Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le vendredi à 8 h 10
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Vos témoignages de naufrages et de sauvetages

© Valérie Luxey (France 3 Languedoc-Roussillon)
© Valérie Luxey (France 3 Languedoc-Roussillon)

L'idée dans un premier temps est de recueillir vos témoignages sur des récits de naufrages ou de sauvetages qui ont pu vous marquer, et dont les leçons pourraient être utiles à tous les internautes et utilisateurs de la mer...

Par Sophie Bourhis


Partis chercher un bateau qui mouillait depuis deux ans au Cap Vert, Yann Massé, Thierry Guillarmic et Mathieu Msellati devaient rentrer tranquillement à Paimpol après une halte par les Açores. Mais rien ne s’est passé comme prévu...........
Témoignage recueilli par Sylvain Bouttet pour Littoral.
Récit d'un incroyable naufrage
Pour en savoir plus sur ce naufrage : ici

Baie d’Audierne : « Un gros coup de chance »… et de savoir-faire

(D'après l'article de Patrick Moreau paru dans le numéro 128 de Sauvetage SNSM)
Pudique, la station SNSM de la baie d’Audierne évoque la chance. Pragmatique, le skipper anglais qu’elle a sauvé en janvier parle de professionnalisme et dit merci.
13 janvier 2014 - Récit d’un sauvetage par Force 4.
Stuart Case, britannique de 67 ans, décide avec son équipier Hugh Duncan, 65 ans, de quitter Audierne pour rejoindre Bénodet sur son voilier l’ Avocet. Une navigation simple de l’ordre de 25 milles nautiques. Bons marins, les deux hommes veulent profiter d’une fenêtre de météo entre deux tempêtes. A la sortie du port, au niveau du môle du Raoulic, un vent de grand frais  et une mer forte avec des creux de 4 mètres les accueillent. Têtu l’ Avocet  poursuit sa route jusqu’à ce que Stuart comprenne que les conditions sont trop rudes. Près du plateau rocheux de la Gamelle, un secteur jonché d’épaves, le skipper décide donc de virer de cap et de retourner vers Audierne. Mais une longue déferlante ne lui en laissera pas le temps. Elle frappe l’Avocet , le couche et précipite Stuart par-dessus bord. Hugh tente de rattraper son skipper. En vain. Dans ces conditions, la manœuvre de l’homme à la mer est impossible. Hugh qui a maintenant perdu de vue Stuart dans cette mer houleuse, a le bon reflexe : joindre le CROSS CORSEN par VHF. Il est 10h55.
André Danzé, patron titulaire du canot tous temps Amiral Amman , capte le Mayday Relay émis par le CROSS. Depuis l’abri de la SNSM d'Audierne, il jauge la situation : il voit le voilier, à environ 1,5 nautique (2 km) et tient également le naufragé en visuel. Seul problème : le canot tous temps est hors service. « J’ai immédiatement joint par VHF l’équipage de notre autre canot, racontera-t-il, une vedette de 3ème classe la Jeanne Pierre II, basée à Audierne.». Quelques instants plus tard, les quatre bénévoles de ce canot appareillent. Il est 11h05.
André aperçoit alors le fileyeur L’Aurore Boréale qui fait route vers Audierne. « Par VHF, racontera-t-il, j’ai demandé au sémaphore de la pointe du Raz de joindre Jean-Paul Normand, patron de ce fileyeur. Solidarité des gens de mer oblige, il s’est immédiatement dérouté et je l’ai guidé vers le naufragé ». Impossible pour L’Aurore Boréale de s’en approcher : il risquerait de s’abîmer dans les creux qui masquent à peine les fonds traîtres du plateau rocheux. Le sauvetage de Stuart, l'homme à la mer, repose désormais sur l’arrivée rapide de la vedette de 3ème classe.
Au CROSS CORSEN, l’officier de quart suit avec inquiétude les mouvements de L’Aurore Boréale et de la vedette de la SNSM tout en mobilisant d’autres moyens dont un avion des Douanes, qui se déroute immédiatement. C’est une course contre la montre pour repêcher sain et sauf un homme qui barbotte dans une eau à 11° depuis déjà 15 minutes.
11h13. La Jeanne Pierre II est sur zone, guidée par André et par Jean-Paul Normand depuis L’Aurore Boréale. Tandis que leur patron manœuvre avec précision malgré les paquets de mer, les canotiers ont tôt fait de sortir le naufragé. Choqué, dents claquantes et lèvres bleues de froid, Stuart est littéralement emballé dans des couvertures de survie et d’autres de laine. S’il a pu tenir aussi longtemps, 20 minutes, il le doit à  son vêtement à flottabilité intégrée (VFI).
 / © Marc Arzel.
/ © Marc Arzel.

