• FAITS DIVERS
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • CULTURE
  • SPORT

Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
Logo de l'émission Littoral - Le magazine des gens de mer

L'arbre de nuit

Un livre de François Bellec

Une chronique écrite par Pascal Vannier

Par Emilie Colin

Le premier roman historique de François Bellec est une magnifique fresque de 660 pages, où chacune d’entre elle est un savant canevas de dialogues et de couleurs dignes des plus fines enluminures. Quel titre aux essences du merveilleux ! L’arbre de nuit, dont les parfums apparaissent quand le soleil se couche et disparaissent au lever du jour. L’arbre de nuit magnifié par Garcia da Orta dans ses Colloques des Simples écrits en 1563, n’a qu’un berceau : « Je n’ai vu cette plante nulle part ailleurs qu’en Inde, à Goa » ajoute encore le médecin et botaniste portugais, décédé dans cette colonie glorieuse du Portugal.

Ce beau livre prend le large sur la route des Indes d’un XVIIème siècle naissant et conquérant, où les vaisseaux portent encore les noms si poétiques du Moyen-Age : la caraque dont la plus célèbre est la Santa Maria utilisée par Christophe Colomb, un siècle auparavant, lors de sa première expédition dans l’Atlantique. Pour rejoindre Goa, la Rome de l’Orient, les trois principaux héros de ce roman se retrouvent à bord de la Nossa Senhora do Monte do Carmo accompagnée elle-même de douze navires, autres naus de voyage - le nom portugais de la caraque - et de huit galions.

En Normandie, à Dieppe, François Costentin, cartographe, digne disciple de Guillaume Levasseur se prépare à quatorze mois de mer. Maître es cosmographie, Levasseur sait rappeler les contours de l’Univers, à son jeune émule : « Les Portugais sont parvenus en Inde et ont poursuivi vers la Chine sans aucune carte puisqu'ils découvraient un monde pas encore dessiné ». Installé dans le Pollet, Levasseur est une sommité au cœur de ce très vieux quartier du port normand, véritable île de pêcheurs et de marins. Aux gens de mer et aux gens de l’Ouest, le roman redessine l’un des visages exceptionnels de la stature maritime de Dieppe. La description du Pollet par Jean Mocquet est un tableau foisonnant et odorant ; Jean Mocquet l’apothicaire, intendant du cabinet des singularités d'Henri IV accompagne François Costentin dans l’aventure. Les deux hommes embarquent à Rouen à bord d'un caboteur irlandais à destination de Lisbonne. C’est une femme, une jeune et jolie femme qui décrit le majestueux envoi des voiles de la Nossa Senhora do Monte do Carmo pour sa route vers les Indes. «  Quelle démonstration du génie des hommes !» s’exclame-t-elle. De la noblesse elle a le rang et les traits : Dona Margarida, veuve de 24 ans, part épouser son beau-frère à Goa.

La rencontre avec François et Jean est inévitable. Tous les trois s’arqueboutent à une aventure inouïe, faite de mer hostile, de promiscuité, de violence, de maladie. Où Goa la merveilleuse se montre ville de de toutes les convoitises , de toutes les luxures et de tous les dangers de la colonisation que les Espagnols impriment après les Portugais. Ancien officier de marine et ex- directeur du Musée de la Marine, François Bellec, fait déjà de ce roman historique, un incontournable.

Editions JCLattès - 22,50 €

Interview d'Alain Layec, maire de Saint-Gildas-de-Rhuys. Commune très touchée par les algues rouges.