Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le vendredi à 8 h 10
Logo de l'émission Littoral - Le magazine des gens de mer

Envie de frissons ? Lisez Valse barbare

Un roman de Daniel Cario / © Editions Palémon
Un roman de Daniel Cario / © Editions Palémon

Un amnésique, c’est bien pour démarrer un polar. Un océan qui tremble, et un bateau qui coule, ça aide à planter le décor. Et une ombre noire qui commence à troubler la vie un peu trop tranquille d’un petit port breton, ça lance l’intrigue. Une chronique d’Aline Mortamet.

Par Aline Mortamet

Toussaint Galoan, drôle de nom pour un marin breton, patron de chalutier… Ça tombe bien, il ne sait plus pourquoi il porte ce patronyme. Et d'ailleurs, est-ce bien lui? Il y a longtemps, un naufragé a été sauvé des eaux après des années passées sur un îlot désert, à manger des berniques et des bouts d’algues. Il venait d’où, il était avec qui ? C’était dans des temps immémoriaux, personne ne le sait bien.
"La membrure du bateau gémissait comme un vieux corps malade. La carcasse rouillée, le pont, l'escalier, les deux canots de sauvetage accrochés à leur potences, tout grinçait autour de Toussaint Galoan. Les couinements lugubres vibraient jusque dans sa moelle, comme s'il allait se désarticuler, et il éprouvait l'angoisse sourde d'être coincé à l'intérieur d'un sas entre deux êtres évanescents."

Ce que l’on sait, c’est que l’ambiance du petit port de Loguiven est en train de changer. Les pêcheurs continuent à débarquer leur pêche, puis à aller boire un verre (ou plusieurs) au bar à côté de la criée. Mais dans l’air, une menace s’est installée. S'enclenchent des petits accidents qui auraient pu être graves. Une angoisse diffuse qui commence à plomber le ciel et l’ambiance.

C’est un polar, dans le genre noir et sans issue, dans le genre où il ne sert à rien d’attendre le soleil. Vous resterez dans la tempête qui guette et le suspense qui court. Et c’est tout le talent de son auteur Daniel Cario, ancien prof de lettres à Lorient, qui s’était déjà lancé récemment dans le thriller avec Au grenier.

Avec Valse barbare, vous embarquerez jusqu’en Islande, sur une petite île tout là haut, avec peu d’habitants, beaucoup de bière, et une communauté sûrement trop repliée sur elle-même. Si vous avez lu Peter May et sa somptueuse trilogie écossaise (L'Île des chasseurs d'oiseaux, L'Homme de Lewis, et Le Braconnier du lac perdu), vous devriez apprécier cette curieuse atmosphère dans laquelle Daniel Cario nous plonge.

Extrait pour vous remettre dans l'ambiance: " Un marécage, une succession de larges étendues vaseuses à peine assez larges pour un pied, assez traîtres pour s'interrrompre soudain sous les herbes et les mousses (...) Elle s'était enfoncée entre les bosquets de sureau et les touffes de carex aux herbes coupantes comme des rasoirs. L'odeur de putréfaction prenait à la gorge et serrait le coeur. Une puanteur de tristesse, bien que le paysage ne manquât pas d'attraits, une beauté sauvage, inhospitalière"

Des mondes trop étroits pour que tout le monde survive. Trop observés pour que l’on puisse s’épanouir libre. Trop sombres pour qu’il n’y ait pas de meurtresValse barbare a été sélectionné par le Festival Livre et Mer 2015. On y reviendra.

Editions Palémon
9 euros