Il faut encore une dizaine minutes pour conduire Stuart jusqu’à la terre ferme. Il est conscient, parle correctement, peut se mouvoir. Une ambulance des pompiers arrive à 11h45 et emporte le rescapé vers l’hôpital de Douarnenez.
« Pendant ce temps, poursuit André Danzé, le voilier capeyait dans la baie. On avait sauvé un homme. Il en restait un autre et son bateau ». Sortant d’Audierne pour assister l’Avocet, Dominique Fily, patron du ligneur Brocéliande, passe une remorque au voilier et le mène au port.
Quelques jours plus tard, le rescapé Stuart Case est de retour à Audierne. Avec une boîte de chocolats pour ses sauveteurs. André Danzé lui brosse le récit « d’un gros coup de chance ». Reconnaissant, Stuart adressera plus tard une lettre pour remercier tous les intervenants de la longue et efficace chaîne de solidarité qui a permis sa survie, celle de son équipier et de son voilier. 
 / © Marc Arzel
/ © Marc Arzel

Cinq sauvés par forte houle à l’embouchure de l’Adour (Pyrénées-Atlantiques)

Belharra, un nom musical pour une vague dangereuse. Une vague qui a bien failli coûter la vie à cinq hommes, secourus par les Sauveteurs en Mer de Bayonne le 20 décembre 2013.
Belharra est une vague géante, l’une des plus importantes d’Europe. Elle est redoutée des professionnels, admirée des touristes et adulée des surfeurs. Ces derniers – à condition d’être d’un niveau professionnel – la rejoignent tractés par des jet-skis pour ensuite, la dévaler sur leur planche. 
C’est justement ce spectacle que sont venus voir 5 personnes, quatre hommes  et un adolescent de 14 ans, à bord d’un catamaran à moteur de 7 mètres ce 20 décembre 2013. Dans la matinée, ils ont quitté le petit port de Lahonce sur l’Adour. Leur projet est risqué : si la Belharra est là, c'est que les conditions sont difficiles avec une mer très agitée. C'est sur le retour que tout va basculer. Leur catamaran est presque à bon port, il est proche de l’embouchure de l’Adour dans des creux bien formés, quand une vague plus importante l’envoie au surf, l'enfourne, chavire le bateau et expédie ses 5 passagers à la mer. Heureusement, tous portent un gilet de sauvetage. Mais l’eau est à 13°.
La station de pilotage du port de Bayonne a observé la catastrophe et immédiatement averti le CROSS ETEL (Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage de la zone Atlantique). Celui-ci diffuse un Mayday Relay puis mobilise différents moyens : l’hélicoptère Dragon 64, l’hélicoptère « Raffut » Puma et  les pompiers  qui peuvent rapidement mettre en œuvre un jet-ski, et le Canot tous temps,Capitaine Martin Jorlis basé à Bayonne.
Bruno Gendron patron du  fileyeur La Marina, basé à Saint-Jean-de-Luz, se déroute sur zone. Seul à bord, il repère et repêche quatre des naufragés qui partaient à la dérive. Peu après, le jet-ski des pompiers se porte vers l’épave aux trois quarts immergée et récupère son propriétaire qui a eu le réflexe de s’y agripper. Rester près de son bateau est toujours le meilleur moyen pour être retrouvé et sauvé. Après avoir déposé ce dernier à terre, le jet-ski repart pour assurer le transbordement des quatre autres naufragés de La Marina sur le canot tous temps le Capitaine Martin Jorlis maintenant sur zone. Les moyens aériens sont décommandés tandis que les  victimes reçoivent leurs premiers soins à bord du canot de la SNSM.
"Ils étaient tous choqués, racontera Pierre Martiarena, patron du canot tous temps. L’un deux était déjà en hypothermie de stade II". Le canot fait route vers le port de plaisance du Brise-Lames, commune d’Anglet, où les attendent un médecin et une ambulance. Il faudra plus de 30 minutes de soins à bord avant que les rescapés ne puissent monter dans l'ambulance afin d'être conduits, aux urgences de l’hôpital Saint-Léon.
Le Capitaine Martin Jorlis reprend la mer pour tenter de récupérer le catamaran sinistré. Deux plongeurs se mettent à l’eau dans le courant et des creux de 4 mètres. Malgré leur formation poussée et leur détermination, il leur est difficile de trouver des prises fiables pour établir une remorque solide pour passer la barre de l’Adour en convoi. À la nuit tombante, leurs efforts permettent cependant de dégager l’épave hors de l’embouchure où elle représentait un danger à la navigation. À 17 h 50, le canot et ses 8 canotiers sont à quai.




Pauline Kerscaven sur le plateau de Bali Breizh