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Eclusier le temps d'un été dans la campagne bretonne, job étudiant "en or"

"La Berouette" vient de couper ses moteurs, devant les portes de l'écluse. L'eau s'y engouffre sous l'oeil vigilant de Margaux, éclusière le temps d'un été. Un job "en or" pour cette étudiante en sociologie, dans le cadre bucolique de ce canal breton, entre Rennes et Saint-Malo.
Une des écluses de Hédé sur le canal d'Ille-et-Rance
Une des écluses de Hédé sur le canal d'Ille-et-Rance © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Munie de sa fiche de liaison, Margaux Roullier, 21 ans, va à la rencontre de Liliane, batelière du Berouette, élégante péniche de 15 m. Après quelques vérifications, la jeune Bretonne actionne d'un geste ferme et précis la manivelle ouvrant les imposantes barrières en bois de l'écluse de la Ségerie, sur le canal d'Ille-et-Rance à 20 km au nord de Rennes. Elle répétera le mouvement pour fermer les portes.

"On ne trouve pas souvent des jobs étudiants comme celui-ci"


"C'est assez physique, il faut prendre le coup de main", explique l'étudiante en charge de deux écluses, séparées de 200 mètres. Pour autant, "je ne me verrais pas faire autre chose. On ne trouve pas souvent des jobs étudiants comme celui-ci", assure Margaux, étudiante à Rennes, et qui est éclusière pour le quatrième été consécutif. "On n'est pas à l'usine. On est en pleine nature, on entend les oiseaux chanter, c'est apaisant", poursuit-elle. La saisonnière est entourée d'imposants peupliers, de chênes. Son local, bordé de coquelicots, offre une vue imprenable sur le chemin de halage.

"Beaucoup de contacts humains"


Pour Margaux, "éclusier est un métier où il y a beaucoup de contacts humains. Avec chaque plaisancier, c'est une rencontre différente. Ils viennent du monde entier: Afrique du Sud, Russie, République tchèque, Italie, Espagne... On se débrouille même si on ne parle pas la même langue", assure la jeune blonde pétillante. 

50 postes d'éclusiers vacataires en Bretagne


Depuis qu'elle à 18 ans, Margaux occupe l'un des 50 postes d'éclusiers vacataires gérés par la Région Bretagne. "C'est un ami de la famille qui travaille dans le milieu de la navigation qui m'a parlé du métier d'éclusier que je ne connaissais pas du tout. Je trouvais que c'était plutôt original", raconte l'étudiante qui économise pour pouvoir financer un stage à La Réunion dans quelques mois.

CDD de 35 heures, payé au SMIC


Après un entretien et une demi-journée de formation, elle a signé un CDD de 35h par semaine, payée au SMIC"Entre cinq et dix bateaux circulent en moyenne sur le canal. Il me faut 30 minutes pour réaliser l'éclusage", précise-t-elle. En attendant les plaisanciers, l'éclusière "bouquine", "révise". Elle doit aussi gérer l'entretien des écluses comme la peinture des portes, l'arrosage des plantes ou le ramassage des déchets. "Des fois on retrouve des bouteilles en plastique. Des gens viennent pique-niquer et jettent leurs déchets dans le canal en pensant que c'est une poubelle. C'est vraiment ce qui m'insupporte le plus sur la vie du hallage: des gens qui ne respectent
pas la nature! C'est notre environnement. On a la chance d'avoir un lieu comme celui-ci, on doit en  prendre soin !", s'insurge la Bretonne qui vit à Montreuil-le-Gast, à un vingtaine de kilomètres.

De nouvelles amitiés


Au fil des étés, Margaux a noué de nouvelles amitiés. "Des personnes qu'on n'aurait pas forcément eu l'occasion de rencontrer dans notre vie quotidienne". "On a par exemple un collègue vacataire d''une cinquantaine d'années qui est horloger en Suisse. Un qui va partir en Polynésie pour devenir tatoueur ou une autre qui est dans le milieu agricole", détaille l'éclusière. 

La vigilance reste de mise


Et si son job étudiant peut apparaître tranquille dans ce petit coin de campagne prisé des touristes, il peut s'avérer "stressant". "Il faut être toujours vigilant quand on fait passer des bateaux parce qu'il y a énormément d'enfants au bord de l'écluse. On a un gilet de sauvetage et une bouée à chaque barrage", explique Margaux à qui a été demandé le brevet de natation de 50 mètres. Elle se remémore d'"un jeune vacataire qui a sauté dans le canal l'année dernière pour repêcher une plaisancière". "Passé le stress, tout le monde en a ri, on a même revu la dame cet été", confie l'étudiante
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