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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
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Le phare Amédée

Un livre de Vincent Guigueno et Valérie Vattier

Par Emilie Colin

Saviez-vous qu'Amédée est un phare construit à Paris au coeur du XIXème siècle, démonté, puis remonté intégralement en Nouvelle Calédonie ? Une histoire incroyable, qui constitua en son temps une véritable prouesse architecturale, et qui nous est aujourd'hui relatée par Vincent Guigueno, responsable du patrimoine des Phares et Balises, et Valérie Vattier, actuelle directrice du Musée maritime de Nouvelle Calédonie.

Amédée mérite-t-il une "biographie" ? Sans conteste, oui, car il a toute sa place dans la petite liste de ceux que l'on dit d'exception. Parmi les arguments rationnels, il y en a au moins trois : le site est remarquable - il est échoué sur un ilôt corrallien -, le monument est imposant et le contexte historique intéressant: Amédée sera en effet implanté dans une toute jeune colonie française.

Mais l'essentiel est ailleurs, là où le mythe s'est construit. Le projet d'Amédée arrive à un moment où l'on décide d'installer une colonie pénitentaire en Nouvelle Calédonie, et à une époque où certains naufrages sont retentissants, tels celui de L'Aventure en 1855 (de superbes gravures sont à découvrir dans l'ouvrage).

Depus le début du XIXème siècle, la France a décidé d'équiper de feux toutes ses côtes, dans la foulée de la révolution Fresnel qui inventa le fameux principe de la lentille. La commission des phares, mise en place en 1811, fonctionne comme un tribunal qui examine les pièces (les plaintes des marins, les cartes nautiques), délibère et tranche.

Pour Amédée, il faudra écouter les arguments des marins qui souhaitent un balisage au plus près de la barrière de corail, et ceux des ingénieurs qui ne veulent pas prendre de risque inutile. En 1861, dans les coulisses du Second Empire, la décision sera définitive: le phare sera en fer, haut de 85 mètres, et ce sera François Rigolet qui en assurera la construction.

Pour la petite histoire, ce François Rigolet sera aussi l'architecte du phare des Roches Douvres, construit sur le modèle d'Amédée, celui précisément qui sera présenté à la grande exposition universelle de 1867, sur le Champ-de-Mars à Paris, en cette époque où la capitale veut montrer au monde entier toute la puissance de son empire et le rayonnement de sa culture. Sans complexe, on présente le phare aux citadins avant les marins.

Dès son allumage en 1865, Amédée est ouvert aux visites. Depuis, des tas d'histoires ont été inventées , comme celle de sa construction par Gustave Eiffel, ou de son envoi par erreur depuis la métropole. Tout çela n'était que fadaises, mais cela a contribué à forger la légende.

Alors, pour écrire toute la genèse de la construction d'Amédée, Vincent Guigueno et Valérie Vattier sont partis fouiner dans des coffres d'archives que l'on n'a pas l'habitude d'ouvrir pour ce genre de livres, et ils y ont découvert des lettres, des cartes, des plans, des photographies, des gravures. Tels des bibliophiles inspirés, ils ont collecté avec patience et passion, des documents superbes et inédits.

Le phare Amédée a reçu le grand prix du livre insulaire en aout 2010. Une récompense offerte sur l'île d'Ouessant... Pouvait-il y avoir plus jolie consécration pour Amédée, la lanterne du bout du monde, située tout juste aux antipodes de Pen ar Bed ?

Editions Point de vues - 35 €

Interview d'André Ollivro