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Un débarquement peut en cacher un autre

Comme les GI's, la crépidule a débarqué en France le 6 juin 1944 / © Ifremer/Olivier Dugornay
Comme les GI's, la crépidule a débarqué en France le 6 juin 1944 / © Ifremer/Olivier Dugornay

En ce moment de commémoration du Débarquement, les exploitants de crépidules rendent eux aussi hommage à nos libérateurs, mais pour d’autres raisons. La crépidule est arrivée avec les barges américaines. Ceux qui commencent à l’exploiter aujourd’hui s’en frottent les mains...

Par Aline Mortamet

Mercredi 4 juin 2014, des grands cuistots étoilés à New York, à deux pas de la statue de la Liberté, avec des recettes de crépidule bretonne à déguster. Et samedi 7 juin, le chef de la diplomatie américaine John Kerry (par ailleurs, cousin germain de Brice Lalonde !) a rendez-vous à Saint-Briac (Ille et Vilaine) avec des producteurs de Cancale pour lui faire goûter certains mets à base de ce même coquillage.

Les crépidules de Bretagne à New York !


Longtemps décriée, la crépidule -aussi appelée berlingot de mer - a séduit ses adeptes, convaincu des grands chefs, et donc des industriels. Autant de personnalités qui souhaitent aujourd'hui s'associer à l'hommage rendu à nos libérateurs, d'une part pour la liberté qu'ils nous ont rendue, et d'autre part pour la découverte de ce coquillage apparu sur notre littoral il y a 70 ans.

Une histoire qui s'écrit

La crépidule originaire d’Amérique du Nord Est, surnommée est arrivée sur le littoral français en grande partie lors du débarquement américain le 6 Juin 1944. Les coquillages étaient en effet accrochés aux coques des bateaux et se sont implantés massivement sur les côtes normandes et bretonnes.  Selon des travaux réalisés par l’IFREMER, c'est l’arrivée des GI’s lors du D-Day qui, conjuguée à une introduction ultérieure d’huîtres de la même origine, nous aurait permis de découvrir ce coquillage.
Au départ, on ne lui trouvait que des défauts: en tant qu'espèce invasive, on lui reprochait de provoquer des gênes importantes aux pêcheries et des profonds changement d’habitat. En baie de Cancale, par exemple, les zones ostréicoles sont tapissées de crépidules qui empiètent sur les zones d’exploitation ostréicole, car elles n'ont pas de prédateur. L'observatoire de la biodiversité en Bretagne s'en était l'écho. Mais depuis quelques années, des industriels et des gastronomes lui ont trouvé une seconde vie.

Une économie qui démarre

70 ans après son débarquement, la crépidule est devenue la première ressource de France –voire d’Europe- en matière de coquillages. Par exemple, le gisement est estimé à environ 250 000 tonnes dans la baie de Cancale. L’accroissement annuel est estimé à plus de 10%, parfois beaucoup plus.
Longtemps inexploité, ce gisement commence à susciter les convoitises. En 1998, se crée l’entreprise SLP qui est parvenue à trouver un process industriel permettant de séparer à froid la chair et la coquille.
En 2010, une usine pilote se crée, en coopération avec les producteurs d’huîtres qui fournissent en 2013 le premier navire spécialisé es crépidules, le Pappy. Et l’année suivante, le site se transforme en usine industrielle pour une capacité de traitement de 20 tonnes par jour (60 tonnes par jour prévu en fin 2015). L’immense ressource est devenue une aubaine pour ceux qui l’exploitent.

Une gastronomie qui s'invente

Des grands noms de la gastronomie tels que Eric Guérin, dans le marais de Brière en Loire Atlantique ont déjà témoigné des qualités gustatives du berlingot de mer. Un Master Class s'est organisé le 04/06 à New York ainsi que pendant tout le mois de juin à Cancale et au travers de la Normandie chez des restaurateurs disciples d’Escoffier, une association pour la transmission et l'évolution de la Cuisine. 

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