Littoral - Le magazine des gens de mer

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Fureur et Cruauté des capitaines en mer

"Je suis le seul maître à bord" disaient les capitaines, au point, pour certains d'entre eux, d'aller très loin dans la pratique tyrannique du pouvoir. Un livre de Pierre Prétou et Denis Roland, chroniqué par Aline Mortamet

Par Aline Mortamet

Fureur et Cruauté des capitaines en mer. Voilà un programme annoncé qui ne pouvait que titiller notre curiosité. Qu’allait-on découvrir dans cet ouvrage, qui porte beau, mais inquiète un peu??? Les officiers étaient-ils aussi terribles qu’on ne le raconte ? Ou bien, n’était-ce qu’un fantasme de terrien ? La réponse à ces questions vous sera apportée par les auteurs de ce somptueux ouvrage : Pierre Prétou, historien médiéviste de l’université de La Rochelle, et par Denis Roland, attaché de conservation au Musée de la Marine de Rochefort.

Ce livre est une véritable encyclopédie de l’histoire de la navire, à travers l’exercice de son commandement. Formidablement documenté, avec des reproductions de toiles et de gravures souvent trop oubliées, on se retrouve délicieusement promené sur les rives du confluent entre mémoire des hommes, histoire des arts, et transcriptions littéraires.

Naturellement, nous expliquent les auteurs, il y a toujours eu une stigmatisation de l’exercice du pouvoir personnel que l’on remonte aux figures néfastes des marins étrusques, jusqu’aux pirates des temps modernes, en passant par les capitaines de navires faisant commerce de la traite négrière. On se souvient par exemple d’Achab dans Moby Dick, ou de Bligh dans Les révoltés de la Bounty : des figures plus proches de la tyrannie que de l’empathie. Et l’on ne vous parle même pas de ces bateaux où l’on convoyait des forçats, ou de ceux à bord desquels la trépanation était couramment pratiquée.

Souvenez vous enfin de Chateaubriand, oppressé par la figure terriblement anxiogène de son capitaine de père, armateur négrier qui a payé le château de Combourg au prix du sang des esclaves. Ou dans un autre genre, plus récent, de Jean Bulot, ancien capitaine de l’Abeille Flandre qui préface cet ouvrage ainsi: « J’ai connu des capitaines affichant une supériorité méprisante envers leurs subalternes allant jusqu’à les harceler moralement et les humilier par pur sadisme. » Des mots qui datent d’avril 2012. Autrement dit, presque d’aujourd’hui…

Presses universitaires de Rennes
30 euros