Phobie scolaire. A Douarnenez, un lieu d'accueil pour les adolescents "qui sortent du cadre"

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Écrit par Carole Collinet-Appéré (avec Gwenaëlle Bron)

Un lieu d'accueil pour les collégiens et lycéens souffrant de phobie scolaire vient de voir le jour à Douarnenez, dans le Finistère. C'est la seule structure de ce type dans le département. Les adolescents reprennent ici goût à la scolarité et surtout confiance en eux.

"La première fois que j'ai eu une crise d'angoisse au collège, je me suis effondré". Julian raconte la phobie scolaire qui l'empêche, depuis deux ans, de retourner en classe. La panique l'a saisi du jour au lendemain. "Je ressentais du stress, confie-t-il, j'avais envie de vomir, la tête qui tourne. Il m'arrivait même de chuter à cause du stress".

Pas à pas

L'adolescent a poussé la porte d'un lieu d'accueil initié par la Compagnie des Zébrés à Douarnenez, dans le Finistère. Un lieu spécialement créé il y a quelques mois pour " y aller pas à pas et avancer dans les cours" explique Isabelle Coisy. C'est elle qui a fondé l'association. Pour aider "ces enfants et adolescents qui sortent du moule et du cadre. Ils sont identifiés comme hypersensibles, à haut potentiel intellectuel (HPI) et ont des troubles associés, précise-t-elle. Ils sont atypiques et souffrent de phobie scolaire".

Depuis l'ouverture de la structure, la seule dans le Finistère, la Compagnie des Zébrés a reçu vingt-quatre familles. Isabelle Coisy sait ce que ces jeunes traversent. Elle-même est passée par-là quand elle était lycéenne. "Et mon fils aussi qui est HPI et autiste Asperger. Il a subi du harcèlement au collège et a développé une phobie sociale, des troubles anxieux, confie-t-elle. Je me suis retrouvée démunie, comme beaucoup de parents, face à mon enfant qui ne pouvait plus aller à l'école. Je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose"

"Seule parmi beaucoup de monde"

Les collégiens et lycéens se retrouvent plusieurs fois par semaine à Douarnenez. Ils suivent tous des cours à distance via le CNED. Les bénévoles se relaient pour les accompagner sous forme de petits ateliers. Du sur-mesure pour ces jeunes qui trouvent ici un lieu "bienveillant et à l'écoute"

Je retrouve des gens qui me comprennent, qui sont dans la même situation que moi

Enora, lycéenne

Enora ne savait pas trop à quoi s'attendre quand elle est arrivée il y a un mois. "J'étais assez hésitante car j'avais peur d'être entourée de trop de personnes, souligne la jeune fille. Au lycée, il y avait beaucoup de monde mais j'étais seule parmi beaucoup de monde"

L'adolescente renoue avec le travail scolaire et apprécie de ne plus être tout le temps chez elle. "Et surtout, ajoute-t-elle, je retrouve des gens qui me comprennent, qui sont dans la même situation que moi". 
Elle avance, à son rythme. "J'ai du plaisir à venir ici. Je me fixe des objectifs. Les bénévoles m'aident à organiser mes devoirs. Je sais qu'après chaque journée, j'ai accompli des choses. J'espère que cela va m'aider".

"Le burn-out de l'enfant"

Pour Isabelle Coisy, la phobie scolaire est  "le burn-out de l'enfant ou de l'adolescent. Il y a une grosse sur-adaptation par rapport au stress. Jusqu'au jour où il y a rupture. La tête, le corps, les émotions, plus rien ne suit. Et arrive un matin où on ne peut plus les emmener à l'école".

C'est de plus en plus jeunes que l'école les rend malades

Isabelle Coisy, co-fondatrice de la Compagnie des Zébrés

La co-fondatrice de la Compagnie des Zébrés est praticienne en PNL (programmation neuro-linguistique)  et spécialisée dans l'accompagnement du HPI. "Je constate avec une certaine amertume que les enfants sont de plus en plus nombreux à se cogner au cadre, observe-t-elle. C'est de plus en plus jeunes que l'école les rend malades".

Face à la demande des familles confrontées à la phobie scolaire de leurs enfants, l'association envisage d'ouvrir une antenne à Brest. "Il y a beaucoup de jeunes qui nous attendent, relate Isabelle Coisy. Notre mission est de leur réapprendre à créer du lien, à sortir de chez eux sans anxiété. A récupérer cette confiance perdue".