Littoral - Le magazine des gens de mer

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Le trimaran Paul Ricard

Un livre d'Eric Bourhis et Vincent Péron
Un livre d'Eric Bourhis et Vincent Péron

Il aurait pu s'appeler Pen Duick VII, c'était le dernier rêve flottant d'Eric Tabarly. Il s'appellera finalement Paul Ricard, sera construit en métal, et accomplira un exploit une fois, en 1980 (la traversée de l'Atlantique). Un livre d'Eric Bourhis et Vincent Péron. Une chronique d'Aline Mortamet

Par Aline Mortamet

A chaque page, Eric Tabarly resurgit comme un fantôme de cet univers de la voile des années 1970’. Le récit malgré tout reste sur du ressort technique. Et ce livre raconte donc, avec force détails, ce moment précis où Tabarly se sent prêt à passer au multicoque, et où Paul Ricard a envie de suivre un ambitieux projet nautique.
Au tout début, il y a Alain de Bergh, ingénieur chez Dassault, qui se souvient d’Eric Tabarly et de son projet imaginé pour un nouveau Pen Duick VII : « Il n’a aucun dessin. Il a seulement une idée : un trimaran de dix-huit mètres de long, huit de large, avec deux foils inclinés. » L’ingénieur Dassault a des raisonnements d’avionneur. En architecture navale, ça peut être utile.
A cette époque, les matériaux composite carbone ne sont pas encore utilisés. Il ne reste à Tabarly qu’à céder sur le nom du bateau (il aurait tant souhaité qu’il s’appelle Pen Duick VII), pour gagner un mécène comme Paul Ricard, il faut parfois se soumettre à l’art du compromis. La rencontre entre Eric Tabarly et Paul Ricard a lieu en janvier 1979. La fabrication sera confiée au chantier CMN (Construction mécanique de Normandie), et le trimaran est baptisé le 3 mai 1979 à Cherbourg. Premiers bords, et premières navigations cette même année 1979, avec des souvenirs précis de Marc Pajot : « Ce bateau que personne ne sent, pire : qui ne séduit pas. (…) Le trimaran Paul Ricard est laid, triste et froid comme le métal dont il est construit. Les concepteurs eux-mêmes doutent de cette improbable progéniture. » Et ce sont probablement ces anecdotes qui constituent le meilleur sel de cet ouvrage.
Après, il y aura aussi le record, en juillet 1980, de la traversée de l’Atlantique New York Cap Lizard, raconté par Eric Bourhis. Le premier résultat, d’une longue série de courses, jusqu’à 1986, où la coque centrale du voilier sera utilisée pour la construction du Côte d’Or II. Coup d’arrêt pour une histoire mal enclenchée. Point final. 

Editions La Découvrance
21 euros

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