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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
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Emmanuelle Mougne et l'Everest de la natation

Les courants forts, le trafic maritime très dense, la température de l’eau peu élevée, tout cela ne décourage pas les aventuriers de se donner pour défi de traverser la Manche.La réalisatrice Emmanuelle Mougne revient sur son film, diffusé samedi dernier, en 3 questions et des photos

Par Sophie Bourhis

Pourquoi un film sur la Conquête de la Manche ?
J'étais tombée par hasard sur un article paru sur slate.fr qui évoquait les traversées de la Manche à la nage et en parlait comme de l'Everest de la natation. J'y ai appris un tas de choses étonnantes, notamment qu'il fallait aujourd'hui attendre près de deux ans pour s'inscrire. Ca m'a intriguée.

Le film mélange archives et images de traversées d'aujourd'hui. Pourquoi ?
Quand on pense "traversée de la Manche", le nom de Louis Blériot, arrive vite, parce qu'il a marqué l'histoire de l'aviation, et quand on cherche un peu autour, on s'aperçoit qu'il y a eu des tas de tentatives,  plus ou moins farfelues - toutes ne sont pas dans le film ! J'aimais l'idée qu'on ait une idée de ce goût de l'exploit tous azimuts. Par ailleurs, j'adore les archives, on y trouve toujours des pépites.

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris ou marqué ?
L'âge des nageurs, leur volonté et cette étrange communauté qu'ils forment autour de Douvres. Il suffit d'aller à la plage et on les trouve, nageant dans l'eau du port, comme s'il s'agissait d'une eau à 20°. Et puis tout ce qui entoure ces traversées, toute l'organisation : les règles strictes, les "petits trucs", le coût que cela représente. Sans oublier le couple incroyable qui tient le campement de bungalows et qui vibre à chaque nouveau départ...
Par ailleurs, il est assez curieux de penser qu'on a d'un côté les migrants de Calais qui veulent partir à tout prix et de l'autre ces nageurs qui viennent du bout du monde pour traverser à titre sportif.

La traversée de la Manche à la nage représente un véritable défi pour les nageurs en eau libre, à cause de la distance, des méduses, des courants et de la température de l'eau, au point d'être baptisée l'Everest de la natation. Les traversées ont lieu de fin juin à septembre et sont encadrées par deux associations qui régulent les départs en fonction des conditions et des marées - traverser est interdit par vent très fort, brouillard ou vents contraires. Elles imposent aussi un test aux candidats qui doivent faire la preuve qu'ils peuvent nager pendant six heures dans une eau de mer à 15°, c'est-à-dire la température de la Manche au mois de juin. Chaque nageur est en outre accompagné d'un bateau suiveur. La distance à parcourir par la ligne la plus directe entre Douvres et le cap Gris Nez est de 33 kilomètres. Dans la pratique, en raison des courants et du phénomène d'inversion de marée, la plupart des nageurs effectuent une traversée en forme de "S" qui les obligent le plus souvent à nager entre 40 et 50 kilomètres. Depuis 1999, la traversée ne s'effectue que dans le sens Angleterre-France, les autorités françaises l'ayant interdit dans l'autre sens, officiellement pour raisons de sécurité, la Manche étant une des mers les plus fréquentées du monde. Cependant, aucune collision n'a jamais été répertoriée. Les recommandations pour s'y préparer sont drastiques : Jacques Tuset, correspondant en France de la Channel swimming association (CSA) préconise ainsi de passer un an à se laver à l'eau froide, et de dormir la fenêtre ouverte, été comme hiver. Il est aussi vivement conseillé de prendre une dizaine de kilos, la graisse servant de tampon thermique – c'est bien le seul moment où le régime suggéré est « chips, camembert et Nutella". Le froid est en effet la difficulté majeure de l'épreuve. Malgré ces conditions difficiles (ou peut-être à cause d'elles !)l'Everest de la natation attire de plus en plus de prétendants : en solo, et avec la règle d'origine (soit avec un simple maillot, des lunettes et un bonnet)  80 nageurs étaient inscrits en été 2002. Dix ans plus tard, ils étaient 300.

La traversée de la Manche à la nage en quelques photos



Interview François Floret