Près de Brest, elle fabrique le Ty Jaune, un pastis breton à base de sucre marin. "Même à Marseille, ils sont bluffés !"

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Tout a commencé en 2019, dans le garage familial, près de Brest. Sylvaine Le Meur troque, à l'époque, sa casquette de docteure en biotechnologie pour le bob (très seyant) de fabricante de pastis artisanal. La Finistérienne aime les défis et consommer local. Elle a donc mis au point sa propre recette.

Comment passe-t-on de la recherche en microbiologie à la fabrication de pastis, qui plus est près de Brest où l'on entend davantage les cornes de brume que le chant des cigales ?
Tout simplement en relevant le défi lancé à l'apéro, un jour de 2018, par un paternel expert en pastaga : "puisque tu es chercheuse, trouve la recette du vrai pastis breton" dit-il à sa fille alors qu'elle lui fait remarquer que, dans une famille attachée au produits locaux, c'est quand même dommage que le pastis vienne d'ailleurs.

C'est ainsi que Sylvaine Le Meur, docteure en biotechnologie et génie génétique, lâche son laboratoire du Technopôle brestois pour le garage de ses parents où, pendant un an, elle va donc chercher puis trouver la bonne formule. "Un équilibre parfait entre le sacro-saint goût unique du pastis et la petite touche bretonne qui fait la différence" souligne la jeune femme.

"Plus complexe en bouche"

La recette du Ty Jaune, le pastis artisanal made in Finistère, elle la conserve bien planquée dans un cahier à spirales. Sylvaine précise juste qu'elle contient une quarantaine de plantes, graines et épices ainsi que des sucres marins élaborés à partir d'algues.

Elle raconte aussi que fabriquer du pastis, "c'est très compliqué. C'est pas le genre de recette que l'on dégote sur Marmiton" . La chercheuse avait une idée bien précise de la saveur qu'elle voulait donner à sa boisson. "Entre Ricard et Henri Bardouin, quelque chose de plus complexe en bouche".

Elle s'y met. Elle rate, recommence, teste, rate à nouveau, recommence et finit par proposer trois prototypes lors d'une dégustation privée. Jean-Charles, son père, "le plus grand connaisseur de pastis de tout l'Ouest", intransigeant sur le sujet, donne son verdict. La langue claque. Le palais s'émoustille. Sylvaine saute de joie. Papa valide !

Reste à convaincre le banquier pour lancer l'affaire. Elle se pointe au rendez-vous avec un échantillon du produit sous le bras. Mais aussi, et surtout, avec "un business plan carré". Dans une région où Ricard détient 57 % des parts du marché, le Ty Jaune va devoir se faire un nom et une place. D'autant que la Bretagne est la 3e région française la plus consommatrice de pastis. 

"Oh fada, il est aussi bon que le nôtre"

C'est à Ploudaniel que Sylvaine Le Meur installe une cuverie de 20.000 litres début 2020. Le Covid-19 s'en mêle, le matériel n'est pas livré en temps et en heure, notamment pour l'embouteillage. Et puis, voilà l'été qui arrive et son lot d'apéros dans le jardin tandis que le pastis finistérien, lui, est toujours bloqué sur la chaîne de production. "Démarrer une nouvelle marque en pleine pandémie avec les bars qui étaient fermés et alors que la saison avait commencé, c'était chaud" reconnaît la jeune femme qui n'est pas du genre à se démonter ni à baisser les bras.

En Bretagne, ça fait longtemps que le jaune et la flotte vont bien ensemble

Sylvaine Le Meur

Le 20 juillet 2020, les premières bouteilles de Ty Jaune s'alignent dans les rayons de trois supermarchés-tests du Finistère. L'essai est concluant. Deux ans plus tard, le pastis fabriqué à Ploudaniel est présent dans plus de 500 grandes et moyennes surfaces bretonnes, avec 70.000 bouteilles vendues à ce jour. "On a aussi créé sept emplois, précise Sylvaine Le Meur. On fait tout de A à Z, on a les mains dedans".

Le Ty Jaune se positionne en "pastis moderne et décalé qui colle aux goûts des consommateurs" selon sa créatrice. Laquelle reçoit même des messages de Marseillais qui admettent que, "oh fada, il est aussi bon que le nôtre". C'est dire ! "Après, en Bretagne, ça fait longtemps que le jaune et la flotte vont bien ensemble, rigole la fine équipe de Ploudaniel. A Marseille, ils ont inventé le pastis, mais c'est en Bretagne qu'on sait le boire".