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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
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Sous le vent

Un livre de Jean-Bernard Pouy et Joe G. Pinelli

Une chronique écrite par Aline Mortamet

Par Emilie Colin

Pour le texte, remercions Jean-Bernard Pouy… Grand spécialiste du roman noir – tant comme éditeur, fondateur du Poulpe, que comme auteur, il s’est régulièrement inspiré des terres bretonnes comme terrain d’action pour ses romans, et tout particulièrement pour celui-ci.

En ce qui concerne les peintures, elles sont signées du Belge Joe G. Pinelli, repéré comme l’un des précurseurs du genre autobiographique en bande dessinée. Tous deux avaient déjà travaillé ensemble sur Sirop de liège en 2005, et Fratelli en 2010.

La connivence entre le peintre et l’écrivain est telle que le défi relevé ici a été d’adapter un texte à des illustrations... Joe G. Pinelli a donc démarré avec des peintures, réalisées au gros crayon pastel gras. Il a son propre univers, son propre style, torturé, coloré, concentré sur l’essentiel. Et Jean-Bernard Pouy a suivi…

Au tout début, il y a Pol, dans son école bretonne de Botho, qui rêve « devant ces cartes qui montrent un ailleurs à deux dimensions, aux mille couleurs, mitée de noms exotiques, en gras, en italiques, rectilignes, courbés en arcs de cercle ». Et Jean-Bernard Pouy de rappeler qu’un Breton doit savoir « s’en aller, comme les pommes qui tombent dès septembre ou le lard qui atterrit le dimanche sur la table ».  C’est ainsi que Pol va accrocher une carte au mur, prendre une fléchette, et décider de sa destinée en un tir… Ca sera entre Bornéo et Tahiti.

Pol a vécu les affres de la première guerre mondiale, et il s’agit d’oublier : « Mettre à distance les nuits éclatantes de bombes, les cris des potes éviscérés par les barbelés, les petits matins glaciaux et noyés de boue puante, la morgue imbécile des chefs et les maigres colis écrasés qui leur arrivaient avec le courrier ».
A l’époque, il voyait en écarlate. Maintenant, il va vivre en bleu : prendre  un train sinistre pour Rouen, puis un bateau au Havre. « Il en avait assez d’attendre. Ce n’était pas un paquebot, juste un gros steamer. Qui mettrait le temps qu’il faudrait, à sa main, pour gagner l’Amérique du Nord, redescendre vers Panama et entrer enfin dans le Pacifique. »

Le texte est celui d’un cœur blessé, qui porte la douleur d’un continent épuisé, blessé à mort. « Ce qu’il aimait toujours, c’était le vent, cet alizé lourd, constant, entêtant, mais porteur de cette fraîcheur silencieuse qui lui rappelait son vieux et vert Morbihan. Ce n’était pas pour rien qu’on désignait ces bouts de Terre les « Îles-du-Vent ». Les toiles qui l’accompagnent sont déchirantes et puissantes. Tendance Egon Schiele. De l’expressionnisme à l’état pur qui cristallise magnifiquement la blessure du récit. Magnifique.

Editions Lattès - 18 €

Interview François Floret