Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le vendredi à 8 h 10
Logo de l'émission Littoral - Le magazine des gens de mer

La crypto zoologie, ça vous branche?

Un livre signé Jean-Baptiste de Panafieu, illustré par Camille Renversade
Un livre signé Jean-Baptiste de Panafieu, illustré par Camille Renversade

Un ouvrage sur les créatures marines fantastiques vient de sortir, servi par des illustrations magnifiques, à la façon des planches Deyrolle. C’est de la crypto zoologie, la science des animaux qui ont peut-être existé, peut-être pas, mais après tout, ça nous maintient enfant, non ?…

Par Aline Mortamet

Dans le bestiaire des monstres, l’éventail est varié, et la hiérarchie du pire difficile à établir… Mais la hiérarchie catholique a sa réponse : au XVIIIème siècle, un évêque norvégien écrit que la palme du plus affreux revient sans nul doute au Kraken, « incontestablement le plus grand monstre marin du monde ». Des récits de marins nous parlent de « ces animaux élevant sur les ondes, au milieu des nuits brumeuses du nord, leur tête effrayante armée de bras étendus comme les racines d’un vaste sapin arraché ». En 1861, même les militaires s’y mettent : un aviso de la marine nationale décrit un animal couleur de brique, et lourd de plus de 2 tonnes, capable d’engloutir les plus puissants navires. Fichtre.

Après, si le kraken est en fait un calamar désormais identifié, la mer a aussi et souvent donné naissance à des fables et des légendes, parfois créées simplement dans l’imaginaire de certains marins inspirés... Quand le récit de la mort du navigateur Francis Drake en 1605 fût rapporté, un témoignage fit sensation : « Des monstrueux crustacés lui coupèrent les jambes les bras et la tête avec leurs serres, et rongèrent son cadavre jusqu’aux os. »
Les naturalistes intéressés par les fossiles marins s’en donnent à cœur joie. A propos d’un coquillage, Olaus Magnus nous décrit un « pourceau, avec les quatre pieds d’un dragon et des yeux sur les hanches », et l’anatomiste Ambroise Paré ajoute qu’il « mesurait 22 mètres et que son foie était si grand qu’on en remplit cinq tonneaux ». Avec de l’imagination, tout est permis.

Évidemment, si vous prenez le bateau pour l’Ecosse, vous entendrez sûrement parler du Loch Ness, amicalement surnommé Nessie, mais digne représentant de la longue lignée des dinosaures, à propos duquel les premiers témoignages remontent au VIème siècle : un moine irlandais aurait fait fuir la « bête aquatique » qui menaçait l’un de ses compagnons.

La liste est longue, probablement non exhaustive, et encore sujette à créations multiples. Alors, pour ne pas rester juste sur nos angoisses et partir sur des fantasmes, laissez-vous embarquer une dernière fois en compagnie des sirènes. Christophe Colomb en aurait aperçu trois. Les Grecs parlaient de ces mi-femmes mi-poissons qui chantent « avec une mélodie si plaisante que personne ne les entend quand on s’en approche ». Cela étant dit, l’histoire se termine tout de même mal, puisqu’à la toute fin, elles attirent les marins dans l’eau et s’en nourrissent. Décidément, aucun répit en ces abysses.

Ce très bel ouvrage est co-signé par Jean-Baptiste de Panafieu, auteur réalisateur et conseiller scientifique spécialisé en océanologie biologique 
et l’illustrateur Camille Renversade, spécialisé en crypto zoologie : la science des animaux qui ont peut-être existé, peut-être pas, mais après tout, tant qu’il y a des histoires, on reste un peu enfant, non ?

Editions Plume de carotte
29,90 euros

A lire aussi

Pauline Kerscaven sur le plateau de Bali Breizh