C'est l'histoire d'un petit pêcheur de mérous, tout au bout du monde, qui va être contraint d'abandonner son activité à cause de la concurrence des gros bateaux-usines qui raflent 80 000 tonnes de poissons par an... Quelque part sur une île que l’on imagine proche des latitudes équatoriennes, où il fait chaud et moite.

Le pot de terre contre le pot de fer. David contre Goliath. Le petit contre le gros. Bien sûr, notre émotion de lecteur va s'attacher à Bouba, celui qui essaie de vivre de sa pêche malgré les contraintes du monde contemporain, et qui finira par être emporté dans se cauchemars, jusqu'à se laisser couler dans les dérives de la boisson.

Sa barque coule dans une tempête; il se retrouve à pointer dans une usine de conserverie, où l'ambiance est plus que glauque: totalement déprimante. Bouba se souvient de son époque avant l'usine: "Quand je pêchais, je sentais le poisson, mais aussi la mer, le sel, le vent... Ce n'était pas désagréable. C'était une bonne odeur. Maintenant quand on me croise, on se bouche le nez tellement je sens mauvais."

L'histoire de Dérives est admirablement servie par le dessin au crayon gras de Piero Macola: un très bel album avec un trait fin et souple, aux couleurs pastel qui, tour à tour, suggèrent la lumière écrasante du soleil ou la pénombre de la tempête et les monstres de la nuit.

Le graphisme colle magnifiquement au récit âpre et désenchanté de ce nouveau visage du monde de la pêche. La délinquance et la prison pour les jeunes. Un travail d'ouvrier à la conserverie pour les autres... Et une pêche industrielle qui ne respecte plus rien.

A la fin, tous les espoirs tombent. La précarité a eu raison de tous. Et on pleure, sans crainte de cacher ses larmes. Car c'est un très beau livre, tristement sobre, et pathétiquement moderne.

Editions Atrabile - 16 €