"On vit cela comme une injustice". Les élèves du Cned ne comprennent pas pourquoi ils sont privés de contrôle continu

"Trahis", "oubliés", les élèves de terminale qui suivent leur scolarité au Cned ne comprennent pas la différence de traitement dont ils font l'objet en cette année si particulière. Alors que les autres élèves seront évalués au bac via le contrôle continu, eux, devront passer certaines épreuves.

Plus de 5200 élèves sont inscrits en terminale au Cned (illustration)
Plus de 5200 élèves sont inscrits en terminale au Cned (illustration) © Maxppp/M.Ollivier

"Je suis submergé par le stress". À l'autre bout du fil, Antonin, un jeune homme désemparé et en colère depuis qu'il a appris fin février qu'il devrait passer en présentiel l'ensemble des épreuves du baccalauréat en juin. Ce Brestois de 19 ans suit, depuis son année de première, les cours à distance du Centre national d'enseignement à distance (Cned), en candidat libre. Un choix "imposé" explique t-il sans vouloir entrer dans les détails. 

Comme lui, cette année, ils sont précisément 171 en Bretagne et 5.218 au niveau national à être inscrits en terminale auprès de l'organisme d'enseignement à distance. Et à l'instar d'Antonin, la plupart vivent comme une injustice la décision du ministère de l'Éducation.

Marion, une jeune habitante de Briec dans le Finistère est, elle aussi, inscrite au Cned cette année mais en candidate "réglementée". Au contraire d'Antonin, elle dispose d'un certificat de scolarité et d'un relevé de notes car soumise à des contrôles réguliers.

Revirement du ministère ?

Le 5 novembre dernier, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, annonce qu’une partie des épreuves dites « communes » (E3C) de première et terminale, prévues sur table au mois de mai, sont supprimées au profit du contrôle continu. Une mesure qui concerne également les élèves du Cned comme Marion. La jeune femme étudie et s'organise donc en conséquence.

Mais dans une circulaire du 25 février, le ministre demande aux élèves des établissements privé hors contrat et ceux inscrits à distance de passer du 7 au 11 juin les épreuves communes (E3C) ou ponctuelles (LVA-LVB-Histoire, EPS et sciences) qui restent, elles, supprimées pour les autres candidats au bac.

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Une décision qui laisse Marion dans une incompréhension totale. Pourquoi cette différence de traitement alors que l'annulation des épreuves en présentiel avait été décidée pour des raisons sanitaires ? Marion tient à rappeler pourquoi des lycéens comme elle ont choisi les études à distance.

Être au Cned, n'est pas souvent un choix, mais une obligation pour une bonne partie d'entre nous. Moi, c'est pour des raisons d'anxiété, une sorte de phobie scolaire.

Marion, en terminale au Cned

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Dans les faits, la majorité des élèves inscrits au Cned, le sont parce qu'ils ne peuvent se rendre en classe, pour diverses raisons : soins médicaux, phobies scolaires, handicap, activités sportives ou artistiques de haut niveau, itinérance des parents à l'étranger, ...

Antonin, lui, explique que le fait de passer ces épreuves sur table plutôt qu'en contrôle continu lui génère "un stress immense et une charge de travail énorme". "Je passe mes journées entières à étudier. Je ne dors que 5 à 6 heures par nuit et suis très fatigué" nous livre l'élève, très éprouvé. 

Je suis en colère, car pour moi, le ministère pense plus au diplôme qu'aux élèves.

Antonin, candidat libre en terminale au Cned

Une situation dénoncée également par des parents d'élèves du Cned, qui ne comprennent pas cette différence de traitement en cette année si particulière. Ils témoignent de l'état de désarroi de leurs enfants. De plus, avec l'évolution constante de la situation sanitaire, ils craignent que les modalités d'examen ne changent à nouveau et que leurs enfants ne soient réellement fixés sur les épreuves que 15 jours avant.

Des pétitions pour dénoncer l'inégalité

Afin d’alerter sur cette situation, des lycéens concernés multiplient depuis des semaines les appels sur les réseaux sociaux.

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Sollicité pour connaître sa position face à ces spécificités d'examen, le Cned répond que "les modalités de passation des épreuves du bac ont été définies par le ministère de l'Éducation nationale (...) Le CNED est tenu d’appliquer le cadre réglementaire ainsi défini et ne prendra pas la parole sur les décisions relatives aux examens".

Sollicité également, le ministère ne fait que renvoyer vers une note de service de mars récapitulant les modalités d'organisation de l'examen du baccalauréat général et technologique de la session 2021.

Les élèves concernés par ces mesures ne baissent pas les bras et ont lancé plusieurs pétitions et envisagent même de porter l'affaire jusque devant le Conseil d'État. Ils ont également lancé une cagnotte en ligne pour se payer les services d'un avocat.

 

Nombre d’élèves du CNED inscrits en classe de terminale pour 2020/2021 :  
  • 3 626 en classe complète réglementée.
  • 1 592 en classe complète libre.

Pour la Bretagne :

  • 128 en terminale réglementée.
  • 43 en terminale libre.

Opérateur public, placé sous la double tutelle du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports et du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le CNED accompagne chaque année près de 180 000 enfants et adultes vers l’accomplissement de leur projet scolaire et professionnel.  

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