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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
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La mer et le martin-pêcheur

Un livre de Bui Ngoc Tan

Une chronique écrite par Aline Mortamet

Par Emilie Colin

Préparez-vous à partir à l'autre bout du monde... Au Viet-nam plus précisément, dans le monde de la mer, de ses animaux et de ses hommes. C'est une écriture à l'allure très poétique, très orientale et imagée. Du haut de ses 78 ans, Bui Ngoc Tan est un ancien résistant de Hanoi, un ex-journaliste qui a vécu les guerres et la prison de l'ère communiste.

Ne vous attendez pas à trouver un héros… puisqu’il y en a zéro, ou cent, selon les critères que vous retiendrez. En effet, La mer et le martin pêcheur est un récit où s’entrecroisent les bribes de vie de plusieurs dizaines de personnages qui vivent de la mer ou de ses côtés. En toile de fond, des problématiques malheureusement trop modernes : l'épuisement de la mer surexploitée et les conséquences du passage à l'économie de marché. Dans les ports, se mêlent les odeurs d'iode et de mazout, de sel et d'ordures...

Cette comédie est écrite avec parfois de la drôlerie, à d’autres moments de la cruauté, mais toujours de la poésie, et une extrême sensibilité qui rend attachants tous ces êtres saisis dans ce Viet-nam de la fin du XXème siècle. L’action démarre en 1994. Au-delà de ses personnages, ce roman raconte la naissance du Viêt-nam moderne, avec sa nouvelle élite, ses inégalités sociales, et la corruption qui pousse ses racines dans les profondeurs du pays.

On boit beaucoup, on mange tout le temps (des crevettes grillées, des seiches mijotées, et, à terre, bouillons aux racines de taro et aux liserons d’eau), et, à tous les niveaux, on trafique. Le vieux monde est parti, avec sa misère, sa violence, mais aussi sa fraternité. Et Phong de résumer : «Il faut suivre la nouvelle pensée ; sinon, on est éliminé. Pour vivre, il faut être brutal….»

Sans cesse, les pêcheurs se battent pour nourrir leur femme et leurs petits, à l’image du martin-pêcheur qui a donné le titre au roman. Une allégorie donc, en guise de conclusion : «Un martin-pêcheur venu d’on ne sait où s’approche du navire. Un seul. Il virevolte près du navire, comme pour se mesurer à la mer. Sur la mer immense, pas un vol d’oiseau à part le sien. Tout à coup, il replie les ailes et plonge puis remonte, un objet blanc dans son bec ; il passe comme une flèche au-dessus du navire vers la ligne noire des arbres à l’horizon. Là-bas se trouve le nid douillet avec les petits qui attendent.»

Editions de l'Aube - 29,90 €

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