Dans une résidence de création, de jeunes artistes interrogent les violences conjugales et les stéréotypes tenaces

Six jeunes artistes en pleine réflexion sur le Grand Amour. Ils terminent un premier chantier artistique sur ce thème, au Maquis à Brest. Une initiative de la Compagnie des bÔ Jours, qui souhaite proposer des alternatives à un système de domination masculine toujours trop pesant, selon elle.
 
En résidence au Maquis, de jeunes artistes comme Mikaël Gac et Lucile Pentecouteau, interrogent les relations hommes-femmes
En résidence au Maquis, de jeunes artistes comme Mikaël Gac et Lucile Pentecouteau, interrogent les relations hommes-femmes © Le Maquis

"J’avais le sentiment que la jeune génération devait s’emparer de ces questions"

Stéphanie Siou, chorégraphe de la Compagnie Les bÔ Jours

La genèse du projet

Avec Lionel Jaffrès, le metteur en scène, ces deux artistes professionnels ont été confrontés à plusieurs situations faites aux femmes dans leurs cercles privés.

Dans une réflexion commune, ils décident alors "de porter, ensemble, une création mêlant les langages des mots et du corps dans le but de fabriquer un objet artistique donnant le pouvoir de construire un monde émancipateur".

Ils dénoncent "des faits de violence masculine particulièrement destructeurs", malgré des politiques publiques prônant l’égalité et encouragent une forte remise en question des fonctionnements de la société.

Pour cela, ils proposent à six jeunes artistes de plusieurs disciplines de travailler sur leurs représentations des relations entre les femmes et les hommes. "A travers les histoires qu’on se raconte, interroger ce qui construit nos choix amoureux et ce qui alimente les rapports de domination et de violence entre les sexes".
 
La chorégraphe, Stéphanie Siou, avec les jeunes artistes en plein travail créatif
La chorégraphe, Stéphanie Siou, avec les jeunes artistes en plein travail créatif © Le Maquis

Stéphanie Siou précise : "Nous avons choisi trois jeunes hommes parmi les six artistes pour réfléchir à ces questions. Cela n’a pas été facile pour eux. Ils ont reconnu une pression sociale importante, avec l’injonction d’assurer auprès des femmes".

"Les filles sont plus au fait de ces questions d’inégalités persistances. Et les garçons peuvent tomber des nues", complète-t-elle.

Pour mener à bien ce travail artistique, ils se sont nourris, pendant ces quinze jours de résidence, de documentaires, dont « la domination masculine » réalisé par Patrick Jean. Ils ont lu aussi à voix haute de nombreux extraits de livres pour pouvoir mieux échanger. Puis, ils ont exprimé leur ressenti, leurs frustrations et leurs désirs en de petites chorégraphies, seuls ou à plusieurs.
 
Un travail artistique, nourri pas de nombreuses lectures et des films
Un travail artistique, nourri pas de nombreuses lectures et des films © Florence Malésieux
 

Un long chemin pour changer les mentalités

"On se rend compte combien on peut être formatés. La société véhicule tous ces stéréotypes : à travers la publicité, le choix des jouets pour les enfants..."

Théo Corre, artiste en résidence, circassien et danseur

Louise Morin est aussi comédienne au théâtre du Grain. Elle a pris part à cette expérience collective et se rend compte qu’"il est nécessaire de prendre conscience des clichés et des comportements que l’on reproduit. Nous espérons que les gens se poseront des questions, après notre présentation. Notre démarche n’est pas moralisatrice".
 
Le Grand Amour, illustré par Louise Morin et Angelo Abanolo
Le Grand Amour, illustré par Louise Morin et Angelo Abanolo © Le Maquis

Le metteur en scène, Lionel Jaffrey, insite : "Il importe d’échapper aux normes, portées par tout un inconscient collectif. Elles conditionnent nos choix. Nous apprenons, ici, à déconstruire tout ce que l'on prend pour acquis".

Ces jeunes artistes sont invités à échanger sur leur vécu et sur leur vision des relations hommes-femmes et sur les couples homosexuels. Ils ont réfléchi ainsi sur l’amour, sur les personnages auxquels ils pouvaient s’identifier et sur les violences conjugales.
 
Une danse sans tabou, avec Théo Corre et Mikaël Gac
Une danse sans tabou, avec Théo Corre et Mikaël Gac © Le Maquis


"Nous sommes partis des violences faites aux femmes et de la notion de genre. On s’est interrogés sur les façons de faire évoluer cela" ajoute Mikaël Gac, comédien et rappeur.
 

Un projet de création de longue haleine


Ce vendredi 31 juillet, ces jeunes feront découvrir le fruit de leur travail, une première étape, à 20 h au Maquis à Brest, lors d’une présentation ouverte au public. Le masque sera de rigueur.

Au mois d’août, des petits duo et trios, constitués de ces artistes, évolueront dans le quartier voisin de Kérourien, à l’occasion de Fenêtres ouvertes, des spectacles amoureux, les vendredis entre 18 heures et 19 heures 30.

La compagnie est à la recherche d’un financement pour aller plus loin. Elle travaille en partenariat avec le Collectif du Maquis et le Grain.
"Le projet a bien démarré. Il y a une belle osmose entre tous ces jeunes", précise Stéphanie Siou.
"Nous espérons élargir la discussion aux femmes dans l’espace public. Et que des universitaires se joignent à nous. Pour continuer à libérer la parole".



 
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