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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
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« Marin avant d’être femme »

Scarlette Le Corre l'une des figures du monde de la pêche au Guilvinec, en 2010. / © FRED TANNEAU / AFP
Scarlette Le Corre l'une des figures du monde de la pêche au Guilvinec, en 2010. / © FRED TANNEAU / AFP

Gwenaëlle Proutière-Maulion a supervisé une étude universitaire sur la place des femmes dans les métiers maritimes. Elles ont longtemps eu une sale réputation… Qu’en est-il aujourd’hui ? Après le mythe de la femme qui porte malheur, suite de l'entretien publié lundi 14/9/2015.

Par Aline Mortamet

Depuis les années 1960, la mer s’est petit à petit féminisée. A tel point qu’aujourd’hui, plus personne ne s’étonne de voir une Florence Arthaud, Isabelle Autissier, ou Ellen Mac Arthur se lancer dans une solitaire à la voile. Gwenaëlle Proutière-Maulion, directrice du Centre de droit maritime et océanique à l’université de Nantes, a supervisé en 2011, une étude approfondie sur la place des femmes dans les métiers de la mer. Lundi 15 septembre 2015, elle est revenue sur l'origine du mythe de la femme qui porte malheur.

Dans les années 1960, on commence à sentir un changement de mentalité. Est-ce le prolongement de « l’esprit 1968 » ?

Aujourd’hui, le secteur maritime n’échappe pas au mouvement de banalisation de la place des femmes dans les espaces socio-professionnels. Cette banalisation s’explique tant par la professionnalisation de générations d’hommes ayant bénéficié d’une scolarité intégralement mixte que par le partage croissant des responsabilités économiques et sociales.
Le partage des risques c’est-à-dire l’imprévisibilité des conditions météorologiques, la dureté des conditions de travail dans un environnement parfois hostile participent aussi à construire un sentiment d’appartenance à un groupe professionnel, au-delà de l’approche de genre. 

Est-ce que la présence des femmes aujourd'hui est variable en fonction de leurs activités maritimes (pêche, voile, marine nationale)? De leurs rôles?

Bien que la féminisation des activités maritimes ait débuté, il y a plus de trente ans, au nom du principe d’égalité homme-femme, la représentation des femmes dans ce secteur reste relativement minoritaire et  n’évolue que lentement depuis ces dix dernières années. En effet, au niveau mondial, sur les 1,25 millions de gens de mer, seuls 1 à 2 % seraient actuellement des femmes, et 7% seulement accèderaient à des fonctions d’officiers contre 42% des hommes. En France, en 2008, les femmes ne constituaient que 4,48% des inscrits maritimes, soit 5,92% de l’effectif de la marine marchande et 3,4% de celui de la pêche (et à peine 2% à la petite pêche). 1594 femmes étaient ainsi inscrites maritimes, parmi lesquelles 899 à la marine marchande (866 en 2005) et 695 à la pêche (687 en 2005), contre 1396 en 1999. En 2010, les navigantes de la Marine nationale composaient elles 8% de l’effectif embarqué , réparties au sein de 39 bâtiments sur la centaine que compte la flotte. En 2014, les femmes ne représentent encore que 5,9% des marins en activité dont 8,6% pour la flotte marchande et 3,5% pour la pêche, illustrant ainsi une lente évolution de la féminisation du secteur maritime.

Lors de la dernière édition (2015) du festival des Chants de marins de Paimpol / ©
Lors de la dernière édition (2015) du festival des Chants de marins de Paimpol / ©
A l’exception de la marine nationale pour laquelle la mise en œuvre d’un processus de féminisation résulte d’une volonté politique, l’arrivée des femmes dans la marine marchande, la pêche ou les cultures marines s’est opérée de façon naturelle sans  mouvement de revendication et sans qu’il soit nécessaire de modifier le cadre législatif, à l’exception des dispositions relatives au congé maternité. Les évolutions technologiques et l’automatisation de nombreux postes de travail, jointes à l’impact des études ergonomiques font aujourd’hui que l’activité de marin requière beaucoup moins de force physique et que le corps féminin et notamment sa faiblesse supposée n’apparaît plus comme une contrainte.
Un flibustier grimé, pris sur le vif dans le festival des chants de marins de Paimpol, en août 2015 / ©
Alors que l’on aurait pu s’attendre à identifier de nombreux points de résistance face à la féminisation de l’ensemble des activités maritimes, celle-ci s’est réalisée, au contraire sans rencontrer de réelles difficultés. A travers l’acquisition d’une culture de la mer qui se traduit par un langage commun, la maîtrise d’une technicité commune, le partage de la vie à bord et la réactivité devant le danger, les femmes s’approprient une identité de marin qui  l’emporte en mer sur l’identité féminine.

Pour en savoir plus
sur l'étude que Gwenaëlle Proutière-Maulion a menée, et le film qui a été réalisés à partir de ses conclusions, cliquez sur ce lien ici.

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