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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
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Quand la mer baisse, les rochers montent

Un livre de Jacques Laborde

Une chronique écrite par Christophe Rey

Par Emilie Colin

"Avec un bateau il y a deux moments de bonheur : le jour où on l’achète et le jour où on le revend."

Si vous avez un ami, une connaissance simplement, et parisienne de préférence, qui fête la mise à l’eau de son premier voilier, dans le port de Sauzon par exemple – champagne et petits-fours, vareuse délavée de rigueur et barbe de trois jours – mais que n’étant pas assez intime, vous hésitez à vous endetter dans l’achat d’un authentique sextant du XVIII°, dont le futur marin ne saura, de toute façon, pas se servir… Ce livre est pour vous. Ou plutôt, pour lui.

Dans ce premier livre, d’un abord assez ludique, et au titre frais d’une poésie presque enfantine, Jacques Laborde qui fût quartier-maître sur la Jeanne d’Arc, moniteur de voile au Club Med. Et cadre commercial à Paris, entreprend de revisiter dans de nombreux textes courts (une à deux pages) tout ce que la culture maritime comporte de croyances et de superstitions, de dictons et de proverbes. Vaste programme.

Évidemment, il y est question de lapin, de corde, de rhum, de femmes et de curés, de serpents de mer et de sirènes… On y découvre aussi bien ce que signifie porter un anneau à l’oreille chez un marin, que le dernier message lancé par Alain Colas avant de disparaître ; on y apprend les origines du mystère de l’Atlantide et de multiples expressions, ancrées depuis longtemps dans le langage populaire.

Saviez-vous par exemple que l’étymologie du mot "pétole", ce manque de vent que chaque plaisancier redoute, est à trouver dans la contraction de "pet" et Éole ? Saviez-vous aussi que le "pot au noir", cette zone de turbulence météorologique située autour de l’équateur, où l’on peut passer en un instant du calme le plus plat au plus violent des orages, porterait son nom en raison des nombreux corps d’esclaves africains morts de soif sur les navires négriers, et que l’on jetait par-dessus bord alors que le navire était presque immobile.
Au hasard des pages et au fil des illustrations, l’œil s’attarde sur nombre de citations dont certaines vous permettront de briller en société, le soir à la veillée, dans le carré, toujours dans le port de Sauzon.

"Celui qui a inventé le bateau, a inventé le naufrage." Lao Tseu

"Le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va changer, le réaliste ajuste ses voiles." William Arthur Ward

Mais si ce livre au graphisme attrayant est sympathique et bien documenté, il aurait, à mon humble avis, très largement gagné à se délester de textes, un peu trop nombreux, où ni l’intérêt, ni l’humour, ni la pertinence ne sont vraiment au rendez-vous. Bien écrit pourtant, ou pas trop mal, il demeure dans son ensemble assez inégal. Les clichés du plaisancier ou du marin "traditionnel" sont vraiment trop caricaturaux, les informations un peu trop attendues et anecdotiques, et le ton général un peu mièvre, bon enfant, pour ne pas dire franchement "cul-cul la praline". Donc, si vous avez un ami, ou juste une connaissance, parisienne de préférence…

Editions Glénat - 22 €

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