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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
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La mer à la folie

Un livre de Christian Clères

Par Emilie Colin

Envoutées, enivrantes, troublantes jusqu’au tréfonds de chacun d’entre nous… Les histoires relatées dans La mer à la folie sont autant d’odyssées dont vous n’êtes pas sûrs de revenir indemnes, mais dont vous garderez sans doute aucun, mémoire de chacun de ces mots qui claquent comme des focs dans le clapot.

« Raz-de-marée, coups d’équinoxes, mascarets, ressacs, flux et reflux ; l’agitation à jamais, le bouleversement indéfini ; un dragon est noué autour du globe, et souffle, et hurle, le tumulte s’est fait monstre ; voilà la mer (…)» Avec ces rugueux mots, Victor Hugo nous présente cette mer qui nous hante, et qu’il nous narre sous des jours tourmentés, et pour le moins ventés.

Un siècle plus tard, et toujours elle inspire… même dans la pétole. Prenez Bruno Peyron, en plein marasme du pot-au-noir : « A bord, la folie guette. Une folie triste et suante, celle de ceux qui se croient condamnés à un emprisonnement sans fin et sans raison (…) Des bruits inhabituels : voiles qui battent dans le vide, « coups de raquette » des coques qui hoquettent bizarrement. Cet endroit est fantasmagorique. Les lumières se cuivrent puis se ternissent, comme les regards morts des esseulés perpétuels».

Dans tous ces récits, la folie n’est jamais loin, elle est au cœur même du texte, comme la muse qui donne à l’écrivain ces illuminations inspirées. Et le lecteur se laisse embarquer, comme aspiré dans la spirale de ces baïnes auxquelles on n’a pas plus envie de résister…

Partez donc sur La mer à la folie sans retenue. Et vous verrez des sirènes vous embrasser à pleine bouche, et vous entendrez des cris et chuchotements entre deux souffles de vent, et vous sombrerez enfin avec plaisir dans le plus beau des tourbillons de la Littérature !

Chateaubriand l’écrivait : « La langue des matelots est une langue telle que la parlent l’Océan et le ciel, le calme et la tempête. Vous habitez un univers d’eau, parmi des créatures moins creusées par l’âge que par la bise. Leur peau est rouge et rigide, comme la surface de l’écueil battu de la lame. »

Plus trivial, Olivier de Kersauson : « La mer, mon pote, si tu ne la connais pas, t’as beau avoir tout le pognon du monde, elle te crache dessus avant de t’avaler. »

Et pour le plaisir, encore un petit mot de Francisco Coloane : « La mer, la nuit, la solitude se peuplent d’ombres ; le bateau halète dans les creux, et le souffle rauque et cadencé des machines se perd comme une voix, au cœur de cette immensité sauvage et chaotique ».

Editions Glénat - 19,95 €

Explosion méthaniseur à Plouvorn (29)