Littoral - Le magazine des gens de mer

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Yann Queffélec, l'homme de lettres et président du jury du festival Livre et Mer

Le festival Livre et Mer de Concarneau aura lieu du 18 au 20 avril 2014 et permet la rencontre entre auteurs et lecteurs.
Le festival Livre et Mer de Concarneau aura lieu du 18 au 20 avril 2014 et permet la rencontre entre auteurs et lecteurs.

Yann Queffélec, 63 ans, vient d’être désigné président du jury du festival Livre et Mer de Concarneau. Ce festival, dont Littoral est partenaire depuis plusieurs années, se tiendra du 18 au 20 avril à Concarneau. L'écrivain a répondu à nos questions.

Par Aline Mortamet

Le festival Livre et Mer de Concarneau fête cette année son 30ème anniversaire. Il avait été créé en 1985 par l’écrivain Henri Queffélec, le père de Yann. Pour la première fois de l’histoire, son fils remettra donc le prix Henri Queffélec, qui couronne le meilleur roman de mer. Un symbole fort, qui nous a fortement donné l’envie de mener un entretien avec Yann Queffélec,qu'il nous a accordé. Il nous raconte comment il voit son futur rôle, le regard qu'il porte sur la Bretagne...

Devenir le président du festival livre et mer

Je connais le festival depuis ses origines. J’ai un attachement fort pour la ville de Concarneau. J’ai fait beaucoup de voile dans les parages. C’était un grand port de pêche, ça l’est moins, et c’est dommage.

Dès les premières années, c’était un festival très dynamique et enthousiasmant. Une bande de copains où s’y retrouvaient mon père Henri Queffélec, Pierre Schoendoerffer, Pierre-Jakez Hélias, Charles le Quintrec, etc. C’était un festival de prestige, qui pouvait rivaliser sans complexe avec Etonnants Voyageurs. Et depuis quelques années, il a retrouvé son dynamisme. Ce qui fait le génie de ce festival, c’est d’être dédié exclusivement à la mer, synonyme d’horizon et donc d’infini. L’océan est un univers où se retrouvent toutes les problématiques de l’être humain.

Au nom du père

Mon père Henri Queffélec était un homme charmant, un Breton incontournable. En 1985, année de la création du festival Livre et mer, c’était le président d’honneur.
Pour moi, c’est bizarre et émouvant de remettre le prix Henri Queffélec. Pas une charge, mais une responsabilité plutôt.


Je suis son fils spirituel. Je lui dois à peu près tout. Mais je dois aussi à ma mère, qui était sa première lectrice, et femme de l’ombre. Ma mère a eu autant d’influence sur mes écrits que mon père. Lui était un homme d’une simplicité classique, avec un humour au second degré, assez britannique dans l’esprit.

Nous sommes des descendants de Gallois, et je serais intarrissable sur lui. Je fréquente toujours son œuvre. Mon père subit le sort de ces auteurs qu’on ne lit plus guère, mais qui sont dans l’attente d’une postérité dynamique. Ca va revenir, car c’est un très grand écrivain classique, avec un ancrage régional puissant.


La Bretagne, un cri du coeur

La Bretagne va de pair avec ma hantise familiale. Depuis que je suis né, et même avant ma naissance, la Bretagne était en permanence dans les conversations familiales. C’est une terre porteuse d’universalité historique, culturelle et même économique. Je suis un enfant de Bretagne, et mon Dictionnaire amoureux de la Bretagne (2013) est un cri du cœur qui lui est adressé. Un peu long certes (800 pages), mais très sincère.

La Bretagne est une bonne fille, qui n’a pas peur de la pauvreté. Dans la difficulté, elle finit toujours par retrousser ses manches. Paris continue à alimenter des clichés éternels sur les bécassines, les chapeaux ronds, la pluie, etc. Alors que la Bretagne est une terre d’excellence, probablement la plus moderne de l’hexagone, et la moins conservatrice de toutes. Regardez les énergies marines renouvelables, la croissance verte, bleue, et tous les grands barons de l’industrie.

NB : Tout en résidant à Paris, il a gardé de fortes attaches en Bretagne, notamment à l’Aber Ildut, où était installée la maison familiale ; et à Douarnenez où il continue à passer des vacances.

« Un militant qui rentre dans le lard »

Je suis un militant franc-tireur, car je refuse de me laisser absorber. C’est mon côté romantique et naïf. Je n’hésite pas à prendre la parole. Et j’ai du mal à m’inféoder… Je me suis toujours méfié du jacobinisme ricanant. Je prends le parti de celui qui a l’air d’être le pot de terre, et dans ce cas là, je rentre dans le lard du parisianisme.

Les bonnets rouges ? J’ai choisi les miens ! Ce qui m’a plu, c’est qu’ils ont rappelé les engagements du général De Gaulle sur la gratuité des routes, et ils ont redit que l’histoire continuait à avoir du sens. La surcharge fiscale a fait mettre des bonnets rouges dans les rues de Bretagne, et même au-delà, elle a suscité des mouvements partout en France. Ça a été un signal d’alarme.

L'ambiance à Tout Rennes Court