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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
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Mémoire et société à la Cité de la Mer de Cherbourg

Juin 1944. La gare maritime de Cherbourg et le port ont été volontairement sabotés par les Allemands. / © NARA-Washington
Juin 1944. La gare maritime de Cherbourg et le port ont été volontairement sabotés par les Allemands. / © NARA-Washington

Le 16 septembre 2014, à 20H30, la Cité de la Mer de Cherbourg accueille la Semaine de la Mémoire , initiée par des universitaires, des chercheurs et des mutualistes, en Basse-Normandie. Rencontre- débat autour du port, sa gare maritime et un film signé France 3 Littoral, la Belle miraculée.  

Par Pascal Vannier

La Cité de la Mer et Littoral sont partenaires de la Semaine de la Mémoire dont c'est la première édition, initiée depuis la Basse-Normandie. Partager la connaissance autour de toutes les facettes de la mémoire humaine, voilà le sens d'une semaine où Cherbourg et sa Communauté Urbaine vont s'appuyer sur un symbole fort, la Gare Maritime, qui est, sans aucun doute à Cherbourg ce que le Mémorial est à Caen, un lieu sans pareil dont le renom est porteur d'une partie de l'Histoire de l'Humanité.

Cette soirée se titre tout naturellement Mémoire d'un portCherbourg a connu des événements marquants de l’histoire mondiale, port de millions d’émigrants vers les Etats-Unis au début du XXème siècle, port de l’épopée transatlantique des paquebots, port majeur de l’approvisionnement allié à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. 

Pascal Buléon
, pilier de cette nouvelle manifestation est l'un des trois invités de la soirée. Il aura sur ces événements le regard du géographe et du spécialiste des Sciences Humaines, dont il dirige la Maison à l'Université de Caen. Pour étayer aussi cette rencontre , un film de 15 minutes, réalisé par Pascal Vannier pour notre magazine Littoral, la Belle Miraculée, avec des archives originales, avec les acteurs des sauvetages et de la résurrection de la Gare Maritime, dernier joyau Art Déco du genre.

Dans l'univers mythique des échanges vers le Nouveau Monde, Bremerhaven en Allemagne (photo), Southampton en Angleterre et Le Havre, l'autre immense port normand de la Compagnie Générale Transatlantique, seul Cherbourg a su préserver sa gare dont les dimensions font pâlir le château de Versailles !   
Faut-il rappeler que c'est à Bremerhaven que le chanteur Elvis Presley débarqua en 1958 pour effectuer ses obligations militaires en Allemagne et qu'en mai 2005, l'ex-paquebot France devenu Norway et abandonné depuis deux ans, quittait l'Europe depuis ce port vers son dernier voyage à destination de l'Inde et de son chantier de démolition...... 
L'ancienne gare maritime transatlantique de Bremerhaven au temps de sa splendeur.
En 1954, le paquebot America est amarré au quai Christophe Colomb. / © Avec l'aimable autorisation du Port de Bremerhaven
L'ancienne gare maritime transatlantique de Bremerhaven au temps de sa splendeur. En 1954, le paquebot America est amarré au quai Christophe Colomb. / © Avec l'aimable autorisation du Port de Bremerhaven

                                                            

 LES BAZIRE, MEMOIRE NOUVELLE

 

La mémoire du port de Cherbourg a les yeux de deux éminents photographes, dont le travail vient de resurgir grâce à un fils et petit-fils, Marc Bazire
Près de 900 plaques photographiques dormaient depuis des dizaines d'années dans la cave de la maison familiale du Val de Saire.
Les Bazire, voilà une famille liée à jamais à l'histoire de Cherbourg, d'abord à travers Gustave, témoin de la première partie du XXème siècle avant d'être l'une des victimes des bombardement britanniques sur Cherbourg en 1941.
Jacques, lui, photographiera la transition entre l'épopée transatlantique et l'avènement des Viking, les premiers car-ferries oranges, blancs et verts de la compagnie Townsend-Thoresen, qui, certes, redonneront une impulsion économique au port du Nord-Cotentin mais, sans l'éclat, dès lors révolu, des prestigieuses escales plus particulièrement marquées par la venue de grandes stars du cinéma d'Hollywood.  

                              

Image superbe de Gustave Bazire et l'activité transatlantique de Cherbourg entre les deux guerres. / © sepia-edition
Image superbe de Gustave Bazire et l'activité transatlantique de Cherbourg entre les deux guerres. / © sepia-edition

 

 FREDERIC OLLIVIER, LAUDATEUR DES GRANDS LINERS

 

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Frédéric Ollivier, a beaucoup écrit sur les grands liners et notamment cet ouvrage luxueux, Le grand siècle des paquebots ( Editions du Chasse-Marée). Il est spécialiste de l'histoire des paquebots et un auteur atypique, loin du sérail de cette communauté des gens de mer.

Q : Comment avez-vous découvert ce monde des paquebots, inspirateur ?
F.O. : Je ne sais pas vraiment d’où me vient cette passion pour les grands navires. Je peux simplement dire que je suis né à Brest, et que j’ai aimé de bonne heure les ambiances maritimes et portuaires. Enfant, j’ai eu la chance de traverser quelquefois la Méditerranée à bord de navires qui ressemblaient encore à des paquebots. Plus tard, j’ai ressenti une véritable fascination pour ces mondes clos, mais organisés de manière à pouvoir défier le chaos – Roland Barthes a parlé, je crois, du paquebot comme d’un coin du feu parfait.

Q : Peut-on avoir un paquebot préféré et pourquoi ?
F.O. : Avoir un plat, une musique ou un lieu préférés est quelque chose qui appartient plus à la culture anglo-saxonne qu’à notre culture à nous. Il n’empêche que l’on peut bien sûr avoir un paquebot préféré, parce que l’on a créé une relation particulière avec lui, en travaillant, en voyageant à son bord, ou parce qu’on l’a attendu semaine après semaine sur un port –de ce point de vue, les Queens restent certainement les paquebots préférés des Cherbourgeois. En ce qui me concerne, j’entretiens une relation particulière avec le Normandie, depuis qu’à 6 ou 7 ans, mes parents m’ont dit « c’était le plus beau ». Je n’ai jamais cessé de voyager à son bord, d’en parcourir les salons et les coursives.

Q: La mémoire des paquebots est aussi indissociable des grands chantiers navals. Saint-Nazaire est toujours de ceux-là. N'a-t-on pas trop tendance à l'oublier ?
F.O. : La mémoire des chantiers et des grands paquebots est tellement indissociable que les chantiers de Saint-Nazaire ont été créés par la Compagnie Générale Transatlantique, avec l’aide d’un chantier écossais – on parlerait aujourd’hui de transfert de technologie. Les liens entre Saint-Nazaire et la French Line ont perduré jusqu’à la crise des années trente. Il a fallu, à ce moment, et alors que le Normandie était en construction, procéder à une restructuration complète de la compagnie. Les chantiers ont alors pris leur autonomie. Ils ont très souvent changé d’actionnaire et de nom. Non seulement ils sont toujours là, mais ils conservent un savoir-faire exceptionnel, qui est incontestablement l’héritage des grandes constructions du passé. En Europe ou dans le monde, le nombre des chantiers capables de construire un navire comme Queen Mary 2 se comptait sur les doigts d’une seule main. De ce point, les chantiers de Saint-Nazaire constituent pour notre pays un site industriel plus stratégique que jamais.

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